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ÉconomiePrésidentielle 2017

Hollande peut-il sortir la Guyane de la crise?

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 10 avril 2017 à 12:54 - Mis à jour le 10 avril 2017 à 16:03

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La Guyane reste bloquée. Le collectif de manifestants réclame un nouveau geste de l'Etat. Le risque de contagion guette.

Ce lundi, se déplacer en Guyane s'avère une nouvelle fois compliqué. Bien compliqué. Dimanche, le collectif « Pou La Gwiyann dékolé », qui pilote le mouvement social depuis plus de deux semaines, a annoncé le blocage "total" du département à partir de lundi. Erigés dans la plupart des villes guyanaises et sur les axes principaux du territoire, les barrages empêchent voitures, motos, et jusqu'aux vélos et pirogues de passer. Ce blocage est le prolongement de la « grève générale illimitée » décrétée le 25 mars en Guyane. Un blocage qui en fait dure depuis plus de trois semaines, l'activité économique étant entravée par les très nombreux barrages installés de part et d'autre du territoire. Prévu le 21 mars, le décollage d'Ariane 5 a été annulé à cause des manifestations. Aucun tir de fusée n'est pour l'instant prévu.

Jusqu'ici plutôt pacifiques, ces manifestations ont dégénéré vendredi, un policier ayant été blessé lors d'échauffourées avec les manifestants.

Le soutien de l'Etat jugé insuffisant

Que réclame le collectif, notamment composé de simples citoyens, d'enseignants, de transporteurs, de syndicalistes et en particulier de ceux appartenant à l'Union des travailleurs guyanais-UTG ? Concrètement, ils souhaitent que François Hollande "réévalue le financement et la mise en œuvre du pacte de développement et du projet guyanais". Précisément, ils désirent qu'une enveloppe de 2,1 milliards d'euros soit "immédiatement" attribuée à la Guyane. Pour l'instant, seule une enveloppe de 1 milliard d'euros a été votée en Conseil des ministres le 5 avril. Le collectif espère que les prochaines échéances électorales feront plier le gouvernement. Un durcissement du rapport de force de la part de l'Etat pourrait nuire à la majorité actuelle.

Samedi, dans une lettre ouverte adressée au président de la République, les quatre parlementaires guyanais (PS et DVG) invitent l'Elysée à réagir très vite pour éteindre l'incendie : "

La Guyane attend aujourd'hui un engagement ferme de l'Etat pour lui permettre de s'engager sur la voie d'un développement serein et durable. Une déclaration forte de votre part en ce sens serait, nous en sommes convaincus, de nature à rassurer la population guyanaise", écrivent les élus.

Certains citoyens - des pétitions circulent sur Internet et sur les réseaux sociaux -  s'inquiètent des risques probables de pénurie dans le domaine agroalimentaire. Dans un courrier adressé au parlementaires guyanais, François Hollande s'est dit prêt à les recevoir "à tout moment à Paris", afin de "construire l'avenir de la Guyane". Appelant à une levée des barrages, le chef de l'Etat a déclaré que l'économie guyanaise ne devait "pas être fragilisée plus longtemps" et  souligne que les "propositions ambitieuses" demandées par le collectif qui pilote le mouvement social en Guyane depuis près de trois semaines méritent "un examen approfondi".

La Guyane depuis longtemps en crise

Ce mouvement de colère s'explique assez facilement. Sur le plan économique, la Guyane est en souffrance. Faute de tissu économique conséquent, la Guyane importe quasiment tout ce qu'elle consomme. En 2015, selon les Douanes, les importations (1,2 milliard d'euros) étaient huit fois plus importantes que les exportations (138 millions d'euros). Comme la plupart des départements d'Outre-mer (DOM) et les collectivités d'Outre-mer (COM) d'ailleurs. En Guyane, le taux de chômage dépassait en 2016 22% de la population active, ce qui constitue le record français, talonnée par Mayotte et la Martinique.

Certes, le nombre de moins de 25 ans inscrits à Pôle Emploi a reculé de 8,2% en 2015. Toutefois, leur taux de chômage a augmenté de 6,7 points, passant de 40% à 46,7%. A noter, toujours selon l'Insee, 25.600 personnes travaillaient dans la fonction publique en Guyane en 2014, représentant plus de 31 % de la population active, contre 18,7% en Métropole.

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Un département frappé par la pauvreté

Dans ce contexte, les Guyanais sont frappés par la pauvreté. Selon l'Insee, 44% des Guyanais vivaient sous le seuil de pauvreté local en 2011, (500 euros par mois). A titre de comparaison, en Métropole, le taux de pauvreté fixé à 60% du revenu médian (800/900 euros par mois) concerne 13% à 14% de la population.

Certes, le département peut s'enorgueillir d'accueillir le Centre spatial guyanais (CSG). Créé en 1964, mis en service en 1968, cette infrastructure est certes une vitrine technologique. Mais elle n'est qu'un arbre qui masque la forêt. Selon les dernières statistiques datées de 2011, le CSG employait 1.525 personnes, induisant 7.500 emplois indirects, ce qui représentait 16% de la population active de la Guyane et surtout 30 % de la masse salariale, les qualifications des employés du CSG étant élevées. Selon le CSG, qui dépend du Centre national d'études spatiales (CNES), l'emploi y est largement local puisque près de 74% de salariés relèvent de ce statut, les autres se trouvant en situation de mobilité en Guyane pour une période de 3 à 6 ans.

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A ce chômage de masse s'ajoute de véritables tensions sur le pouvoir d'achat. La grande majorité des biens étant importés, on l'a vu, les prix à la consommation des biens sont 12% plus élevés qu'en Métropole. En raison des faiblesses des infrastructures de transport, mais aussi des équipements dans le domaine de la santé et de l'eau, les Guyanais ont également le sentiment de souffrir d'un manque de considération de la part de Paris. Au regard de l'ensemble de ces éléments,  Paris s'inquiète d'un risque de contagion du mal-être guyanais vers les autres DOM et COM. Souvent, les mêmes causes peuvent produire les mêmes effets.

Fabien Piliu

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