Cazeneuve, l’histoire d'un rendez-vous manqué

Caroline Vigoureux
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Bernard Cazeneuve à Thionville en mars 2023.
© LTD / Hugo Azmani / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

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Bernard Cazeneuve à Thionville en mars 2023.
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Jeudi, quelques heures après sa nomination, Michel Barnier appelle François Hollande. Le nouveau Premier ministre a beaucoup de considération pour l'ancien président. Mais le député de Corrèze, qui déambule à la foire de Chalon-sur-Saône, ne répond pas. Vendredi matin, le socialiste lui fait porter un mot manuscrit à Matignon. « Je vous confirme mon estime et mon respect, mais désapprouve les conditions de votre nomination et déplore le lien de dépendance qui s'est noué entre votre gouvernement et le RN. » Le socialiste ajoute une précision : il se situera à l'Assemblée nationale « dans l'opposition (constructive) ».
Le feuilleton de Matignon ne s'est pas terminé comme François Hollande l'aurait souhaité. Contrairement au bruit que font courir certains socialistes, il aurait aimé voir son ami et ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve nommé chef du gouvernement. Lorsqu'il est reçu lundi matin par Emmanuel Macron, le nom de l'ancien Premier ministre semble être une hypothèse sérieusement étudiée par l'Élysée, tout comme l'est celle de Xavier Bertrand. Dans le bureau du président, la discussion est franche. François Hollande lui garantit qu'une large partie des 66 députés socialistes à l'Assemblée nationale ne censureront pas un gouvernement Cazeneuve.
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Le principal intéressé a lui-même été reçu la veille par le président. Un entretien d'une heure quinze durant lequel Bernard Cazeneuve a indiqué ses intentions : la réforme des retraites est sur la table. Pour l'ancien Premier ministre, qui voudrait convoquer une grande conférence sociale afin d'apporter de la justice sociale, il faut faire évoluer les choses. À sa sortie de l'Élysée, Bernard Cazeneuve regagne les locaux de son cabinet d'avocat, August Debouzy, dans le 8e arrondissement de Paris. Il reçoit alors un coup de fil de Lucie Castets, candidate désignée par le Nouveau Front populaire pour Matignon mais recalée par Emmanuel Macron. Ils étaient convenus de s'appeler après l'entretien. Ensemble, ils partagent leur inquiétude sur l'attitude du président, qui ne semble pas tant que ça vouloir nommer un Premier ministre de gauche. Bernard Cazeneuve échange aussi avec la présidente socialiste de la Région Occitanie, Carole Delga, reçue trois jours plus tôt par le chef de l'État : « J'ai senti comme toi que le président ne voulait rien lâcher. » Tous deux pensent qu'Emmanuel Macron n'est pas conscient de la colère que provoque dans le pays la réforme des retraites.
Caroline Vigoureux
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