Trump affaiblit encore un peu plus les projets de trains à grande vitesse aux États-Unis

L’administration Trump a annulé plusieurs subventions à des projets de TGV outre-Atlantique (photo d'archive).
Nathan Howard

L’administration Trump a annulé plusieurs subventions à des projets de TGV outre-Atlantique (photo d'archive).
Nathan Howard
Une « arnaque ». Voilà comment Donald Trump a qualifié le projet de high-speed rail, l'équivalent du TGV français, voué à relier Los Angeles et San Francisco en 2 h 40. Et auquel son administration a décidé de retirer son financement, soit 4 milliards de dollars (3,5 milliards d'euros). « Il s'agissait d'un projet mal conçu et inutile, et d'un gaspillage total de l'argent des contribuables, mais c'est désormais terminé », a annoncé le président américain sur son réseau Truth Social mercredi. Et d'assurer : « Plus un seul centime des fonds fédéraux [n'y] sera consacré ».
Ce projet de train à grande vitesse entre les deux grandes métropoles californiennes ne date pas d'hier. Il a été lancé en 2008 avec une échéance alors fixée à 2022, comme le précise le Washington Post. Trois ans après cette date butoir, seul un quart du trajet — une portion de 191 kilomètres sur les quelque 800 totaux — est en chantier, entre les villes de Merced et Bakersfield, et ne devrait pas être opérationnel avant 2033.
En plus du retard, c'est l'explosion des coûts que reproche l'administration Trump. Initialement estimée à 33 milliards de dollars (28,5 milliards d'euros), la facture finale est désormais attendue entre 89 à 128 milliards de dollars désormais (77 à 111 milliards d'euros), selon le San Francisco Chronicle. Et certaines prévisions tablent même sur un montant plus élevé, jusqu'à 180 milliards de dollars (155 milliards d'euros), d'après un article de Radio Canada.
L'annonce de ce jeudi n'est toutefois pas une surprise. Début juin, le ministère des Transport avait indiqué son intention de retirer ce financement, s'appuyant sur un rapport de l'administration fédérale du transport ferroviaire (Federal Railroad Administration, FRA).
« Ce qui était initialement un projet de réseau de 1 280 kilomètres a d'abord été réduit à 800 kilomètres, puis à un segment de 275 kilomètres, et se résume désormais très probablement à une voie ferrée de 191 kilomètres qui ne mène nulle part. En substance, la California High-Speed Rail Authority [en charge de mener le projet] a escroqué le contribuable de son investissement de 4 milliards de dollars, sans aucun plan viable pour livrer ne serait-ce que ce segment partiel à temps », avait fustigé Drew Feeley, l'administrateur par intérim.
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La California High-Speed Rail Authority avait répliqué en exprimant son profond désaccord avec les conclusions du rapport. Et précisé que ce retrait du gouvernement fédéral n'empêcherait pas au projet de voir le jour. « Bien que le maintien du partenariat fédéral soit important pour le projet, la majeure partie de notre financement provient de l'État [de Californie]. À cette fin, le projet de budget du gouverneur, actuellement examiné par l'Assemblée législative, prévoit un financement d'au moins 1 milliard de dollars par an pour les 20 prochaines années, fournissant ainsi les ressources nécessaires à l'achèvement du premier segment opérationnel du projet », a déclaré un porte-parole.
La rumeur de l'annulation bruissait même depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier dernier. Il faut dire que, déjà lors de son premier mandat, le président américain avait annulé les financements fédéraux en faveur de la ligne SF-LA. La Californie avait contesté cette décision en justice avant que l'ex-président Joe Biden ne rétablisse les fonds et permette au projet de continuer. Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, n'exclut d'ailleurs pas une nouvelle action devant le tribunal. « La Californie envisage toutes les options possibles pour lutter contre cette action illégale » de l'administration Trump, a-t-il fait savoir ce jeudi.
Plus globalement, l'administration Trump « est totalement hostile, non seulement au train à grande vitesse californien, mais aussi au rail en général et aux transports publics », confiait le sénateur Scott Wiener, démocrate de San Francisco, au Chronicle. Preuve à l'appui : le secrétaire américain aux Transports a supprimé mi-avril une subvention d'environ 64 millions de dollars (55 millions d'euros) destiné à un autre projet de train à grande vitesse, entre Houston et Dallas dans l'État du Texas. Au motif, là encore, du « gaspillage de l'argent des contribuables ».
L'État fédéral n'est pas foncièrement opposé aux trains à grande vitesse, à condition que des entreprises privées portent les projets et les financent. « Nous sommes un pays très accro à la voiture », reconnaissait récemment Will Doig, journaliste et auteur spécialisé dans le secteur ferroviaire américain, à la BBC. Le pays compte un réseau de 70 autoroutes primaires (les Interstate Highways) couvrant près de 80 000 kilomètres, sans compter les secondaires et autres types de route. Le pays est aussi friand d'avion, avec quelque 5 000 aéroports publics. « Nombreux sont ceux qui pensent que nous n'avons pas besoin (du train), ou qui ne souhaitent pas vraiment qu'il passe par leur région ».
Pour que les projets de TGV voient le jour outre-Atlantique, les États-Unis doivent donc « commencer par un changement de culture », estimait Kaave Pour, du groupe de réflexion 21st Europe, auprès du média britannique. À cela s'ajoutent des contraintes techniques. « Le problème, c'est que les villes sont très densément construites [en leur centre] », relevait Scott Sherin, cadre chez le constructeur ferroviaire français Alstom.
La première ligne à grande vitesse qui devrait voir le jour au sein des Etats-Unis est celle entre Las Vegas et Rancho Cucamonga, à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Los Angeles. Actuellement en construction, elle doit être opérationnelle à horizon 2028, à l'heure où la Cité des Anges accueillera les Jeux olympiques. Un projet à 12 milliards de dollars (10,3 milliards d'euros), piloté par la compagnie ferroviaire privée Brightline mais financièrement soutenu par l'État fédéral à hauteur de 25 % (3 milliards de dollars, 2,6 milliards d'euros).
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Le secrétaire aux Transports a assuré que le gouvernement, malgré les apparences, est intéressé par de nouveaux projets ferroviaires, selon le média ABC13 Houston. Mais à condition qu'ils soient « sûrs », « fiables » et « efficaces », a-t-il ajouté. Des critères qui laissent place à la subjectivité. Et donc à beaucoup de points d'interrogation quant à l'avenir du rail américain, connaissant son dirigeant.