Le Pen et Mélenchon trop pessimistes sur l'espérance de vie des Français

 |   |  1103  mots
Marine Le Pen a évoqué les réformes de Nicolas Sarkozy et François Hollande tandis que Jean-Luc Mélenchon a mis en avant le travail et des facteurs liés à l'environnement pour expliquer la baisse de l'espérance de vie.
Marine Le Pen a évoqué les réformes de Nicolas Sarkozy et François Hollande tandis que Jean-Luc Mélenchon a mis en avant le travail et des facteurs liés à l'environnement pour expliquer la baisse de l'espérance de vie. (Crédits : DR)
Invités lundi dernier lors du grand débat entre les principaux candidats à la présidentielle, Marine Le Pen et Jean Luc Mélenchon ont évoqué le thème de la baisse de l'espérance de vie accusant par exemple les réformes menées par Nicolas Sarkozy et François Hollande. Mais les constats avancés par les deux prétendants à l'Elysée semblent éloignés des explications de l'Insee.

Les approximations étaient à l'honneur lors du premier débat entre les cinq principaux candidats à l'élection présidentielle organisé sur le plateau de TF1 lundi. Marine Le Pen a expliqué que "l'espérance de vie en bonne santé stagnait, voire reculait en France". Cette assertion a été relayée sur son compte Twitter :

La citation entière :

"Quand on fait des réformes pour allonger le temps de travail sans prendre en compte l'espérance de vie en bonne santé qui stagne voire recule, il faut recréer des emplois et pas demander aux Français des sacrifices".

Ce thème cher à la présidente du Front national est régulièrement évoqué dans ses interventions comme lors d'un colloque réalisé en octobre dernier :

Dans un communique diffusé en 2016, la députée européenne avait également parlé d'une baisse de l'espérance de vie en général :

"Pour la première fois depuis 1969 l'espérance de vie a chuté en France, chez les hommes comme chez les femmes, reculant respectivement de 0,3 et 0,4 année. Cette baisse de l'espérance de vie, très grave et que certains voudraient minimiser en invoquant des causes exclusivement conjoncturelles, marque en vérité un recul global de la qualité de vie dans notre pays."

L'élue a donc intégré ce sujet dans sa stratégie de communication alors que ses propos ne résistent pas à l'épreuve des principales explications démographiques.

Une distinction entre les hommes et les femmes

Les démographes et statisticiens utilisent l'indicateur de l'espérance de vie en bonne santé, (ou années de vie en bonne santé, AVBS), qui représente le nombre d'années en bonne santé qu'une personne peut s'attendre à vivre à la naissance (*). A ce sujet, les dernières statistiques d'Eurostat indiquent des résultats légèrement différents pour les hommes et les femmes. Pour ces dernières, l'espérance de vie en bonne santé à la naissance est passée de 64,3 ans en 2004 à 64,2 ans en 2014, après avoir fortement chuté entre 2008 et 2010. Pour les hommes, l'évolution est bien plus favorable sur la même décennie. Ces derniers ont vu leur espérance de vie en bonne santé passer de 61,5 ans en 2004 à 63,4 en 2014. Enfin si on fait une moyenne des deux catégories, le nombre d'années en bonne santé est passé de 62,9 en 2004 à 63,8 en 2014, soit quasiment une année gagnée en dix ans.

Dans un son portrait social 2016, l'Insee indique que "l'espérance de vie sans incapacité à la naissance a même légèrement baissé (pour les femmes en 2014). Au contraire, l'EVSI des hommes augmente encore et atteint un niveau sans précédent en 2014".

Une baisse éphémère de l'espérance de vie

Marine Le Pen n'est pas la seule à avoir aborder le thème de l'espérance de vie lors du débat. Le candidat de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a également indiqué que cet indicateur diminuait.

 Cette rhétorique est d'ailleurs régulièrement mis en avant par le député européen :

D'après les données de l'Institut national d'études démographiques (Ined), l'espérance de vie a effectivement baissé en 2015 à la fois pour les hommes et les femmes pour la première fois depuis 40 ans (voir graphique). Selon l'institut de statistiques, cette baisse peut s'expliquer par des phénomènes ponctuels comme l'épidémie de grippe ou la météo qui ont eu un impact sur le taux de mortalité.

"Cette hausse de la mortalité est liée principalement à des conditions épidémiologiques et météorologiques peu favorables.[..]Tout d'abord, les trois premiers mois de l'année 2015 ont été marqués par 24.000 décès supplémentaires par rapport à la même période en 2014. L'épisode grippal, long (9 semaines) et de forte intensité, a eu un impact relativement sévère chez les personnes de 65 ans ou plus. Le vaccin n'était pas efficace contre certains virus et la couverture vaccinale des personnes de plus de 65 ans a baissé.[...] Ensuite, au mois de juillet 2015, caniculaire, 2.000 décès supplémentaires ont eu lieu par rapport à juillet 2014. Enfin, 4.000 personnes supplémentaires sont décédées en octobre 2015 par rapport à octobre 2014, probablement en raison des vagues de froid survenues au milieu du mois."

