Taïwan : la Chine continue ses provocations militaires millimétrées mais dangereuses

De nouveaux appareils de l'armée chinoise ont violé l'espace aérien de Taïwan. Un dossier brûlant qui oppose la Chine aux Etats-Unis.

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Neuf appareils de l'armée de l'air chinoise ont violé l'espace aérien de Taïwan : deux chasseurs d'attaque multi-rôle biréacteurs Shenyang J-16, quatre avion multi-rôle tout-temps de quatrième génération, deux bombardiers Xian H-6 et un avion de détection et de commandement Shaanxi KJ-500 AEW&C.
Neuf appareils de l'armée de l'air chinoise ont violé l'espace aérien de Taïwan : deux chasseurs d'attaque multi-rôle biréacteurs Shenyang J-16, quatre avion multi-rôle tout-temps de quatrième génération, deux bombardiers Xian H-6 et un avion de détection et de commandement Shaanxi KJ-500 AEW&C. (Crédits : HANDOUT)

La Chine intensifie son activité militaire sur Taïwan. Ainsi, neuf appareils de l'armée de l'air chinoise (deux chasseurs d'attaque multi-rôle biréacteurs Shenyang J-16, quatre avion multi-rôle tout-temps de quatrième génération, deux bombardiers Xian H-6 et un avion de détection et de commandement Shaanxi KJ-500 AEW&C), ont pénétré dimanche dans l'espace aérien de Taïwan, a annoncé le ministère taïwanais de la Défense. C'était déjà le cas également samedi et vendredi.

Les deux bombardiers ont survolé le canal de Bashi, entre les Philippines et Taïwan, avant de repartir vers la Chine, tandis que les autres appareils ont volé près des îles Pratas, un atoll de la mer de Chine méridionale contrôlé par Taipei, a précisé le ministère dans un communiqué. Avec ces provocations répétées, la Chine teste les défenses de Taïwan, les réactions internationales et joue la carte de l'usure.

Pékin veut réunifier la Chine

Rien de nouveau sur ce dossier, qui pourrait toutefois être le déclencheur d'une guerre régionale, voire mondiale. Car la Chine ne changera jamais sa position sur Taïwan ni sur le fait que l'éventuelle ratification de l'accord global sino-européen sur les investissements est conditionnée pour Pékin à une levée des sanctions de l'Union européenne. "S'il existe des évolutions, c'est seulement dans le fait que la volonté des Chinois de concrétiser la réunification complète de notre pays ne cesse de se renforcer", a déclaré le 16 novembre l'ambassadeur de la Chine auprès de l'UE, Zhang Ming à propos de Taïwan, considérée par Pékin comme l'une des provinces chinoises.

"Il semble que certains Européens sous-estiment les aspirations des Chinois à une réunification de notre pays", a-t-il martelé lors d'une conférence en ligne sur le futur de la relation sino-européenne organisée par le centre de réflexion bruxellois European Policy Centre (EPC).

Taïwan craint une invasion d'ici à 2025

"C'est la situation la plus difficile que j'ai vue en plus de quarante ans de vie militaire", avait alerté début octobre le ministre de la Défense taïwanais, Chiu Kuo-cheng,devant les parlementaires taïwanais. Le ministre demandait aux politiques de soutenir une hausse du budget militaire de l'île, avertissant que Pékin aurait les capacités pour mener une invasion "à grande échelle" de Taïwan "d'ici à 2025".

Dans ce cadre, Taïwan organise sa défense avec le soutien actif des Etats-Unis. Le ministère de la Défense taïwanais a mis en service le premier escadron de son avion de combat F-16 (Lockheed Martin) le plus avancé de la flotte de l'Ile. La présidente Tsai Ing-wen a supervisé cette cérémonie de la mise en service des F-16 sur une base aérienne de la ville de Chiayi, dans le sud de l'île, aux côtés de Sandra Oudkirk, ambassadrice de facto de Washington à Taïwan. "Ceci représente la promesse inébranlable du partenariat entre Taïwan et les États-Unis", a estimé Tsai Ing-wen. "Je suis convaincue qu'en s'accrochant aux valeurs démocratiques, il y aura certainement d'autres pays aux valeurs similaires qui se tiendront à nos côtés", a-t-elle ajouté. La question est pour tous les pays occidentaux, y compris les Etats-Unis : faut-il mourir pour Taïwan ?

Le F-16V est une version améliorée et beaucoup plus sophistiquée des autres chasseurs F-16 vieillissants de Taïwan, qui datent des années 1990. L'île dispose également de chasseurs Mirage de fabrication française et de son propre avion de guerre local. Chasseur multirôle de quatrième génération, le F-16V est doté de systèmes radar plus avancés, ainsi que d'un armement, de systèmes de navigation et de systèmes de guerre électronique plus sophistiqués. Il est toutefois moins avancé que les chasseurs de cinquième génération tels que le J-20 chinois, le Su-57 russe ainsi que les avions de guerre F-22 et F-35 fabriqués aux États-Unis. Taiwan est en train de mettre à niveau 141 anciens F-16 pour en faire la version V et a également commandé 66 nouveaux F-16V.

