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Taïwan : douche froide pour Pékin, le Parti démocrate remporte l'élection présidentielle

latribune.fr

Publié le 13 janvier 2024 à 12:10 - Mis à jour le 13 janvier 2024 à 16:43

Lai Ching-te, du Parti démocrate progressiste (DPP), est crédité de 40,2% des voix.

Lai Ching-te, du Parti démocrate progressiste (DPP), est crédité de 40,2% des voix.

Reuters

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Lai Ching-te, le candidat du Parti démocrate progressiste (DPP), était crédité de 40,2% des voix, selon ces résultats portant sur 98% des bureaux de vote. Un revers pour Pékin accusé d'avoir tenté d'influencer les élections pour faire perdre ce parti et qui a réaffirmé ce samedi que le vote « n'entravera pas la tendance inévitable d'une réunification avec la Chine ».

(Article publié le samedi 13 janvier à 13h10, mis à jour à 17h40)Douche froide pour Pékin. Le candidat à l'élection présidentielle de Taïwan décrié par la Chine comme un « grave danger », en raison de ses positions en faveur de l'indépendance, est en tête du scrutin, selon les résultats officiels publiés ce samedi, après la fermeture des bureaux de vote à 16h (9h heure de Paris).

En début de soirée, le vice-président sortant Lai Ching-te, du Parti démocrate progressiste (DPP),

était crédité de 40,2% des voix, selon ces résultats portant sur 98% des bureaux de vote

, tandis que son principal opposant Hou Yu-ih, candidat du Kuomintang (KMT), avait obtenu 33,4% des votes. En début de soirée, ce dernier a reconnu sa défaite face à ses partisans: « Je respecte la décision finale du peuple taïwanais (et) je félicite Lai Ching-te et Hsiao Bi-khim (sa colistière, ndlr) pour leur élection, en espérant qu'ils ne décevront pas les attentes du peuple taïwanais ». Le troisième candidat, Ko Wen-je, 64 ans, du petit Parti populaire taïwanais (TPP) et qui se présente comme anti-establishment, est troisième avec 26,4%. Il a lui aussi concédé la défaite.

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Elections : « Pour les Taïwanais, la situation de Hong Kong est un repoussoir absolu » (Jacques Gravereau, HEC Eurasia)

Juste après la victoire de Lai Ching-te, ce dernier a salué « un nouveau chapitre dans notre démocratie ». « Grâce à nos actions, le peuple taïwanais a résisté avec succès aux efforts des forces extérieures pour influencer cette élection », a-t-il déclaré face à ses partisans, et « nous sommes convaincus que seul le peuple taïwanais a le droit de choisir son propre président ».

«Nous sommes déterminés à protéger Taïwan des menaces et intimidations continuelles de la Chine», a-t-il poursuivi, promettant toutefois de «poursuivre les échanges et la coopération avec la Chine».

Les Taïwanais redonnent leur confiance au parti en place

Pour rappel, Lai Ching-te, du Parti démocratique progressiste (DPP), est vu par Pékin comme « un grave danger » car il est sur la même ligne que la présidente sortante, Tsai Ing-wen, qui clame que l'île est de facto indépendante. Depuis l'élection de cette dernière, en 2016, la Chine a coupé toute communication de haut niveau avec Taïwan, qu'elle considère comme une de ses provinces. La société taïwanaise avait , de plus, réitéré sa confiance au parti indépendantiste en 2020 en réélisant Tsai Ing-wen suite à la répression de Pékin sur Hong-Kong.

« En 2019, ils ont vu comment Pékin a pris le contrôle total de l'ex-colonie britannique par la répression, bafouant le principe "d'un pays et deux systèmes" selon la charte signée qui devait durer jusqu'en 2047. Ils n'ont pas du tout envie de se retrouver dans ce cas de figure. La situation à Hong Kong est un repoussoir absolu pour la société taïwanaise »expliquait vendredi à La Tribune Jacques Gravereau, fondateur de l'Institut HEC Eurasia.

Face à lui, Hou Yu-ih, candidat du Kuomintang (KMT), principal parti d'opposition, prônait un rapprochement avec Pékin. Néanmoins, s'exprimant lors d'une conférence de presse jeudi, Hou Yu-ih a dit rejeter les accusations du DPP d'être un candidat « pro-Chine et qui veut vendre Taïwan ». « Taïwan est un pays démocratique et libre », a-t-il déclaré, et « quoi qu'en pense la Chine, ce que l'opinion publique à Taïwan veut que nous fassions c'est maintenir le statu quo ». La question de la « réunification » ne sera pas au programme s'il est élu, a-t-il aussi promis. Enfin, le troisième candidat, Ko Wen-je, du petit Parti populaire taïwanais (TPP), se présentait comme anti-establishment.

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Des répercussions à venir de Pékin?

La victoire des démocrates indépendantistes est un sérieux revers pour la Chine. Et pour cause, Pékin entend reprendre l'île, si nécessaire par la force, estimant que c'est l'une de ses provinces qu'elle n'a pas encore réussi à réunifier avec le reste de son territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949. Ce samedi, après le résultat, la Chine a ce affirmé que le vote « n'entravera pas la tendance inévitable d'une réunification avec la Chine », a déclaré Chen Binhua, un porte-parole du bureau chinois responsable des relations avec Taïwan, cité par l'agence Chine nouvelle.

