À l'ONU, Macron s'oppose à l'unilatéralisme de Trump sur le dossier iranien

 |   |  1051  mots
(Crédits : Reuters)
Donald Trump et Emmanuel Macron ont défendu des visions très différentes du monde et des approches opposées pour résoudre le conflit iranien, à la tribune de l'ONU mardi. Le premier a fustigé le multilatéralisme et le second a dénoncé "la loi du plus fort" et l'unilatéralisme qui conduisent, selon lui, "au repli et au conflit". Pour échapper aux sanctions américaines contre l'Iran, les Européens prévoient notamment d'instaurer un système de troc.

Devant la 73e Assemblée générale de l'ONU mardi, Donald Trump et Emmanuel Macron ont défendu, tour à tour, des approches diamétralement opposées sur le commerce mondial, et plus particulièrement sur le dossier iranien. Alors que le président américain a appelé la communauté internationale à "isoler le régime iranien" - tout en ventant d'ailleurs le succès de son initiative de paix "audacieuse" avec la Corée du Nord -, son homologue français a, lui, prôné "le dialogue" avec Téhéran.

Avec un sous-entendu à peine voilé, le chef de l'État français a tout simplement invité ses homologues à "ne plus signer d'accords commerciaux avec les puissances qui ne respectent pas l'accord de Paris" sur le climat. Ambiance.

--

--

Des divergences sur la méthode, pas sur le fond

Si les deux chefs d'État divergent sur la méthode, ils s'accordent néanmoins sur le fond, à savoir empêcher l'Iran de se doter de la bombe nucléaire.

À la tribune de l'ONU, Donald Trump a le premier dénoncé la "dictature corrompue" au pouvoir selon lui à Téhéran. Il a justifié le retrait américain de l'accord nucléaire de 2015 censé empêcher la République islamique de développer la bombe atomique, et le rétablissement de toutes les sanctions américaines, dont les dernières entreront en vigueur le 5 novembre prochain. La France veut elle, au contraire, continuer à discuter avec Téhéran sur un agenda plus large permettant de traiter toutes les préoccupations nucléaires, balistiques, régionales, causées par les politiques iraniennes, au lieu de renforcer les sanctions.

Dans l'unilatéralisme de Trump, Emmanuel Macron y voit "la loi du plus fort", qui mène selon lui "au repli et au conflit".

« Cette voie, celle de l'unilatéralisme, nous conduit directement au repli et aux conflits, à la confrontation généralisée de tous contre tous au détriment de chacun, même de celui à terme qui se croit le plus fort (...) Qu'est-ce qui permettra de régler véritablement la situation en Iran et qu'est-ce qui déjà a commencé à permettre de la stabiliser ? La loi du plus fort ? La pression d'un seul ? Non ! » s'est-il enflammé.

"Il serait bon pour le prix du pétrole" que l'Iran puisse vendre, plaide Macron

La nouvelle salve de sanctions américaines viseront notamment le secteur pétrolier iranien. Qu'à cela ne tienne, Emmanuel Macron a appelé lors d'une conférence de presse à New York son homologue américain à laisser l'Iran poursuivre ses exportations de pétrole s'il veut encourager une baisse des cours.

"Il serait bon pour le prix du pétrole que l'Iran puisse le vendre ! C'est bon pour la paix et c'est bon pour le cours mondial du prix du pétrole !"

Auparavant, Donald Trump s'était, en effet, livré à une violente charge contre les pays exportateurs de pétrole et l'Opep, accusés de maintenir les cours du brut à un niveau trop élevé. "Nous défendons nombre de ces nations pour rien et elles en profitent pour nous imposer des prix du pétrole plus élevés", a-t-il affirmé, semblant viser directement ses alliés arabes du Golfe.

Lire aussi : Pétrole: le cours du Brent atteint son plus haut niveau depuis 4 ans

Hassan Rohani rejette toute idée de négociation bilatérale avec Washington

En réponse au discours de Donald Trump, le président iranien Hassan Rohani l'a accusé de chercher à le "renverser", par le biais des sanctions draconiennes qu'il a comparées à un acte de "terrorisme économique", au moment même où il prétend l'inviter au dialogue.

Dans ce contexte, le dirigeant iranien a rejeté toute idée de négociation bilatérale avec Washington - les seules négociations possibles doivent avoir lieu à l'ONU. Et sur la base de l'accord multilatéral conclu en 2015 sur le nucléaire iranien, dont son homologue américain s'est retiré avec fracas en mai en critiquant son laxisme et en rétablissant dans la foulée toutes ses sanctions contre Téhéran.

--

[INFG] Accord iranien : l'Europe joue gros

[Après une chute importante de la valeur des importations et exportations en 2011, les échanges avaient repris dès 2016 pour atteindre les 21 milliards d'euros en 2017. Un graphique de notre partenaire Statista]

--

Les Européens veulent faire du troc avec l'Iran, Washington fulmine

Le chef de l'État français dit voir clair dans la stratégie "construite et assumée" de Donald Trump. En dénonçant l'accord sur le nucléaire iranien et en réintroduisant des sanctions, il chercherait avant tout à pousser Téhéran à revenir à la table de négociations sur une série de sujets, du balistique iranien à l'influence régionale de ce pays. Par ailleurs, il a concédé que les mécanismes que les Européens tentent de mettre en place pour contourner les sanctions américaines ne suffiraient pas à combler leurs impacts.

