Mutuelle et complémentaires : l'idée d'une "Grande Sécu" fait débat

Le Sénat a adopté, dans la nuit de lundi à mardi 9 novembre, un amendement qui vise à demander aux mutuelles près de 500 millions d'euros pour réduire le déficit de la Sécurité sociale. Plus que jamais, les mutuelles et complémentaires santé sont accusées de faire des profits sur le dos des Français. De quoi alimenter l'idée de mettre en place une "Grande Sécu", un régime obligatoire d'assurance maladie qui prendrait en charge l'intégralité des frais de santé. Les équipes d'Emmanuel Macron planchent sur le sujet. Ce système universel permettrait de redonner un peu de pouvoir d'achat aux Français, notamment aux retraités qui paient leur complémentaire au prix fort. Les opposants à un tel système évoquent le risque d'une médecine à deux vitesses. Explications.
L'idée d'une Grande Sécu fait débat. Pour le ministre de la Santé, le système actuel de double financement des soins par l'Assurance maladie et les mutuelles a des effets délétères : il crée une inflation des tarifs sur certains produits (comme les lunettes), entretient des frais de gestion pharaoniques (7 milliards d'euros pour le secteur), et exclut certains usagers, trop modestes pour se payer une complémentaire.
L'idée d'une "Grande Sécu" fait débat. Pour le ministre de la Santé, le système actuel de double financement des soins par l'Assurance maladie et les mutuelles a des effets délétères : il crée une inflation des tarifs sur certains produits (comme les lunettes), entretient des frais de gestion pharaoniques (7 milliards d'euros pour le secteur), et exclut certains usagers, trop modestes pour se payer une complémentaire.

Elles espèrent que les députés les épargneront en seconde lecture du budget de la Sécurité sociale. Les mutuelles veulent éviter les 500 millions d'euros de taxe votée par la chambre haute, dans la nuit de lundi à mardi 9 novembre. Les sénateurs ont en effet estimé qu'elles devaient contribuer à l'effort et participer à la réduction du déficit de la Sécurité sociale.

Et tant pis si, l'an dernier, le secteur des assurances a déjà dû payer une contribution exceptionnelle de 1,5 milliard d'euros, sorte de taxe Covid-19 pour éponger les déficits. Cette fois, les sénateurs ont rajouté 500 millions d'euros au budget 2022 de la Sécurité sociale. Un minimum, selon eux.

« Les mutuelles ont économisé 2,2 milliards d'euros avec le Covid. Lorsque les Français étaient coincés chez eux à cause des confinements, ils sont moins allés se faire soigner. Leurs dépenses ont baissé », plaide ainsi, Élisabeth Doisneau, sénatrice centriste de la Mayenne, à l'origine de l'amendement.

Elle assure n'avoir rien contre les mutuelles, mais entend rétablir "légitimement" une forme de justice sociale.

Les mutuelles, quant à elles, assurent qu'aucune cagnotte n'a été constituée sur le dos des Français, loin de là. Les soins que les patients n'ont pas pu réaliser se font aujourd'hui, affirment-elles. Le rattrapage est en cours. Preuve en est, depuis le début de cette année, leurs dépenses ont déjà augmenté de 9% par rapport à 2019, année de référence, avant la pandémie. Elles rappellent que le vieillissement de la population alourdit aussi la facture. Sans oublier, le "reste à charge zéro" mis en place par Emmanuel Macron, pour l'optique, les appareils auditifs ou le dentaire, auquel elles contribuent largement. Selon une source à la Mutualité française, « les assureurs et complémentaires ont déjà financé 600 millions d'euros pour 2020 et 2021 ».

Aussi, pour absorber une partie de ces coûts, prévoient-elles d'augmenter leurs tarifs en janvier prochain. Probablement entre 2% et 3 %, comme les autres années, avant la crise. « Nous modérons nos prix et absorbons même une partie des hausses », se défend la Mutualité française.

Le ministre de la Santé, pourtant, ne l'entend pas ainsi : Olivier Véran leur a ainsi demandé expressément en ce début d'année de ne pas augmenter leurs tarifs. Impossible, selon elles.

Les mutuelles dans le viseur du gouvernement.

Quoi qu'il en soit, elles savent qu'elles sont des cibles.

« Ça fait longtemps qu'Olivier Véran veut mettre en place "une grande Sécu", qui nous ferait disparaître », assure un assureur privé.

Pour le ministre de la Santé, le système actuel de double financement des soins par l'Assurance maladie et les mutuelles a des effets délétères : il crée une inflation des tarifs sur certains produits - comme les lunettes- , entretient des frais de gestion pharaoniques - 7 milliards d'euros pour le secteur - et exclut certains usagers, trop modestes pour se payer une complémentaire.

Seul un projet d'unification type Grande Sécu, profiterait à tous les usagers. En d'autres termes, un régime obligatoire d'assurance maladie prenant en charge l'intégralité de nos frais de santé.

Aussi, l'été dernier, Olivier Véran a-t-il chargé le Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance maladie (HCAAM) de réfléchir à la mise en place d'une nouvelle entité, une "Grande Sécu". Ainsi qu'à la place des mutuelles dans le paysage de santé français. La copie du HCAAM est très attendue. Probablement autour du 20 novembre.

Sur le papier, l'idée est séduisante. Tout le monde y aurait accès, selon le traditionnel adage de "contribuer selon ses moyens mais de recevoir en fonction de ses besoins". Exit les variations de prix, les tarifs les plus élevés pour ceux qui ont déjà eu des problèmes de santé... comme cela se pratique aujourd'hui.