Toute la semaine, Pékin a accentué sa pression diplomatique et militaire. D'abord en appelant les électeurs à faire « le bon choix » puis en affirmant que l'armée chinoise pourrait intervenir sur l'île. « L'Armée populaire de libération de Chine maintient une vigilance élevée à tout moment et prendra toutes les mesures nécessaires pour écraser fermement les tentatives d'indépendance de Taïwan sous toutes leurs formes », a déclaré le porte-parole du ministère de la Défense, Zhang Xiaogang, dans un communiqué. Jeudi, cinq ballons chinois ont franchi la ligne médiane séparant l'île autonome de la Chine, selon le ministère taïwanais de la Défense, qui a aussi repéré dix avions et six navires de guerre. Samedi, des journalistes de l'AFP ont observé un avion de chasse chinois au-dessus de la ville de Pingtan, la plus proche de Taïwan. Et sur le réseau social chinois Weibo, le hashtag « Election à Taïwan » a été bloqué dans la matinée.

Le statut de Taïwan est l'un des sujets les plus explosifs de la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis, premier soutien militaire du territoire, et Washington a prévu d'envoyer une « délégation informelle » sur l'île après le vote. Washington ne reconnaît pas Taïwan comme un Etat et considère la République populaire de Chine comme seul gouvernement légitime, mais apporte néanmoins à l'île une aide militaire importante. Les Etats-Unis se disent en faveur d'un statu quo, selon eux garant de la paix. Vendredi, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a rencontré à Washington Liu Jianchao, à la tête de la division internationale du Comité central du Parti communiste chinois. Il lui a rappelé l'importance de « maintenir la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan ». Ce samedi après les résultats du scrutin, ce dernier a déclaré dans un communiqué que « Les Etats-Unis félicitent le docteur Lai Ching-te pour sa victoire à l'élection présidentielle à Taïwan. Nous félicitons également le peuple taïwanais pour avoir démontré une nouvelle fois la force de son système démocratique et de son processus électoral solides ». Juste après, le président américain Joe Biden a néanmoins tenu à rappeler que « Nous ne soutenons pas l'indépendance ».

De son côté, Bruxelles a « salué » samedi la tenue des élections présidentielle et législatives à Taïwan et a « félicité » dans un communiqué « tous les électeurs ayant participé à cet exercice démocratique », mais sans mentionner le président élu Lai Ching-te. « L'UE reste préoccupée par les tensions croissantes dans le détroit de Taïwan et s'oppose à toute tentative unilatérale visant à modifier le statu quo », a toutefois précisé le communiqué du porte-parole du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. « L'UE souligne que la paix et la stabilité dans le détroit sont essentielles à la sécurité et à la prospérité dans la région et dans le monde ».

Des taïwanais peu inquiets d'une invasion de l'armée chinoise

Cette nouvelle victoire des indépendantistes pourrait-elle alors déclencher une réponse armée de Pékin? Les taïwanais y croient peu. A Taipei, Liu Pei-chi, professeur de lycée de 40 ans, raille Pékin qu'il qualifie de « tigre de papier ». « Une fois que vous avez compris leurs ruses, vous n'avez plus peur », poursuit cet électeur du DPP interrogé par l'AFP. « J'espère pouvoir défendre mon pays, notre démocratie et le faire savoir au monde. »

Un conflit dans le détroit de Taïwan serait désastreux pour l'économie: l'île fournit 70% des semi-conducteurs de la planète et plus de 50% des conteneurs transportés dans le monde transitent par le détroit. Mais une guerre a peu de chances d'éclater pour le moment. « Le scénario vert, c'est le statu quo actuel. Même si le Parti démocratique se maintient au pouvoir à Taïwan,  Pékin a plus à perdre qu'à gagner à une escalade. La Chine se cantonnerait dans ce cas à poursuivre ses gesticulations militaires, ses stratégies d'influence et de désinformation actuelles plus ou moins intenses », précisait  Jacques Gravereau.

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En cas de guerre, la Chine s'exposerait à « une perspective d'apocalypse car, même si les Taïwanais sont inférieurs militairement, les Chinois devront faire une traversée maritime de 160 kilomètres, encaisser la perte de centaines de leurs navires coulés par des missiles adverses dans leur traversée, réussir leur débarquement et se déployer dans une île barrée par une grande chaîne montagneuse hérissée de pics de plus de 3.000 mètres. Une opération amphibie n'est jamais  une promenade de santé. D'autant qu'il faut tenir compte de la proximité des bases américaines autour de Taïwan : au Japon, aux Philippines, à Guam, en Corée du sud. Dans un conflit à très haute intensité, les Etats-Unis n'auraient pas d'autre choix que de s'engager militairement, sous peine de perdre le Pacifique et tous leurs alliés asiatiques. Le « coût d'acquisition » de Taïwan en vaut-il la chandelle ? »

(Avec AFP)

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