Il n'a pas entendu les sifflets monter. Les cris. La cohue. Il est 8 heures ce samedi lorsque plusieurs dizaines d'individus déferlent dans le hall 1 du Salon de l'agriculture, croyant apercevoir Emmanuel Macron. La vague furieuse dévale les travées, effraie les limousines et s'attaque au cordon de policiers. Les insultes et les coups pleuvent.
« On est chez nous », hurlent certains, reprenant un slogan du RN. Drapeau de la FNSEA au poing, bonnet jaune de la Coordination rurale (CR) sur la tête. Le président n'est pas là, il est en réunion au deuxième étage du bâtiment avec une dizaine de syndicalistes agricoles, loin des hurlements. Il va devoir y rester toute la matinée. Voilà le décor du chaos matinal.
Quelques instants plus tôt, le secrétaire général de la CR, Christian Convers, confiait, bravache, sur le tapis rouge de l'entrée officielle :
« Il ne pourra pas passer, ou alors il sera comme un crabe dans une casserole. » L'intention est claire : empêcher le chef de l'État de déambuler comme le veut la tradition. Face à la menace d'exactions, 700 à 800 policiers et gendarmes sont mobilisés. Du jamais-vu pour l'événement familial de la porte de Versailles.
9 heures : le ruban bleu, blanc, rouge qui barre l'entrée officielle est intact. Emmanuel Macron est alerté. Hors de question de renoncer à la visite. Les syndicats doivent apaiser leurs troupes. Devant les caméras des chaînes d'info, il appelle au calme et dévoile d'ultimes mesures d'urgence pour éteindre l'incendie qui embrase les fermes depuis un mois. Mais les troupes n'entendent pas, elles éructent encore, elles l'attendent pour en découdre, elles l'appellent à démissionner, elles l'insultent...