Comment Strasbourg a perdu son éclat pro-européen
Olivier Mirguet
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A Strasbourg, dans le quartier des institutions européennes.
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A Strasbourg, dans le quartier des institutions européennes.
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Avec 72 % de votes favorables à la ratification du traité de Maastricht, contre 51 % à l'échelle française, Strasbourg incarnait depuis 1992 l'image d'une métropole résolument pro-européenne. Un caractère enthousiaste établi sur le souvenir de la réconciliation franco-allemande, et sur la présence dans la capitale du Grand Est de deux institutions majeures de la construction européenne (Conseil de l'Europe, siège du parlement européen).
Dimanche 9 juin, aux élections européennes, cette image s'est brouillée. Dans une Alsace gagnée par l'extrême droite, les électeurs strasbourgeois ont manifesté leur contestation en accordant leurs faveurs inédites à l'extrême gauche. La victoire locale des Insoumis (21,3 % des voix) marque une évolution inédite dans cette ville restée fidèle à la social-démocratie, et où la voix de l'ancienne maire (PS) Catherine Trautmann continue de peser dans le débat public. L'addition des votes LFI, RN (14,1 %), Reconquête (4,6 %) et des petites listes d'extrême droite et d'extrême gauche indique que plus de 40 % des strasbourgeois n'accordent plus la priorité aux idéaux de la construction européenne, que Strasbourg prétendait incarner.
« Ce recul du vote pro-européen traduit des transformations sociologiques fortes », estime le sociologie Philippe Breton, qui anime à Strasbourg un « Observatoire de la vie politique en Alsace » (Ovipal). « La population a changé. Les électeurs pro-européens des années 1990 sont partis vivre ailleurs. Le vote LFI du 9 juin est porté par des Strasbourgeois issus de l'immigration, dans des quartiers qui n'existaient pas encore il y a trente ans », observe Philippe Breton.
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« La jeune génération ne possède pas la culture pro-européenne de ceux qui ont grandi dans les années soixante », confirme la députée bas-rhinoise (Renaissance) Françoise Buffet. « Aujourd'hui, on enseigne l'Europe à l'école de la même manière qu'on enseignerait l'histoire de Louis XIV. Cet aspect particulier de notre histoire n'a plus aucun attrait pour les jeunes », regrette cette élue de la circonscription périphérique du Kochersberg, à l'est de l'agglomération strasbourgeoise. Arrivée en 2022 au Palais Bourbon, Françoise Buffet vient d'entrer en campagne en vue des élections législatives du 30 juin et du 7 juillet.
Olivier Mirguet