Mais cette baisse de l'espérance de vie est éphémère comme l'indiquent les derniers chiffres de l'Insee publiés en janvier dernier qui montrent que cet indicateur repart à la hausse.

"En 2016, l'espérance de vie à la naissance progresse de nouveau, après avoir diminué en 2015. Dans les conditions de mortalité de 2016, une femme vivrait en moyenne 85,4 ans et un homme 79,3 ans. L'espérance de vie des femmes retrouve en 2016 son niveau de 2014 et celle des hommes s'accroît de 0,1 an par rapport à 2014."

Bien que les raisons invoquées par Jean-Luc Mélenchon (travail et environnement) peuvent jouer un rôle sur la mortalité, il est difficile d'attribuer cette baisse éphémère et soudaine de l'espérance de vie à ces deux facteurs au regard des explications avancées par l'Insee. Par ailleurs, Marie Reynaud, responsable de l'unité des études démographiques et sociales de l'Insee avait expliqué à Libération que "cette tendance à la hausse de l'espérance de vie n'est pas du tout remise en cause par la baisse de 2015". Le constat et les raisons invoqués par les deux candidats sont donc difficilement tenables.

 Données provisoires pour 2014, 2015 et 2016.

(*) Selon l'Insee, l'AVBS est un indicateur d'espérance de santé qui combine des informations sur la mortalité et la morbidité. Les informations utilisées pour son calcul sont des mesures de prévalence (proportions) de la population d'un âge spécifique étant dans des conditions de bonne ou mauvaise santé et des informations de mortalité par âge. Il est aussi appelé espérance de vie sans incapacité (EVSI).

