LA TRIBUNE DIMANCHE - Le projet de loi va-t-il assez loin aux yeux de quelqu'un comme vous qui est engagé sur ces questions depuis si longtemps ?
OLIVIER FALORNI - Ce texte a un peu tardé à arriver mais il est robuste et équilibré, et solidement arrimé à ses deux piliers. Le premier, ce sont les soins palliatifs, qui constituent la réponse principale, primordiale pour la très grande majorité des malades en fin de vie. Et le second pilier, c'est l'aide à mourir. Je suis de ceux qui considèrent que les deux sont nécessaires, qu'ils ne s'opposent pas et même qu'ils sont complémentaires. Pour moi, les soins palliatifs sont une réponse et l'aide à mourir est un recours. C'est au Parlement désormais d'enrichir ce champ des possibles pour prendre « la clé des champs », comme l'écrivait Montaigne. Cette clé des champs qui permet de mourir comme on a voulu vivre. Librement et sereinement. S'engager sur la fin de vie, c'est d'abord s'engager pour la vie, c'est s'engager pour la qualité de la vie jusqu'à sa fin. Mais c'est aussi regarder la mort, lucidement. C'est ne pas accepter que des êtres humains condamnés par la maladie soient aussi condamnés à l'agonie. Et c'est aussi pour moi convoquer les valeurs de la république. C'est vouloir la liberté, celle de disposer de sa mort à l'image de celle de disposer de son corps, que nous venons de constitutionnaliser. C'est vouloir l'égalité, celle qui permet de ne pas devoir s'en remettre à la clandestinité ou à l'exil forcé, à condition d'en avoir les moyens, en Belgique, en Suisse et dans tant d'autres pays désormais. C'est vouloir la fraternité, celle d'une fin de vie qui serait solidaire et pas solitaire. C'est vouloir la laïcité, dans laquelle la foi ne fait pas la loi.