LA TRIBUNE DIMANCHE - Avec la crise politique ouverte par le rejet du projet de loi immigration, diriez-vous que nous sommes à un moment de bascule du quinquennat Macron?
BORIS VALLAUD - La crise politique n'est pas dans le fait que le texte ait été rejeté. Au fond, ce sont les contingences de la vie parlementaire, a fortiori lorsqu'il y a une majorité relative. En réalité, la crise politique naît maintenant dans le refus obstiné du gouvernement de retirer un texte rejeté et dans le maintien d'un ministre de l'Intérieur qui a échoué. Dans n'importe quelle autre démocratie, ça se serait passé autrement. La crise politique vient aussi du fait que nous sommes en train de toucher du doigt dans cette compromission la fin du « en même temps », de révéler une forme d'illusion. Emmanuel Macron ne conduit plus ses réformes, il finit par les subir. Il n'est plus maître de rien, ni du jeu ni des horloges. Aujourd'hui, le gouvernement ne demande même plus aux Républicains de voter sa loi, ce sont Les Républicains qui demandent à la majorité de voter la leur. C'est la fin du macronisme, le début d'une cohabitation d'Emmanuel Macron avec la droite ciottiste.