"Ils ne permettront pas de corriger ou faire changer les décisions de certains grands groupes européens ou internationaux qui sont très exposés aux Etats-Unis" mais aideront à "construire des solutions commerciales et industrielles avec des puissances régionales."

En effet, les Européens veulent notamment instaurer un système de troc, élargi à d'autres pays, afin de préserver leur commerce avec l'Iran. Et pour continuer à permettre à Téhéran de vendre du pétrole, la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne Federica Mogherini avait annoncé lundi la création d'un "véhicule spécial" (Special purpose vehicle - SPV) qui fonctionnera comme une bourse d'échanges. "Cela ressemblera à une chambre de compensation. Lorsque nous importerons du pétrole d'Iran, l'argent sera versé au SPV. Si ensuite une machine est vendue par une société européenne en Iran, le paiement interviendra via le SPV", a expliqué un diplomate européen à l'AFP.

Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine, est aussitôt monté au créneau mardi, mettant en cause le système SWIFT qui supervise les transactions bancaires internationales, contre toute coopération avec ce qu'il a qualifié de "banque centrale du terrorisme".

(avec AFP)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 26/09/2018 à 19:45 :
Que veux Trump ? faire comme Bush avec l'Irak et déclencher un chaos supplémentaire dans cette région ?
a écrit le 26/09/2018 à 18:27 :
En fait, derrière le discours bravache de Macron à la tribune de l'ONU : une décision de la commission européenne ce 23 aout 2018 : "La Commission a adopté aujourd'hui un premier paquet de 18 millions € pour des projets en faveur du développement économique et social durable en République islamique d'Iran, dont 8 millions € d'aide au secteur privé". En même temps (!) c'est un coup de main de Juncker au président français, en difficulté pour sa politique intérieure.
https://eeas.europa.eu/headquarters/headquarters-homepage/49670/european-commission-adopts-support-package-iran-focus-private-sector_en
a écrit le 26/09/2018 à 16:11 :
Alors que nous on a droit à l'unilatéralisme Macronien sur tous les dossiers français !
Versailles décide pour vous !
a écrit le 26/09/2018 à 15:22 :
comment Macron peut-il espérer être écouté alors qu'il dirige un pays paralysé par un Etat obèse qui n'a aucune marge de manœuvre (dette, déficit commercial, chômage).
Pour paraphraser Le Maire: "si les politiciens français ne comprennent pas qu'Ils doivent faire le ménage chez eux avant de donner des leçons, ils doivent changer de métier" !
a écrit le 26/09/2018 à 14:18 :
A propos «  du fond » du problème
Pourquoi certains pays ont la bombe atomique et pourquoi d’autres n’ont pas le droit ?
Je ne comprends pas , si quelqu’un peut expliquer, merci.
a écrit le 26/09/2018 à 13:51 :
Le prêchi-prêcha du Chanoine de Latran a dû impressionner les dirigeants à cojones type Trump ou Poutine. Question pétrole,, Trump va enfin pouvoir exploiter celui du Vénézuela après l'intervention militaire avant les élections de mi-mandat
a écrit le 26/09/2018 à 13:45 :
Pourquoi s'agite-t-il tant que çà ? Pourquoi insulte-t-il l'histoire de la France chaque fois qu'il est à l'étranger ? Quelle crédibilité peut-il obtenir par son arrogance et sa prétention ?
Réponse de le 26/09/2018 à 14:58 :
pardon ? a quel moment insulte t'il l'histoire de France ? un troll ?
Réponse de le 26/09/2018 à 17:16 :
@ Lecteur: à plusieurs reprises, il a critiqué le passé de la France, la colonisation, .. qui étaient la marque d'une époque. Et peut-être certains pays vivaient-ils mieux à cette époque que maintenant: Algérie, Afrique Noire, avec des infrastructures, des écoles et des hôpitaux.
a écrit le 26/09/2018 à 12:02 :
Macron est favorable a un "monde simple" de gestion complexe a l'exemple de ce que veut devenir l'UE de Bruxelles par son uniformisation! Éliminer le "nationalisme" pour en construire un autre de dimension impérial! Avec comme excuse "Faire contre-poids aux autres"!
a écrit le 26/09/2018 à 11:53 :
Encore heureux que Macron soit fidèle à la tradition Gaulliste et Chiracienne d'opposition à l'hégémonie Américaine. Au XXIeme siècle, le multilatéralisme reste la seule voie. Les EU veulent rester la première puissance mondiale. Et, utilisent tous les moyens pour cela (espionnage, pression politique, pression économique). En conservant la posture que le plus fort gagne. L'affrontement mène au conflit. Peut être que Trump souhaite une petite guerre pour dire au monde que c'est lui le plus fort ? Bref, du niveau de la cour de récréation de CM1 !
a écrit le 26/09/2018 à 11:27 :
Un combat perdu d'avance mais médiatiquement cela permet de donner l'illusion et de soigner les apparences est extrêmement important pour l'imposture néolibérale.

A moins que ce ne soit une stratégie américaine bien entendu. Intéressant de suivre ce qu'il va se passer.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :