« On n'est pas dans les années 20 en Allemagne » : le débat entre Julien Carmona (Arkea), Ramon Fernandez (Orange) et Marie-Ange Debon (Keolis)

#REAix2022. Alors que le monde connaît un choc inédit depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, La Tribune a donné la parole aux grands décideurs de l'économie en direct des Rencontres d'Aix-en-Provence du 8 au 10 juillet. Que pensent les patrons des désordres économiques actuels ? Est-ce la fin de la mondialisation ? Comment faire face au retour de l'inflation qui fait remonter les taux d'intérêt et craindre des tensions sociales ? Comment mener dans le même temps les grandes transitions énergétique, écologique et économique ? Revivez ici la vidéo de l'entretien avec Ramon Fernandez, directeur Général Adjoint en charge des Finances et de la Stratégie d'Orange, Julien Carmona, président d'Arkéa, Crédit Mutuel de Bretagne et Marie-Ange Debon, présidente du directoire de Keolis, enregistré depuis notre studio installé au cœur du Davos provençal.
Philippe Mabille
(Crédits : DR)

Ramon Fernandez, directeur Général Adjoint en charge des Finances et de la Stratégie d'Orange

Depuis 15 ans, nous avons vécu une succession de crises. On l'a oublié parce qu'une crise chasse l'autre. Cette crise de sortie de Covid est globale, avec des problèmes d'approvisionnements, un rapport au travail qui a changé, des secteurs qui ne trouvent plus de salariés et il y a la guerre en Ukraine. L'inflation est de retour. Mais on n'est pas dans les années 20 en Allemagne. Il faut arriver à gérer cette transition qui recèle aussi des opportunités à saisir. Le digital peut y aider. Le numérique produit 3% des émissions dans monde, mais permet aussi de réaliser des économies de CO2. Il a un ratio de 1 à 10 entre le CO2 émis et évité par le digital.

Selon les pays, le trafic data augmente de 30 à 40% par an. C'était déjà le cas avant la pandémie. Ce n'est pas lié au télétravail. Mais le télétravail s'accompagne d'une exigence de qualité de service qui va demander beaucoup d'investissements et ceux qui en tirent le surcroît de CA le plus important, ne sont pas les opérateurs qui investissent. Cela demande un partage de la valeur entre les Gafam et les opérateurs de Telecom. Il y a une discussion en cours pour rééquilibrer le partage de la valeur.

Julien Carmona, président d'Arkéa, Crédit Mutuel de Bretagne

Le retour de l'inflation est alimenté par la crise en Ukraine, mais il était sous-jacent. La transition va coûter cher et contribue à l'inflation. On est à la fin du cycle de la Chine qui faisait baisser les prix. Il y a moins de gens pour autant emplois, le rapport de force change et les salaires augmentent. Les taux d'intérêt sont revenus au niveau de 2014. La dette va être plus dure à supporter. Certains Français vont être désolvabilisés sur le marché immobilier. Mais cette hausse va mettre un terme aux taux négatifs et l'épargne va de nouveau être rémunérée. Ce qu'on constate, c'est que la vague n'est pas si haute que cela en Bretagne. La région s'en tire bien. La demande de crédits est plus forte que l'an passé.

Chez Arkéa on travaille 2 jours par semaine, mais on a maintenu le réseau d'agences.
Nous sommes une banque autonome qui a son siège à Brest. Cela s'inscrit dans la décentralisation, avec une vraie efficacité. Le Crédit Mutuel, dont on fait partie, a longtemps été décentralisé. Mais sur les 10 dernières années, il est devenu plus centralisateur. Nous devons trouver une solution pour cohabiter et garantir notre autonomie en restant dans cet ensemble. Si cela n'est pas possible, on procédera à la désaffiliation.

Marie-Ange Debon, présidente du directoire de Keolis

Le choc énergétique touche le transport, comme il touche les citoyens, mais cette crise rappelle qu'on est le moyen de mobilité le plus abordable et le plus économique. En matière de transition, on est imbattable. Une voiture c'est 200 g. par km/passager voiture, un tram c'est 3 grammes. Les collectivités locales ont fait l'effort de maintenir l'offre et on essaye de donner envie à ceux qui circulent encore en voiture d'aller vers le transport public, en proposant du confort, la climatisation, des recharges pour les téléphones, en faisant en sorte que les horaires correspondent aux besoins et en assurant la sécurité.

Il n'y a que 35% de métiers télétravaillables et nous ne sommes pas pénalisé négativement par le télétravail. Le trafic est revenu à 90% de ce qu'il était avant la crise. Le fait que le télétravail permette de lisser les heures des pointes est même positif. C'est un élément d'attraction supplémentaire pour nous.

Philippe Mabille

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Commentaire 1
à écrit le 15/07/2022 à 18:23
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Bonjour, certes l'Allemagne n'est plus dans les conditions des années 1920, chômage de masse, déstabilisation politique, anarchiste de droite et gauche, esprit de revanche.... Mais les problème énergétique reste les même depuis bien longtemps.... ...

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