La gigantesque plateforme logistique a surgi sous terre, dans le parking du Parc des expositions, dans le nord de Tel-Aviv. D'ordinaire, l'enceinte accueille des visiteurs du monde entier venus assister aux grands-messes high-tech. Depuis les attaques du 7 octobre, c'est une centaine de bénévoles qui s'activent au milieu de dizaines de drapeaux blanc et bleu israéliens, et de piles géantes de cartons bien rangées. Venus de tout le pays, ils réceptionnent, trient, distribuent des vêtements pour bébés, des jouets, des couvertures, jusqu'à des chaussettes épaisses pour les soldats. Ils remettent des produits d'hygiène aux familles évacuées. Près de 500 000 Israéliens ont dû en effet quitter leurs habitations, trop exposées aux frontières sud et nord du pays. Certains volontaires, revêtus de dossards bleus avec des inscriptions en hébreu, arabe et anglais, prodiguent aussi des soins d'aide psychologique d'urgence.
Au milieu de cette ruche, un homme, jean et tee-shirt kaki, explique avec fierté : « Nous avons transformé en un temps record notre plateforme militante pour canaliser la plus grande mobilisation civile de bénévoles de l'histoire d'Israël. » Le lieutenant-colonel Oren Shvil montre du doigt un camion qui décharge des stocks de chaises en plastique en précisant : « C'est pour les veillées funéraires. Tout le pays est en deuil. » Le quinqua, ancien commandant de bataillon des forces spéciales israéliennes, est un des sept fondateurs des Frères d'armes, cette organisation de réservistes qui, en janvier, a été en première ligne dans les manifestations antigouvernementales pour protester contre la réforme de la justice.