Macron donne « rendez-vous » aux Français et à Borne en janvier

Emmanuel Macron promet une initiative pour le début de 2024. Celle-ci s’accompagnera-t-elle d’un changement de Premier ministre ?
Le 11 novembre, à Paris. Le président et la Première ministre lors de la cérémonie du 105e anniversaire de l’armistice de 1918.
Le 11 novembre, à Paris. Le président et la Première ministre lors de la cérémonie du 105e anniversaire de l’armistice de 1918. (Crédits : © Stephane Lemouton/Bestimage)

« Il est tourmenté en ce moment. » C'est ainsi qu'un des piliers de la Macronie décrit l'état d'esprit du président, avec lequel il échange en permanence. Le locataire de l'Élysée cogite en effet beaucoup sur la suite. Pour délivrer le résultat de ses maturations, il s'est fixé un horizon. Ce sera janvier. « Le moment est venu d'un rendez-vous avec la nation », a-t-il confié au Monde, reprenant la méthode de teasing qu'il avait employée l'été dernier. Avant la pause aoûtienne, il avait promis une « initiative politique d'ampleur » qui aboutirait un mois plus tard aux « rendez-vous de Saint-Denis », où il convia les chefs des partis politiques.

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Pour son opération du début 2024, Emmanuel Macron réfléchit dans deux directions. La première est philosophique. Alors que les fractures identitaires se creusent, alimentées par des forces politiques extrémistes et des faits divers tragiques, il veut retisser un fil commun, fait d'autorité et de fraternité. La seconde est économique. Des clignotants inquiétants s'allument. La baisse du chômage, mise à son crédit, est aujourd'hui compromise. Il faut relancer la machine. À ces deux pistes de réflexion se greffe une troisième dimension. Comment le chef de l'État choisira-t-il de traduire tout cela sur le plan politique? « Il y aura un subtil mélange de faire et de dire », promet un de ses proches. Cet automne, comme l'avait rapporté La Tribune Dimanche le 5 novembre, une question s'était déjà imposée à l'Élysée : fallait-il se séparer d'Élisabeth Borne dès l'hiver 2024 ou ne le faire qu'après l'été et les Jeux olympiques? À travers son « rendez-vous avec la nation », Emmanuel Macron y apportera-t-il une réponse?

Plus d'alchimie

Dans la période d'incertitude et de spéculations qui s'ouvre six mois à peine après le dernier remaniement, il y a ce qui paraît acquis et ce qui reste en suspension. Son insatisfaction sur son dispositif actuel fait partie de la première catégorie. Entre le locataire de l'Élysée et Élisabeth Borne, il n'y a définitivement plus d'alchimie - y en a-t-il jamais eu? « Quand il s'était déjà posé la question de s'en séparer en juillet en raison de la gestion par celle-ci de la réforme des retraites, il y avait de l'insatisfaction; il y a maintenant de l'usure », rapporte un confident du chef de l'État. « En Conseil des ministres, il ne la calcule plus, cela devient gênant », susurre un membre du gouvernement. Au débit de la cheffe du gouvernement figure la fonte de ses soutiens au sein de la majorité. « Elle ne fait pas le boulot politique, déplore un ministre qui l'a beaucoup épaulé. Elle a laissé le soué de Tourcoing [où elle avait rappelé à l'ordre Gérald Darmanin] retomber. On lui a pourtant conseillé de voir des gens. » À ces considérations s'ajoute un enjeu très stratégique. Le 9 juin auront lieu les élections européennes. Elles seront le seul scrutin national du quinquennat. Un mauvais score de la liste macroniste mettrait en péril toute la fin d'un mandat déjà très compliqué.

Conservation et autorité, c'est la demande des Français

Un proche du président

Ne faudrait-il pas mieux alors reprendre l'initiative en amont en changeant de Premier ministre ? « Le président sait que la période qui va du printemps à l'été, où auront lieu les célébrations du 80e anniversaire du Débarquement, les européennes et les JO, sera cruciale pour son quinquennat; il veut l'aborder de manière idéale », avance un macroniste. Dans ce contexte, le chef de l'État multiplie les consultations. Mardi, il a déjeuné avec Stéphane Séjourné. Le secrétaire général de Renaissance a été longtemps son conseiller politique. Il est pressenti pour être la tête de liste du camp macroniste aux européennes et s'entretiendra de cette échéance le 20 décembre avec les patrons du MoDem et d'Horizons, François Bayrou et Édouard Philippe. Le locataire de l'Élysée passe beaucoup de temps au télé- phone. Dimanche dernier, il a ainsi longuement discuté avec le maire de Pau.

