ENTRETIEN - Soutien de Raphaël Glucksmann, l’ex- député européen voit dans la dissolution une réaction à une « blessure narcissique » du président, dont il fut un temps proche.LA TRIBUNE DIMANCHE - Comment expliquez-vous cette décision d'Emmanuel Macron de dissoudre l'Assemblée nationale ? Arrivez-vous à la rationaliser ?
DANIEL COHN- BENDIT - Non, je suis incapable de la rationaliser. Je me demande ce que je n'ai pas compris chez lui, ce que je n'ai pas vu. Ce type, qui avait des capacités extraordinaires, est enfermé dans lui-même. C'est un don Juan intellectuel, qui peut aimer certaines personnes et puis les lâcher, comme les don Juan lâchent les femmes. Il ne cherche ses vérités que dans lui-même. C'est un mystère, un homme visiblement perdu parce qu'il ne croit qu'en lui-même. Il n'y a que lui qui comprenne tout. Il n'y a que lui qui trouve les solutions. Il n'y a que sa parole qui porte. Alors même que ce n'est pas lui qui comprend tout, que sa parole ne porte plus et qu'il s'isole avec des bras cassés qui lui donnent des conseils incompréhensibles. Toutes les forces politiques livrent la France au Rassemblement national. Et c'est à qui est le plus bête pour y arriver le plus rapidement.
Est-ce le reflet d'une déconnexion totale ?
Ce n'est pas une déconnexion, mais le reflet d'une incapacité à s'adapter aux évolutions de la France. Le choix de la dissolution, c'est celui de quelqu'un qui ne répond qu'à sa propre blessure narcissique. Seulement, ce n'est pas un jeu. On n'est pas dans une cour d'école. Il s'en remet à la dissolution sans préparation, sans essayer autre chose, avec une véritable probabilité de mettre la France aux mains du RN. Tout ça pour ça. Du dépassement au RN. Waouh !
Qu'aurait-il pu faire pour accuser réception du score triomphant du RN ?
Emmanuel Macron aurait eu la possibilité de dire qu'il fallait une culture de coalitions. Il aurait pu changer la loi électorale en reprenant celle de 1986 sur la proportionnelle de François Mitterrand. Et dire que, avec l'élection à la proportionnelle, il n'y a plus de majorité absolue vu la France d'aujourd'hui. Cela aurait obligé tout le monde à entrer dans une nouvelle culture politique de négociation et de compromis.
Propos recueillis par Caroline Vigoureux