Taïwan accuse Pékin de faire pression sur le fondateur de Foxconn, candidat à l’élection présidentielle

Le chef de la sécurité nationale de Taïwan a estimé que des enquêtes chinoises sur le géant technologique taïwanais Foxconn étaient « politiques » et visaient son fondateur, Terry Gou, candidat à la présidence de l'île.
Wellington Koo, chef du Conseil national de sécurité de Taïwan a déclaré lundi à des journalistes qu'il y avait un « aspect politique » dans les enquêtes sur Foxconn et son fondateur Terry Gou.
Wellington Koo, chef du Conseil national de sécurité de Taïwan a déclaré lundi à des journalistes qu'il y avait un « aspect politique » dans les enquêtes sur Foxconn et son fondateur Terry Gou. (Crédits : Reuters)

A quelques mois de l'élection présidentielle taïwanaise, les tensions entre Taipei et Pékin sont plus fortes que jamais. Et celles-ci entourent notamment l'entreprise de composants électroniques Foxconn. Wellington Koo, chef du Conseil national de sécurité de Taïwan, a déclaré lundi à des journalistes qu'il y avait un « aspect politique » dans les enquêtes sur Foxconn et son fondateur Terry Gou.

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« Ils (la Chine) ne veulent certainement pas que Terry Gou se présente » à la présidentielle, a indiqué le responsable, dont le département dépend de la présidence, alors même que doit se tenir une rencontre entre le président chinois Xi Jinping et son homologue américain Joe Biden, grand allié de Taïwan.

Le fondateur de Foxconn, qui a quitté la direction exécutive du groupe il y a quatre ans, a annoncé en août qu'il serait un candidat indépendant pour les élections de janvier à Taïwan. Les analystes estiment cependant que Terry Gou a peu de chance de gagner l'élection, le candidat du DPP, le vice-président Lai Ching-te, étant actuellement en tête.

Enquête de Pékin sur le géant taïwanais

Toujours est-il que l'entreprise Taïwanaise est aujourd'hui sous le feu des projecteurs. Le journal d'Etat chinois Global Times avait rapporté dimanche que plusieurs filiales en Chine de Foxconn, un des principaux fournisseurs de l'entreprise américaine Apple, faisaient l'objet de contrôles fiscaux. Les sites concernés sont situés dans la province chinoise du Guangdong (sud) et au Jiangsu (est). Les autorités chinoises enquêtent également sur la manière dont Foxconn utilise les terrains de ses filiales dans les provinces du Hunan et du Hubei (centre), avait ajouté le Global Times, sans préciser de quelles infractions le groupe était soupçonné. Pékin, de son côté, n'a pas confirmé l'enquête et Foxconn a indiqué que le groupe coopérerait sur les « opérations concernées ».

Interrogée, une porte-parole du bureau des affaires taïwanaises de Pékin, Zhu Fenglian, a assuré que les enquêtes visant Foxconn relevaient d'une procédure « normale » et « conforme à la loi ».

« Les autorités de Chine continentale traitent toutes les entreprises de manière équitable et s'assurent qu'elles respectent la loi », a-t-elle indiqué lors d'une conférence de presse fin octobre. « Les entreprises taïwanaises partagent les dividendes de la croissance et se développent rapidement en Chine continentale, elles doivent assumer les responsabilités sociales adéquates », a ajouté la porte-parole.

Terry Gou était considéré relativement proche de Pékin, étant donné les nombreuses usines de Foxconn sur le continent, mais il a déclaré qu'il n'avait « jamais été sous le contrôle du (Parti communiste chinois) ». Pékin considère Taïwan comme une province qu'il n'a pas encore réussi à réunifier avec le reste de son territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949. L'actuelle présidente Tsai Ing-wen, est la bête noire de la Chine, car son Parti démocrate progressiste (DPP) refuse toute prétention chinoise sur l'île. Mais elle parvient à la fin de son deuxième mandat et ne pourra pas se représenter, ce qui est vu comme une opportunité pour Pékin.

« D'après nos observations, la Chine ne souhaite pas que Terry Gou divise les votes (au sein du camp pro-Pékin) », a précisé Wellington Koo.

Pression de la Chine pour maintenir les usines sur son territoire

Le chef du Conseil national de sécurité de Taïwan a ajouté que la volonté de Foxconn de diversifier ses chaînes d'approvisionnement, avec des usines en dehors de la Chine, pourrait « également être un facteur » motivant les enquêtes chinoises.

Et pour cause : « Si toutes les chaînes de montage sont déplacées à la demande des grandes marques américaines, le préjudice causé à la Chine sera important », a déclaré Wellington Koo. Foxconn est le plus grand employeur du secteur privé en Chine, avec plus d'un million de salariés dans tout le pays. Mais la politique anti-Covid stricte du pays, une économie en berne et des tensions persistantes avec les États-Unis, ont nui à son activité.  En mai, la société a acheté un immense terrain à la périphérie de Bangalore, centre pour les hautes technologies en Inde, et a depuis annoncé son intention d'étendre ses opérations dans le pays.

Et le représentant taïwanais n'est pas le seul à mettre en garde Pékin. Les grandes entreprises taïwanaises implantées en Chine pourraient quitter le pays si elles ressentent trop de « pression » des autorités, avait déjà averti le 24 octobre le vice-président de Taïwan, Lai Ching-te, favori de l'élection présidentielle de janvier. Ce dernier a même exhorté la Chine à « chérir et apprécier » les entreprises taïwanaises, et à cesser de faire pression sur elles « chaque fois qu'il y a une élection, en leur demandant d'exprimer leur allégeance ou même de soutenir des candidats spécifiques ». De même le vice-Premier ministre taïwanais, Cheng Wen-tsan a défendu l'entreprise : « Dans un pays démocratique, le choix des dirigeants et des présidents doit se faire dans un environnement exempt de menaces, de coercitions, d'interférences et de distorsions, afin de permettre à chacun d'exprimer librement sa volonté (...) Nous ne voulons pas que des facteurs chinois influencent les élections », a-t-il déclaré fin octobre.

Terry Gou soupçonné de corruption au papier toilette

Le fondateur de Foxconn n'est cependant pas uniquement inquiété par les autorités chinoises. Taipei a aussi lancé une enquête pour soupçon de corruption début novembre contre ce dernier. Treize suspects ont été interrogés début novembre et relâchés sous caution, selon les services du procureur à Taipei qui n'ont pas donné plus de détails. Ils ont cependant évoqué deux enquêtes pour corruption présumée liée aux signatures pour l'investiture de Terry Gou, alors que les médias décomptent, eux, une douzaine de dossiers. Selon les enquêteurs du comté de Yulin (ouest), quatre suspects ont offert un carton de papier toilette d'une valeur de 900 dollars taïwanais (28 dollars américains) aux membres d'une association d'agriculteurs en échange de leur signature.

Le milliardaire de 73 ans devait réunir avant le jeudi 2 novembre 290.000 signatures pour se qualifier. Il s'était déplacé en personne à Taipei la veille pour déposer les documents, sans donner le nombre effectivement collecté. La corruption pour des signatures à l'investiture présidentielle est punie de jusqu'à sept ans d'emprisonnement et d'une amende qui peut aller jusqu'à 10 millions de dollars taïwanais (308.000 dollars américains).

(Avec AFP)

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Commentaire 1
à écrit le 14/11/2023 à 8:43
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Comme l’épisode électoral Fillon donc, régimes différents mais méthodes similaires ensuite ils sont entre chiens et loups dont il est toujours impossible d'y discerner la vérité. On s'ennuie en oligarchie mais eux ça leur fait passer le temps.

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