Liste des postulants

De leurs côtés, les candidats à Matignon ont vu la brèche. Ils se sont mis plus ou moins discrètement sur les rangs. Bruno Le Maire plaide ouvertement pour une nouvelle salve de réformes (notamment sur le front de l'emploi) et un sursaut d'autorité. Le 20 novembre, il a dîné avec Alexis Kohler, le secrétaire général de l'Élysée. Mardi, il recevra à déjeuner à Bercy la quinzaine de députés Renaissance qu'il a l'habitude de réunir. Un temps en juillet, Emmanuel Macron avait songé à faire de Gérald Darmanin son Premier ministre. Cette fois, le destin du ministre de l'Intérieur dépendra de celui de son projet de loi sur l'immigration, dont l'examen débute à l'Assemblée. Un vote sans recours au 49.3 serait une grande victoire pour lui. Il serait l'illustration qu'il parvient à trouver des marges de manœuvre parlementaires, alors que la majorité relative entrave tout.

Le nom de Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, très apprécié du couple présidentiel, figure aussi sur la liste des postulants possibles. Celui de François Bayrou peut-il, lui, y être réinscrit si, le 5 février, à l'occasion du jugement sur les assistants du MoDem, il est relaxé ou s'il n'est que symboliquement condamné? D'autres en revanche semblent s'effacer. « Même Philippe Grangeon [ex-conseiller spécial du président et défenseur de l'aile gauche de la majorité] reconnaît que nommer à Matignon Julien Denormandie n'est plus possible », ajoute un fidèle du chef de l'État, faisant référence à l'ancien ministre de l'Agriculture.

Emmanuel Macron peut-il imaginer d'autres solutions ? « La demande des Français, c'est aujourd'hui conservation et autorité; le président va travailler en ce sens », assure un proche. Estimera-t-il au final qu'Élisabeth Borne correspondra toujours à la situation, alors qu'il est, on l'a vu, un président qui peut jusqu'à la dernière minute changer d'inclinaison? « Ma détermination ne faiblit pas », faisait savoir jeudi la Première ministre dans Le Figaro. Ce dimanche, elle a annulé sa participation initialement prévue au 20 Heures de France 2.

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Commentaires 8
à écrit le 11/12/2023 à 10:23
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Pendant ce temps : Le constat est saisissant : la crise de l'inflation pousse les Français à ajuster leurs dépenses quotidiennes, une réalité palpable malgré les déclarations se voulant rassurantes du gouvernement. Les ménages se retrouvent à devo...

à écrit le 11/12/2023 à 8:58
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Beaucoup de travail, il vient de recevoir les catalogues des stations de ski ! ;-)

à écrit le 11/12/2023 à 7:15
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Une annonce en janvier ? Quelle bonne idée ! On va passer de bonnes fêtes de fin d'année...Bonne année à tous..

à écrit le 10/12/2023 à 17:42
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A MACRON : bonne année, bonne santé et Vive 2027, OUF , la fin de l'enfumage permanent et malheureusement pour la France, sans aucun résultat, sauf de cultiver sa mégalomanie, son orgueil et sa naïveté.

à écrit le 10/12/2023 à 11:48
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les français se projettent déjà sur les élections européennes de juin 2024 !

le 10/12/2023 à 13:22
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six ans au pouvoir six ans de decadence six ans a nier aux francais leur demande de liberte de securite que m macron se considere comme le roi du monde pas de france mais bien du monde donnant des conseil a tous mais rien pour la france

à écrit le 10/12/2023 à 9:20
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Et allez encore des vacances !

à écrit le 10/12/2023 à 8:56
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La nouveauté serait qu'il se mette en retrait et qu'il devienne celui avec qui on a plaisir à boire une bière, un Jacques Chirac en quelque sorte; mais il ne faut pas rêver: ça a été le seul.

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