>> Pour aller plus loin : France : la crise accouche d'une baisse des naissances

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 23/03/2017 à 19:46 :
Que ces explications sont laborieuses ! Ces ratiocinations qui visent à faire oublier les grandes tendances très récentes sans parvenir à les cacher ne sont pas convaincantes du tout !
a écrit le 23/03/2017 à 17:36 :
Je suis étonné de vos affirmations péremptoires sur l’espérance de vie quand les démographes eux mêmes ne sont pas unanimes sur la question. Nous savons très bien que l’espérance de vie a nettement reculé aux USA ainsi que pour les populations les plus pauvres en Allemagne.
Vous qualifiez, par ailleurs, la grippe de phénomène conjoncturel ; mais nous avons déjà connu des épidémies grippales tout aussi virulentes dans le passé sans incidence sur l’espérance de vie. Si celle ci a été impactée n’est ce pas du à la dégradation de notre système hospitalier, victime des politiques de réduction des dépenses publiques ? C’est ce que laissent bien entendre le témoignage de nombreux médecins.
Enfin comment ne pas établir de relations entre la hausse de l’espérance de vie que nous avons connu ces dernières années et la tendance historique à la baisse du temps de travail, à l’instauration de la retraite à 60 ans ainsi qu’à l’existence d’un système de protection sociale et de santé performant. Or ce sont ces éléments qui sont précisément mis en cause aujourd’hui par les « réformes » qui nous sont imposées au nom de la réduction du « coût du travail » et de la compétitivité. Il y a de quoi s’inquiéter quelle que soit notre opinion concernant Mme Le Pen ou M Mélenchon.
a écrit le 23/03/2017 à 17:35 :
Je suis étonné de vos affirmations péremptoires sur l’espérance de vie quand les démographes eux mêmes ne sont pas unanimes sur la question. Nous savons très bien que l’espérance de vie a nettement reculé aux USA ainsi que pour les populations les plus pauvres en Allemagne.
Vous qualifiez, par ailleurs, la grippe de phénomène conjoncturel ; mais nous avons déjà connu des épidémies grippales tout aussi virulentes dans le passé sans incidence sur l’espérance de vie. Si celle ci a été impactée n’est ce pas du à la dégradation de notre système hospitalier, victime des politiques de réduction des dépenses publiques ? C’est ce que laissent bien entendre le témoignage de nombreux médecins.
Enfin comment ne pas établir de relations entre la hausse de l’espérance de vie que nous avons connu ces dernières années et la tendance historique à la baisse du temps de travail, à l’instauration de la retraite à 60 ans ainsi qu’à l’existence d’un système de protection sociale et de santé performant. Or ce sont ces éléments qui sont précisément mis en cause aujourd’hui par les « réformes » qui nous sont imposées au nom de la réduction du « coût du travail » et de la compétitivité. Il y a de quoi s’inquiéter quelle que soit notre opinion concernant Mme Le Pen ou M Mélenchon.
a écrit le 23/03/2017 à 13:07 :
Lisez ce que dit l'Insee à ce sujet. https://www.insee.fr/fr/statistiques/1906668?sommaire=1906743
a écrit le 23/03/2017 à 12:09 :
En dehors de toute idéologie politique, je serai plutôt en accord avec ces deux-là sur le sujet. Lorsque je vois, ne serait-ce que dans ma famille, le comportement alimentaire des jeunes ados, et leur addiction à l’écran et au tabac, j’ai bien peur que cette génération, ne dispose pas de la même espérance de vie que la génération des années 50. Même en tenant compte des progrès de la médecine à venir, en prenant en compte que la société future permette encore à chacun de se soigner facilement, ce qui n’est pas assuré. C’est pourquoi entre autre, il ne faut surtout pas abandonner notre modèle de sécurité sociale, quitte à sacrifier d’autres secteurs.
a écrit le 23/03/2017 à 10:46 :
L'espérance de vie des Français augmente de façon quasi continue depuis la fin des années 70. Les hommes de 35 ans ont gagné 7 années et les femmes 5,5. mais ,la hausse générale masque une inégalité sociale entre ouvriers et cadres. D'après les données publiées par l'Insee en début d'année, "les hommes cadres vivent en moyenne six ans de plus que les ouvriers.L'esperance de vie est donc lié à la classe sociale et aux métiers effectués durant sa carrière .Cette esperance de vie diminuera drastiquement quand la génération des baby-boomers nés dans les années 40/55 partira à son tour, c'est cette generation qui permet pour le moment d'évoquer cette hausse.L'accentuation de la précarité du travail , du logement des générations suivantes , le manque de soins faute de medecins qui va s'accentuer ,une mauvaise alimentation, une pollution croissante etc..
Réponse de le 23/03/2017 à 13:43 :
Vous avez tout à fait raison : il est clair qu'il y a un lien entre profession exercée et donc condition d'exercice des professiosn, et durée de vie, notamment en bonne santé. Ce lein indéniable fait qu'on ne peut pas considérer que travailelr 5 ans de plus en moyenne à un âge où chacun devient plsu fragile (60/65 ans) ne peut influencer la santé et par là la durée de vie. Ma compagne à 59 ans, je ne vois aps comment elle pourrait encore travailler au rythme actuel (elle est infirmière) sans danger pour sa santé, à la fois physique et psychologique :mal de dos et stress croissant par peur de ne plus pouvoir être toujours au top niveau que réclame sa fonction. Elle s'est déjà mise à 80%, et devra encore baisser sa quotité pour tenir, mais au détriment bien sûr du montant de sa retraite ..et de sa santé !
a écrit le 23/03/2017 à 9:18 :
L Insee a tord. Cet organisme gouvernemental a longtemps manipule les chiffres pour justifier l augmentation de la duree du travail qui apportait de nouvelles ressources pour abonder les caisses retraite. Cependant devant la faillite evidente de cette arnaque d Etat qu elles sont en realite, l organisme se livre a un retropedalage a vrai dire tiraille par 3 logiques contradictoires. Sans aborder ces points longs a developper il convient de savoir que les moyennes avancees par sondage et non en donnees reelles, sont en fait le report en multiples decoupages des chifftes du passe. Cette periode tres ancienne a vu une mortalite enfantile hors norme, donc suspecte, dont le sujet est rarement evoque. Or les questions du travail ne concernent ni enfants ni ados. C est donc une esperance de vie des travaillants, c est a dire depuis l age de 20 ans qu il faut considerer et cela pour des periodes de chiffres brutes recentes. Par exemple 40 dernieres annees. On constate alors que celle-ci baisse comme l indique Marine Le Pen.
a écrit le 23/03/2017 à 8:46 :
Quand les francais prets a voter pour cette femme raciste et son pretendu parti, antisemite et contre tout ce qui est etranger auront saisi l'inanite de leur demarche beaucoup d'eau sera passee sous les ponts.
Croire qu'elle donnera "d'elle meme" au pays c'est se bercer d'illusions.
Cette femme est porteuse d'idees nauseabondes, dangereuses et retrogrades, la copie "soft" du lieutenant son pere qui s'est tristement illustre a l'epoque de l'Algerie francaise.
a écrit le 23/03/2017 à 8:37 :
Démonstration fragile étant donné que si de simples épidémies, anciennes comme la grippe, arrivent à faire baisser l'espérance de vie c'est quand même le signe que c'est bien juste tout ça hein.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :