L'un arrive sans cravate avec une minute d'avance, l'autre dûment encravaté avec dix (petites) minutes de retard et une bonne excuse : il vient de déposer son fils de 5 ans à l'école. Le premier en a profité pour commander « une moitié de pain au chocolat » - ce qui a plongé la serveuse dans un embarras certain. Alain Minc et Pierre Moscovici avaient bien fait leurs devoirs : la lecture du livre de l'autre. Les éclats de brillance froide d'un grand influenceur old school (Dictionnaire amoureux du pouvoir, Plon-Grasset) versus les souvenirs d'un incompris qui sait être émouvant (Nos meilleures années, Gallimard). L'occasion de les faire parler de l'état de la France, du pouvoir, de la politique et de la question juive. Et de constater qu'un dialogue entre deux membres du « cercle de la raison » - Inspection des finances pour l'un, Cour des comptes pour l'autre - peut être piquant. Jugez plutôt.
LA TRIBUNE DU DIMANCHE - Alain Minc ne nous laisse pas le temps de poser la première question. Déjà il attaque : « Dans votre livre, ce qui m'a le plus intéressé c'est comment quelqu'un qui représente caricaturalement l'élite, vous, a pu tenir vingt ans une circonscription ouvrière... »