Selon le Réseau Action Climat, pour un trajet vers un pays européen, l’aérien gagne la manche en matière de compétitivité, le train étant en moyenne « 2,5 fois plus cher que l’avion » (photo d’illustration).
EN CHIFFRES. Une étude publiée ce jeudi s’est intéressée aux tarifs des trajets ferroviaires et aériens en France, en prenant comme base les 48 liaisons aériennes les plus fréquentées du pays. Voici ses conclusions.
Le train est moins cher que l'avion... mais seulement sur des trajets en France, et sans correspondance. Au-delà, l'avion, dont l'empreinte carbone est pourtant plus forte, est imbattable au niveau du prix. C'est la conclusion claire d'une étude publiée ce jeudi par l'association de consommateurs UFC-Que choisir, relayée par le Réseau Action Climat (RAC).
Alors que le Haut conseil pour le climat alerte aujourd'hui sur un ralentissement de la politique climatique du pays, les deux organisations appellent le gouvernement à agir pour rendre plus avantageuse la mobilité moins carbonée.
Pour arriver à cette conclusion, l'UFC-Que Choisir s'est intéressée aux tarifs des trajets ferroviaires, aériens et routiers en France, en prenant comme base les 48 liaisons aériennes les plus fréquentées du pays et, suivant deux scénarios types : « Un départ en vacances estivales pour un couple ou une famille avec deux adolescents, et un week-end pour deux adultes. »
Le train avantageux, mais seulement pour les liaisons directes en France
Première conclusion : le train est plus compétitif que l'avion lorsqu'il existe des liaisons ferroviaires directes. Tout particulièrement sur les grands axes dits « radiaux », c'est-à-dire ceux qui relient les métropoles françaises à Paris. « Sur ces liaisons, le train est en moyenne deux fois moins cher que l'avion », estime l'UFC, en précisant qu'en période estivale, 60 % de ce type de trajets sont moins onéreux en train qu'en avion. Et ce, malgré le coût des péages ferroviaires, qui comptent pour 40 % du prix d'un billet de train.
Mais la donne change lorsqu'un trajet en train nécessite une correspondance en France, de « province à province ». Soit des liaisons pour lesquelles la SNCF a réduit son offre ces dernières années, faute de rentabilité. Dans cette configuration, les trajets en avion s'avèrent moins chers « de 37 % en moyenne », constate l'UFC. Parfois, pointe le RAC, le prix du train « double presque », soit en moyenne 113 euros le billet, contre 64 euros quand il existe une desserte directe.
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« Dans l'Hexagone, sur les dix liaisons aériennes transversales les plus empruntées, seules trois disposent d'une alternative directe en train », déplore le Réseau Action Climat, qui enjoint l'État à résoudre ce problème.
Sur les trajets européens, l'avion est encore plus imbattable
L'ONG, citant un rapport de Greenpeace à paraître cet été, porte aussi le regard plus loin, à savoir le comparatif des prix entre train et avion, pour les trajets européens. Et là encore, le constat est sans appel : l'aérien gagne la manche en matière de compétitivité, le train étant en moyenne « 2,5 fois plus cher que l'avion ». Ce qui est une « aberration totale » sur le plan écologique, juge sévèrement l'association.
Illustration concrète sur la liaison Paris-Rome, qui transporte plus de 2 millions de passagers aériens chaque année : d'après les données synthétisées par Greenpeace, le billet d'avion le plus bas se trouve autour de 70 euros en moyenne. Contre 210 euros pour un billet de train.
Selon les experts, plusieurs raisons expliquent le fait que le train reste encore très onéreux pour les liaisons vers l'international proche. Déjà, l'adaptation aux spécificités techniques d'une rame de train française sur le réseau étranger. Signalisation, tension électrique, normes de sécurité... ces paramètres font que l'exploitation d'une rame internationale coûte en moyenne 20 % plus cher que sa cousine domestique.
Autre facteur : un train qui va vers l'étranger, par exemple un Paris-Barcelone, n'effectue en général qu'un seul aller par jour, pour ne repartir que le lendemain. Une configuration beaucoup moins rentable que sur un trajet domestique, qui permet plusieurs allers-retours dans une même journée. Enfin, le prix des liaisons TGV vers l'étranger (en seconde classe) n'est pas plafonné par décret, comme ceux s'effectuant en France. Ajoutée à ce fait, la disponibilité de places sur un trajet international est moindre que dans l'Hexagone. Par le jeu de la loi de l'offre et de la demande, le prix du billet s'en retrouve d'autant plus gonflé.
Renforcer l'offre de train entre régions
Que préconisent l'UFC-Que choisir et le RAC pour rendre le train, moins carboné, plus avantageux financièrement que l'avion ? La priorité serait de renforcer l'offre ferroviaire transversale, entre villes moyennes en France. Autre solution : légiférer afin d'augmenter à 4 heures le seuil d'interdiction des vols intérieurs lorsqu'un trajet alternatif ferroviaire existe. Aujourd'hui, ce seuil est fixé à 2 heures 30. « Étendre les réductions aux adolescents et simplifier les tarifs familiaux », font aussi partie des préconisations.
Le RAC propose également de revaloriser le « billet de congés annuels » (créé par le Front populaire en 1936), en « proposant un aller-retour en train tous les ans au prix de 29 euros par passager ». Enfin, l'association propose de baisser les péages ferroviaires pour le TGV, à commencer par les liaisons internationales et transversales (région à région). Par la même occasion, l'ONG appelle à stopper l'exonération fiscale française sur le kérosène, ce qui contribuerait à rééquilibrer le prix d'un billet d'avion par rapport au train.