Défendue par plusieurs ténors au sein du gouvernement, cette option d'une "Grande Sécu" pourrait figurer dans le programme d'Emmanuel Macron, lorsqu'il se représentera. Car, avantage supplémentaire, ce système universel permettrait de redonner un peu de pouvoir d'achat aux Français, notamment aux retraités qui paient leur complémentaire au prix fort.

Une "Grande Sécu" reviendrait aussi à absorber 30 milliards de dépenses

Reste que cela reviendrait aussi à absorber les dépenses des mutuelles. Soit 30 milliards d'euros, selon les professionnels du secteur. Alors que la Sécurité sociale est déjà largement déficitaire - plus de 21 milliards d'euros attendus en 2022 -, pas sûr que l'affaire soit très rentable pour les finances publiques. Sans compter que, chaque année, les mutuelles et complémentaires versent près de 10 milliards d'euros de cotisations à l'État. Enfin, elles emploient 100.000 personnes en comptant les emplois indirects. C'est un secteur économique à part entière.

Un sujet aussi politique qu'économique

Et étant donné la période électorale, le sujet a vite fait de devenir politique. Ainsi, dans une tribune publiée par le Journal du dimanche, le 7 novembre, Xavier Bertrand, candidat à l'investiture LR en vue de l'élection présidentielle, a ainsi rejeté en bloc ce qu'il qualifie de « folie financière ». « À l'heure où la France est déjà le pays de l'OCDE qui taxe le plus, ce projet consisterait à déplacer le rôle des mutuelles vers la Sécurité sociale classique », assure t il. « Autrement dit, transférer la prise en charge de 30 milliards de dépenses de soins des complémentaires santé à l'Assurance maladie. » Impossible à mettre en œuvre, selon l'ancien ministre de la Santé.

Quant aux professionnels concernés, ils n'entendent pas se laisser faire. Pour eux, cette proposition est totalement hors-sol, et relève d'une vision dogmatique. Quid des dépassements d'honoraires ? « Il ne faut pas rêver, les médecins ne baisseront pas leurs tarifs. Même avec une Grande Sécu, il y aura des personnes aisées qui s'offriront des sur-complémentaires, on sera dans un système à l'anglo-saxonne », analyse, sous couvert d'anonymat, un ponte de la fédération des assurances, la FFA.

Ce mardi 9 novembre au Congrès des actuaires, Thomas Saunier, le directeur général de Malakoff Humanis, s'est par exemple insurgé : « Notre ministère de tutelle ne comprend pas que le système hybride - Sécu et complémentaire santé - évite une médecine à deux vitesses. »

En direct - Transition Forum 2022

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 12
à écrit le 10/11/2021 à 10:07
Signaler
Le Conseil Constitutionnel doit examiner la possibilité à une personne de pouvoir quitter la sécurité sociale, ce qui est interdit actuellement. Cette même personne aurait alors la liberté de souscrire une assurance maladie dans un autre pays, plus a...

le 10/11/2021 à 15:49
Signaler
Et se fera soigner bien entendu dans le pays ou aura été souscrit le contrat...

à écrit le 10/11/2021 à 9:35
Signaler
Les mutuelles complémentaires servent avant tout à financer la médecine de confort, et donc à mutualiser l’inflation des coûts de santé. Bref : des caisses de péréquation qui ne servent à rien d’utile, et vivent très bien en ponctionnant les flux ...

à écrit le 10/11/2021 à 9:01
Signaler
Pour ceux qui n'auraient pas encore compris, la privatisation de la sécu est En Marche ... Rdv en 2023, après les retraites.

le 10/11/2021 à 10:53
Signaler
Ce serait tout le contraire qu'une privatisation.

le 10/11/2021 à 11:42
Signaler
Je suis d'accord avec le multipseudos, et c'est vraiment surprenant ya peut-être un loup quelque part mais visiblement c'est bel et bien l'inverse d'une privatisation ensuite il est bien évident que sans l'argent public le marché de la santé se porte...

à écrit le 10/11/2021 à 8:49
Signaler
encore une bonne idee baveuse, enrobees de sa sauce morale et moraliste sur le bien etre de tous et la secu reenchantee!!!!!!!!! he, tout le monde a compris ce qu'il se passe, qui sera ' public prioritaire', qui se fera une fois de plus ecraser, et ...

à écrit le 10/11/2021 à 8:37
Signaler
Selon l’OMS, le système de santé espagnol est plus à même de protéger la population contre les difficultés financières que les systèmes de santé de la plupart des autres pays européens. De nombreux services de santé sont gratuits : il n’y a pas de re...

à écrit le 09/11/2021 à 20:06
Signaler
Un assureur est un assureur, en Suisse ça semble pareil (assurance santé), ils ont des "réserves" pour les coups durs mais quand y a un coup dur ils ponctionnent les assurés, ça fait partie de leur ADN. Et améliorent leur matelas de réserve indéfinim...

à écrit le 09/11/2021 à 19:57
Signaler
Enfin une bonne idée ! Faire une grande sécu et supprimer les mutuelles permettrait des économies de gestion et rétablirait de l'égalité entre les français. Pour les retraités qui n'ont pas les moyens de se payer une complémentaire, ce serait super ...

le 10/11/2021 à 14:33
Signaler
c est exactement l inverse de ce qu il faut faire ! on va faire payer plus les jeunes pour que les retraités paient moins. Mais les jeunes sont peu malade et coutent pas cher alors que les vieux consomment a fond (et pas pour la bonne cause. faire un...

à écrit le 09/11/2021 à 18:34
Signaler
Dans l'UE, quand on veut privatiser, on construit un "monopole" pour mieux l'accuser de ne pas jouer la concurrence!

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.