Pékin/Washington s'affrontent sur Taïwan

La Chine a fustigé les ventes de matériel militaire à Taïwan et a imposé des sanctions aux géants américains de l'armement tels que Boeing, Raytheon et Lockheed Martin en réponse. Le déploiement du premier escadron intervient à un moment où la tension entre Pékin et Washington sur le sort de Taïwan ne cesse d'augmenter. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, avait réagi lors d'un point presse, déclarant que "la Chine s'oppose à tout contact officiel entre les États-Unis et Taïwan". Il a exhorté les États-Unis à ne pas envoyer de "mauvais signaux aux forces séparatistes", qui "n'ont pas ménagé leurs efforts pour diviser la mère patrie et s'associer à des forces étrangères".

Washington reconnaît diplomatiquement le pouvoir de Pékin sur Taïwan, mais s'oppose à toute tentative de modifier le statut de Taïwan par la force et est tenue, en vertu d'une loi du Congrès, d'aider l'île à maintenir ses propres défenses. Les Etats-Unis s'opposent fermement à toute tentative unilatérale de changer le statu quo de l'Ile. C'est dans ce contexte, que Joe Biden et Xi Jinping se sont parlé mardi pendant plus de trois heures mais sont restés à couteaux tirés sur Taïwan, le président chinois exhortant son homologue américain de ne pas "jouer avec le feu" sur cette question brûlante. Les deux dirigeants ont rappelé la nécessité d'établir des "garde-fous" pour éviter que leurs nombreux différends, dont Taïwan, ne dégénèrent en conflit.

Les ambiguïtés des Etats-Unis

Ce point sur le statu quo peut tout aussi bien s'adresser à Taïwan et à ses dirigeants actuels favorables à une indépendance formelle de l'île, dont le nom officiel reste "République de Chine". Pékin considère Taïwan comme une province rebelle devant réintégrer son giron, et a averti qu'une déclaration d'indépendance serait pour lui un casus belli. "Les autorités taïwanaises ont tenté à plusieurs reprises de s'appuyer sur les Etats-Unis pour l'indépendance et certains aux Etats-Unis tentent d'utiliser Taïwan pour contrôler la Chine", a pour sa part fait remarquer Xi Jinping. "C'est une tendance très dangereuse qui revient à jouer avec le feu", a-t-il expliqué, selon des propos rapportés par le ministère chinois des Affaires étrangères.

"Si les séparatistes à Taïwan nous provoquent, nous forcent la main voire franchissent la ligne rouge, nous devrons prendre des mesures décisives", a mis en garde le président chinois.

Joe Biden a assuré mardi ne pas vouloir encourager l'indépendance de Taïwan, afin de clarifier de nouveaux propos ambigus qui auraient pu constituer une entorse à la position traditionnelle des Etats-Unis au sujet de l'île revendiquée par la Chine. Interrogé par des journalistes, au cours d'un déplacement dans l'État du New Hampshire, sur d'éventuels progrès sur la question de Taïwan lors de son sommet virtuel de lundi avec son homologue chinois, le président américain a répondu par l'affirmative. "Oui. Nous avons dit très clairement que nous soutenions le Taiwan Act et c'est tout", a-t-il insisté. Le Taiwan Relations Act est une loi adoptée en 1979 par le Congrès américain, qui régit la politique américaine en la matière: à savoir que Washington s'engage à ne reconnaître qu'une seule Chine, tout en fournissant des armes à Taïwan pour son autodéfense.

la Lituanie sur la liste rouge de Pékin

La Chine a rétrogradé dimanche ses relations diplomatiques avec la Lituanie, qui a autorisé l'ouverture à Vilnius d'une ambassade de facto de Taïwan. Formellement appelée "République de Chine", l'île de Taïwan n'est pas reconnue par la plupart des pays qui entretiennent des relations diplomatiques avec Pékin. Leurs ambassades utilisent généralement le nom "Taipei" pour présenter l'île afin de ne pas froisser la Chine continentale. La Chine avait exprimé sa colère l'été dernier après l'annonce de l'ouverture d'un bureau de représentation taïwanais à Vilnius, ouverture effective depuis jeudi. Pékin avait rappelé son ambassadeur en août en signe de protestation.

La décision lituanienne d'ignorer la réprobation chinoise "porte atteinte à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de la Chine et interfère gravement dans les affaires internes de la Chine", a déclaré dimanche dans un communiqué le ministère chinois des Affaires étrangères, parlant d'"un mauvais précédent sur la scène internationale". Les relations entre Pékin et Vilnius sont rétrogradées au rang de "chargé d'affaires", a-t-il indiqué. "Nous exhortons la partie lituanienne à corriger ses erreurs immédiatement et à ne pas sous-estimer la ferme détermination du peuple chinois (...) à défendre sa souveraineté nationale et son intégrité territoriale", a souligné le ministère.

