Selon le dernier rapport du Boston Consulting Group, 82 % des entreprises interrogées déclarent avoir tiré des bénéfices financiers de leurs actions climatiques, avec un retour sur investissement « supérieur à 10 % de leur chiffre d’affaires annuel » pour les plus impliquées. Un gain équivalent à « 1 % de leur chiffre d’affaires à court terme » pour celles qui anticipent les risques climatiques.
Le Boston Consulting Group (BCG) livre, ce mardi, son état des lieux de l'action climatique des très grandes entreprises dans le monde. Selon le cabinet américain, malgré un discours ambiant suggérant un essoufflement de l'action climatique, souvent attribué au retour à la Maison-Blanche de Donald Trump, les grandes entreprises poursuivent leurs efforts pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, et commencent même à en tirer une rentabilité.
C'est ce que révèle la cinquième édition du rapport du Boston Consulting Group, en collaboration avec CO2 AI, intitulée « Comment les entreprises affrontent le défi climatique tout en créant de la valeur ». Ce document analyse les stratégies climatiques de 1 924 cadres dirigeants issus de 26 pays, à la tête d'entreprises de plus de 1 000 salariés et générant plus de 100 millions de dollars de chiffre d'affaires.
Ces très grandes entreprises ont un poids considérable dans le changement climatique, puisqu'elles représentent à elles seules près de 40 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Depuis 2021, le BCG suit leurs trajectoires. Et l'édition 2025 confirme que, loin du repli annoncé, les multinationales intensifient leurs efforts. Budgets climatiques en hausse, plans climat renforcés, intégration systématique des risques climatiques : leurs actions commencent à générer un retour sur investissement tangible, montrant qu'en dépit du climatoscepticisme ambiant, transition écologique et performance financière peuvent aller de pair.
Une accélération des investissements dans la décarbonation
Le BCG souligne qu'en 2025, 7 % seulement des multinationales publient un rapport complet sur les émissions de scopes 1, 2 et 3 (contre 9 % en 2024), mais près de 70 % parmi celles-ci ont maintenu ou augmenté leurs investissements dans la décarbonation. Encore plus significatifs, les budgets consacrés à la réduction des émissions de CO₂ devraient croître de 16 % sur les cinq prochaines années.
Les financements servent avant tout à deux choses : l'instauration d'une tarification interne du carbone et la mise en place de plans de transition climatique. Ainsi, un tiers des entreprises interrogées appliquent-elles désormais un « prix du carbone interne à l'entreprise » afin de mieux mesurer le coût financier du CO₂ émis. Quant aux plans de transition, ils progressent de 5 % par rapport à 2024 et 61 % d'entre eux sont désormais validés par les conseils d'administration, preuve d'un engagement renforcé de l'équipe dirigeante.
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Selon le BCG, cette accélération des actions climatiques des très grandes entreprises tient d'abord au durcissement des réglementations internationales : « En Europe, la CSRD [directive relative à la publication d'informations en matière de durabilité par les entreprises] oblige désormais les grands groupes à publier des données détaillées sur leurs impacts environnementaux et sociaux. La Chine et l'Australie ont, elles aussi, relevé leurs exigences en matière de transparence climatique, poussant les multinationales à formaliser et rendre publics leurs plans de transition. ».
Un retour sur investissement tangible
Le rapport du BCG révèle une prise de conscience majeure des très grandes entreprises sur la rentabilité des actions de réduction carbone. « Leurs engagements climatiques ne se résument plus à un simple enjeu de valorisation de l'image de l'entreprise. La décarbonation génère désormais une valeur économique concrète », mesurable à travers un retour sur investissement (ROI) tangible, indicateur clé de performance financière.
Ainsi, 82 % des entreprises interrogées déclarent-elles avoir déjà tiré des bénéfices financiers de leurs actions de décarbonation.
Parmi les entreprises les plus impliquées dans la décarbonation de leur activité, le BCG dénombre« un retour sur investissement supérieur à 10 % de leur chiffre d'affaires annuel », sans donner de chiffres précis sur le nombre d'entreprises concernées.
Et cette rentabilité repose sur deux leviers majeurs. D'un côté, une demande accrue des consommateurs pour des produits écoresponsables, qui stimule la croissance des ventes de l'entreprise. De l'autre, des gains d'efficacité opérationnelle issus d'initiatives comme la comptabilité carbone ou la rénovation énergétique des bâtiments. Deux actions qui réduisent à la fois les émissions de CO₂ et la facture énergétique, rendant ces investissements économiquement et climatiquement rentables.
Les risques climatiques, un coût évitable
Le BCG souligne également que les multinationales mesurent désormais l'importance de l'adaptation de leurs activités au changement climatique, afin de limiter les coûts d'exposition aux risques climatiques.
Ces coûts ne sont pas négligeables puisque les entreprises ayant évalué les risques pesant sur leur activité, évaluent leur exposition financière moyenne à 790 millions de dollars d'ici à 2030.
Le cabinet américain distingue ainsi deux menaces majeures, appelées à s'intensifier avec le réchauffement de la planète : les « risques physiques », comme les tempêtes ou la montée des eaux, susceptibles d'endommager les actifs de l'entreprise, et les « risques de transition », liés aux évolutions réglementaires et de marché, qui peuvent perturber les opérations et peser sur la rentabilité.
Mais le BCG indique que « l'anticipation de ces menaces se révèle déjà payante ». Les entreprises qui investissent dans l'adaptation au changement climatique constatent « des gains équivalents à 1 % de leur chiffre d'affaires à court terme (...) preuve qu'une stratégie proactive d'anticipation génère une valeur réelle et mesurable ».
Enfin, selon le BCG, les multinationales du Japon, de Chine et du Royaume-Uni font la course en tête en matière de mesure des émissions de CO₂, de fixation d'objectifs de réduction carbone, et de gestion des risques climatiques. La Chine se maintient pour la deuxième année consécutive dans le trio de tête. En revanche, le rapport ne donne pas d'indication précise sur le positionnement de la France dans ce classement mondial.