Depuis Kiev, les Européens ont exigé un cessez-le-feu « inconditionnel ». Moscou répond par une offre de pourparlers dès jeudi. Pas suffisant pour Paris, qui redoute une tentative de gagner du temps. De son côté, Donald Trump exorte les deux parties à se rencontrer en Turquie.
[Article publié le dimanche 11 mai 2025 à 7h28, mis à jour à 18h30]
La Russie est prête à engager des négociations « directes, sans aucune condition préalable » avec l'Ukraine, dès jeudi prochain à Istanbul. Une proposition formulée dimanche par le président russe Vladimir Poutine, alors qu'Emmanuel Macron et Keir Starme, le Premier ministre britannique rentraient d'un déplacement à Kiev. Le président français, répondant à des questions de journalistes, y voit une « manœuvre dilatoire ».
« Le cessez-le-feu inconditionnel n'est pas précédé par des négociations, par définition », a lancé Emmanuel Macron à sa descente de train à Przemysl, en Pologne.« Il y a chez Poutine la volonté de chercher une voie, mais aussi de gagner du temps », a-t-il ajouté. À la question de savoir s'il s'agissait d'un nouveau coup tactique russe, il a répondu sans détour :« Si, si, c'en est une. »
Le chancelier allemand Friedrich Merz est sur la même ligne : « Nous attendons de Moscou qu'elle accepte un cessez-le-feu qui permette de véritables discussions. Les armes doivent d'abord se taire, ensuite les discussions pourront commencer » a déclaré le dirigeant conservateur dans un communiqué. Dimanche, Jean-Noël Barrot, ministre fraçais des Affaires étrangères, lors d'un entretien conjoint sur France Info/Le Monde, a précisé « que si Poutine ne consent pas au cessez-le-feu, il faudra faire plus que ce nouveau paquet de sanctions et aller chercher le secteur financier et le secteur pétrolier comme les Américains s'apprêtent à le faire ».
Vladimir Poutine n'a « pas exclu » que l'idée d'un cessez-le-feu soit discutée lors de pourparlers avec Kiev mais il a souligné que ces discussions devraient porter sur « les causes profondes du conflit » - qu'il a qualifié de « guerre » bien que ce terme soit rejeté par les autorités russes - « dans une perspective historique ».
Erdogan évoque un« tournant historique »
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré de son côté dimanche qu'il attendait de la Russie qu'elle s'engage à respecter un cessez-le-feu de 30 jours à partir de lundi et que Kiev était « prêt » à des pourparlers directs avec Moscou comme l'a proposé son homologue russe Vladimir Poutine. « Il est inutile de poursuivre la tuerie, ne serait-ce qu'une seule journée. Nous attendons de la Russie qu'elle confirme un cessez-le-feu, complet, durable et fiable, à partir de demain 12 mai, et l'Ukraine est prête à la rencontrer », a-t-il déclaré sur les réseaux sociaux.
Samedi, aux côtés du chef de l'Etat ukrainien à Kiev, les dirigeants français, britannique, allemand et polonais avaient lancé un ultimatum à Moscou : accepter un « cessez-le-feu complet et inconditionnel de 30 jours » ou s'exposer à de nouvelles « sanctions massives ». Une position concertée avec Washington.
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Paris doute aussi du lieu proposé par le Kremlin. « Le précédent est compliqué », a glissé Emmanuel Macron, suggérant que le choix du lieu pourrait ne pas convenir à Kiev. La Turquie, membre de l'Otan, avait joué un rôle de médiation en 2022 pour la conclusion d'un accord permettant l'exportation de céréales ukrainiennes par la mer Noire, dont la Russie avait par la suite claqué la porte. La Turquie est le seul membre de l'Otan à continuer de parler aussi bien avec Kiev qu'avec Moscou.
L'enthousiasme de Trump
Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'est entretenu à ce sujet avec Emmanuel Macron dimanche par téléphone. « Au cours de cet appel, le président Erdogan a souligné qu'un tournant historique a été atteint dans les efforts en vue de mettre fin au conflit entre l'Ukraine et la Russie, que cette opportunité devait être saisie et que la Turquie est prête à apporter tout les soutiens possible, y compris en accueillant les négociations, afin de parvenir à un cessez-le-feu et à une paix durable », précise la présidence turque dans un communiqué. Le chef de l'Etat turc a aussi dit à Vladimir Poutine que « les pourparlers de paix entre la Russie et l'Ukraine se poursuivront à Istanbul là où ils s'étaient arrêtés (en 2022, ndlr) et que la Turquie est prête à accueillir des négociations qui conduiraient à une solution permanente au conflit », selon un autre communiqué.
Donald Trump s'est quant à lui montré enthousiaste. « Potentiellement un grand jour pour la Russie et l'Ukraine ! », a-t-il écrit sur Truth Social, en évoquant l'espoir d'une fin prochaine du « bain de sang ». Le président américain a assuré vouloir « continuer à travailler avec les deux parties » pour faciliter une sortie de crise avant de nouveau exorter ce dimanche « l'Ukraine et la Russie à se rencontrer sans délai. »
«Le président russe (Vladimir) Poutine ne veut pas d'un accord de cessez-le-feu avec l'Ukraine, mais plutôt une rencontre jeudi en Turquie pour négocier une possible fin au bain de sang. L'Ukraine devrait accepter immédiatement, affirme le président américain.Cela leur permettra au moins de déterminer si un accord est possible, et s'il ne l'est pas, les dirigeants européens et les Etats-Unis sauront à quoi s'en tenir et pourront agir en conséquence, » a dit Donald Trump sur son réseau Truth social.
La tâche s'annonce toujours aussi compliquée : la Russie a tiré plus de 100 drones contre l'Ukraine dans la nuit, peu après l'expiration d'une trêve de trois jours décrétée unilatéralement par Moscou et que les deux pays se sont accusé de ne pas avoir respectée.