Le ministère lituanien des Affaires étrangères a exprimé en retour ses "regrets" dans un communiqué. "La Lituanie réaffirme son adhésion à la politique 'Une Chine' mais a dans le même temps le droit d'étendre sa coopération avec Taïwan, et d'accepter et d'établir des représentations non-diplomatiques qui permettent de développer des relations, comme cela a été le cas dans beaucoup d'autres pays", a-t-il expliqué, soulignant que sa politique obéit à des considérations économiques. Le Conseil des affaires continentales taïwanais a dénoncé "l'impolitesse et l'arrogance" de la Chine, estimant que Pékin n'avait aucunement le droit de commenter une affaire ne relevant pas de sa politique intérieure.

La Commission européenne, par la voix d'un porte-parole, a estimé dimanche que l'initiative de la Lituanie ne contrevenait en rien à l'adhésion de l'Union européenne au principe d'"une seule Chine", et que cette affaire relevait des relations bilatérales entre la Chine et la Lituanie. L'UE se tient aux côtés de la Lituanie, a-t-il dit.

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Commentaires 14
à écrit le 22/11/2021 à 19:11
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Bien sur on ne parle pas des provocations occidentales qui ont trouvé "Taïwan" pour provoquer "l'usine du monde" afin qu'elle reste soumise!

le 24/11/2021 à 9:10
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ca sent le discours brejnevien ou maoiste... je serai le peuple Taiwanais-qui n ' a rien de commun avec le politburo chinois dinosaure, j' acheterai une ile bien loin de la chine et je ferai un grand déménagement de population usines, tresor imper...

à écrit le 22/11/2021 à 17:35
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Oxymore chez CLC Edition. Jean Tuan a choisi le genre du roman policier et d'espionnage avec la volonté de distraire le lecteur tout en espérant lui faire découvrir certaines réalités liées à la Chine. Comment celle-ci utilise l'implantation de la 5G...

à écrit le 22/11/2021 à 14:51
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La vraie Chine, la Chine historique et millénaire c'est Taïwan et non la Chine communiste. La Chine c'est le peuple (1,4 millliards) et non ses apparatchiks continentaux qui font régner la terreur sur tout le continent. C'est à la Chine de se démocra...

le 23/11/2021 à 10:37
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Pardon ??? Taïwan n'a jamais été une démocratie... ça a été une junte ( depuis 1949 ) faut arrêter de raconter nawac surtout quand on y connaît rien.

à écrit le 22/11/2021 à 10:02
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Jean Tuan a choisi le genre du roman policier et d'espionnage avec la volonté de distraire le lecteur tout en espérant lui faire découvrir certaines réalités liées à la Chine. Comment celle-ci utilise l'implantation de la 5G à l'international avec la...

à écrit le 22/11/2021 à 1:19
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ils n'ont pas pénétré l'espace aérien, mais l'ADIZ, les avions sont toujours restes en zone internationale !

à écrit le 21/11/2021 à 20:00
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Encore une raison de boycotter les jeux olympique, le seul moyen pour mettre le gouvernement chinois dans l'embarras, seul moyen pour le faire bouger. L'image est la valeur la plus importante pour le gouvernement communiste et s'il doit expliquer au ...

le 22/11/2021 à 13:26
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Si vous croyez que les chinois ne se renseigne pas un minimum, vous avez tord. La très grande majorité des chinois sont d'ailleurs très favorable au gouvernement chinois. Il y a même de plus en plus de personne qui souhaite une intervention militai...

le 22/11/2021 à 13:27
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Si vous croyez que les chinois ne se renseigne pas un minimum, vous avez tord. La très grande majorité des chinois sont d'ailleurs très favorable au gouvernement chinois. Il y a même de plus en plus de personne qui souhaite une intervention militai...

à écrit le 21/11/2021 à 18:58
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Si on regarde la carte du monde Taiwan est très mal placée bloquant du moins freinant un accès large pour la Chine à la mer de Chine et au large. D'accord avec vous c'est un bon test et on peut déjà dire que les dirigeants taiwanais l'ont perdu car e...

à écrit le 21/11/2021 à 18:29
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La Lituanie et la Commission européenne adhèrent à la politique chinoise "une Chine". Tres bien .. Où est donc le problème ? Quand à Taiwan, j'espère qu'ils ont compris que jamais Washington ne lèvera le petit doigt pour eux... comme pour HongKong d'...

le 23/11/2021 à 10:45
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D'autant que Hong Kong et Taïwan sont chinois, comme la Californie ou le Texas sont mexicain ou Mayotte comorienne et les Antilles, la Réunion, la Nouvelle Caledonie indépendante...

à écrit le 21/11/2021 à 16:59
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une fois les usines de composants électroniques en fonction aux usa les chinois feront comme a Hong Kong .c est deja un accord usa/chine mais personne le dit

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