Voitures électriques chinoises : Pékin et Bruxelles toujours en désaccord sur les droits de douane
latribune.fr
La Commission européenne a les mains libres pour ajouter aux 10% de taxe déjà en place une surtaxe allant jusqu'à 35% sur les véhicules à batterie de fabrication chinoise, mais Pékin a mis en garde les négociateurs contre la fixation unilatérale de...
Les discussions à Bruxelles sur les droits de douane imposés par l'Union européenne sur les véhicules électriques importés de Chine se sont achevées sur des « divergences majeures », a regretté samedi le ministère chinois du Commerce. Pour rappel, l'exécutif européen accuse Pékin d'avoir faussé la concurrence en subventionnant massivement les constructeurs sur son territoire. Mais le principal intéressé ne compte pas se laisser faire.
Huit cycles de négociation, et toujours pas d'accord. Alors que l'UE compte imposer des droits de douane sur les véhicules électriques chinoises - malgré l'opposition de Berlin -, aucune voie de sortie n'apparaît. En effet, les négociations avec Pékin, qui ont commencé le 20 septembre, s'achèvent avec des « divergences majeures », a regretté samedi le ministère chinois du Commerce, qui espère toujours un accord dans le futur.
« Jusqu'à présent, les consultations n'ont pas abouti à une solution acceptable pour les deux parties » malgré des « progrès importants dans certains domaines », a-t-il indiqué dans un communiqué, ajoutant qu'il avait invité les négociateurs de l'UE au prochain cycle de négociations, qui doit se dérouler en Chine.
« Nous espérons que l'UE pourra rencontrer la Chine à mi-chemin, prendre des dispositions pour se rendre en Chine dès que possible et accélérer les consultations en adoptant une attitude constructive, afin de parvenir à une solution appropriée le plus rapidement possible », souligne par ailleurs le communiqué.
Concurrence déloyale
Pour rappel, les pays membres de l'UE ont confirmé lors d'un vote début octobre la mise en place de droits de douane sur les voitures électriques importées de Chine pour une durée de 5 ans, malgré la frilosité des Allemands qui redoutent une guerre commerciale avec Pékin.
La Commission européenne a donc désormais les mains libres pour ajouter aux 10% de taxe déjà en place une surtaxe allant jusqu'à 35% sur les véhicules à batterie de fabrication chinoise. Ces droits compensateurs doivent entrer en vigueur fin octobre.
Cette décision de l'UE fait suite à une enquête sur les subventions massives du gouvernement chinois en faveur de son industrie automobile, lesquelles sont jugées à l'encontre des règles du commerce international, comme nous l'expliquions cet été. En effet, l'exécutif européen accuse Pékin d'avoir faussé la concurrence en subventionnant massivement les constructeurs sur son territoire, leur permettant d'offrir des prix inférieurs. L'UE espère ainsi protéger sa filière automobile qui emploie 14,6 millions de personnes.
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Ebranler la confiance mutuelle
Mais Pékin dénonce des « pratiques protectionnistes injustes et déraisonnables ». Et a déjà répliqué, en lançant des enquêtes anti-dumping visant le porc, les produits laitiers et les eaux-de-vie à base de vin importés d'Europe, dont le cognac. Depuis vendredi, d'ailleurs, la Chine impose aux importateurs de brandy européen, dont le cognac représente à lui seul 95%, de déposer une caution auprès des douanes chinoises.
En parallèle, l'UE enquête également sur les subventions chinoises accordées aux fabricants d'éoliennes et de panneaux solaires. Cela a d'ailleurs déjà porté ses fruits : en mai, des entreprises chinoises se sont retirées d'un appel d'offres pour concevoir, construire et opérer un parc photovoltaïque en Roumanie, alors qu'elles faisaient l'objet d'une de ces enquêtes de l'UE.
«C'est un bras de fer, il ne faut pas se montrer faible et céder. Les Chinois ont davantage besoin de notre marché que nous du leur», glissait il y a quelques jours à La Tribune un eurodéputé français membre de Renew.
Samedi, le ministère chinois du commerce a cependant mis en garde les négociateurs de l'UE contre la fixation unilatérale de prix avec des entreprises en dehors des négociations avec Pékin.
« Si l'UE négocie des engagements de prix avec certaines entreprises séparément, tout en négociant avec la Chine, cela ébranlera les fondements et la confiance mutuelle des négociations, interférera avec les négociations entre les deux parties et nuira à la progression générale des consultations », a prévenu le ministère du Commerce.
Le président du Conseil européen Charles Michel a espéré vendredi trouver un accord dans les prochains jours ou semaines, bien que le contexte soit « très difficile ».
« J'ai l'impression que la porte n'est pas fermée, mais c'est une situation très difficile. Nous partageons l'idée qu'une guerre douanière sera forcément un échec, et que nous devons faire des efforts pour l'éviter », a déclaré le dirigeant, qui a rencontré le Premier ministre chinois Li Qiang en marge du sommet de l'Association des pays d'Asie du Sud-Est (Asean), au Laos.