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ÉconomieUnion européenne

La démographie, arme suprême de la France contre l'Allemagne ?

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 30 septembre 2013 à 04:48 - Mis à jour le 30 septembre 2013 à 04:49

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

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La démographie déclinante de l'Allemagne et celle plutôt favorable de la France laissent-elles présager d'un "empire français" sur l'Europe comme l'affirmait récemment Paul Krugman ?

La peur de la démographie plane désormais sur l'Allemagne. Alors qu'en France, on se contente encore souvent d'applaudir et de faire un lien discutable entre le « modèle allemand » et les succès électoraux d'Angela Merkel, partout ailleurs, on s'inquiète de l'effondrement démographique à venir de la première économie européenne.

Même en Allemagne, le sujet, longtemps sous-estimé est devenu central, comme l'a prouvé encore mercredi soir le président de la banque centrale allemande Jens Weidmann, qui a fait de la démographie la menace principale pour l'économie allemande.

Paul Krugman prédit « l'empire français »

Plus taquin, le prix Nobel d'économie, Paul Krugman, a, fin août, sur son blog du New York Times, dans un court texte intitulé « La Gloire à Venir » (The Gloire to come) répondu aux prophètes du déclin français par l'argument démographique :

« si l'on suppose que les grandes nations européenne auront un PIB par habitant stable, ce qui semble raisonnable, alors au milieu du siècle, c'est la France, et non l'Allemagne, qui aura la plus grande économie européenne. » Et de conclure : « Bienvenue dans le nouvel Empire français ! »

Des évolutions divergentes des deux côtés du Rhin

Il est vrai que la démographie est radicalement opposée sur les deux rives du Rhin. De côté-ci, la fécondité dépasse 2 enfants par femme. En Allemagne, malgré une politique familiale très agressive et souvent plus généreuse que celle de son voisin occidental, elle demeure à 1,37 enfant par femme. En 2012, la France a compté 822.000 naissances, contre seulement 673.000 en Allemagne, qui pourtant compte 15 millions d'habitants de moins…

La France affiche depuis plus de 30 ans un  solde naturel (différence entre les naissances et les décès sur un an) de plus de 200.000 personnes par an, tandis que l'Allemagne connaît un solde négatif depuis 1972. Rien d'étonnant donc à ce que les projections d'Eurostat fasse état d'un dépassement de la population allemande par la population française en 2045.

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Pas d'automatisme

Ceci se traduira-t-il automatiquement comme le suggère Paul Krugman  et comme le laisse entendre Jens Weidmann par une croissance plus vigoureuse en France qu'en Allemagne ? La recherche économique est beaucoup moins formelle sur le sujet. Beaucoup de penseurs classiques, sans parler évidemment du célèbre Malthus, ont envisagé négativement une croissance démographique qui diluait le capital et donc la richesse.

A l'inverse, une pensée plus moderne estime que la réduction de la population réduit à la fois la demande intérieure et la capacité productive d'un pays. Malgré l'abondante littérature sur le sujet, on est souvent en peine de prouver un lien direct entre démographie et croissance.

L'Allemagne de l'après-unité a profité de sa forte croissance démographique, mais les pays de l'est ont pu connaître une forte croissance avec une démographie déclinante. Les théoriciens ne sont guère plus utiles. Une étude autrichienne de 2007 conclut ainsi que « les études basées sur les données internationales n'ont pas trouvé d'effet significatif de la croissance de la population sur la croissance économique. »

La fausse intuition ?

Bref, on en est souvent réduit à des intuitions ou à des réflexes keynésiens ou malthusiens. Des réflexes souvent confirmés par des estimations caricaturales où l'on ne fait bouger qu'une seule variante, comme dans l'exemple de Paul Krugman, où le PIB par habitant reste stable.

Dans un texte un peu plus récent, ce même Paul Krugman cite un graphique de la Commission européenne lui-même mis en avant par l'OFCE dans lequel on voyait le PIB français dépasser le PIB allemand en 2040. Mais là encore, ce graphique se basait sur une croissance unique de la productivité du travail, ce qui est loin d'être acquis.

A l'inverse, les espoirs malthusiens de certains économistes allemands voyant dans la baisse de la population un moyen d'augmenter le PIB par habitant (en conservant cette fois une croissance potentielle constante) semblent également chimériques.

Le système allemand

La bonne méthode semble donc être celle d'évaluer empiriquement l'impact de la baisse de la population sur les économies allemandes et françaises. L'Allemagne base sa compétitivité sur une main d'œuvre qualifiée et une forte innovation dans l'industrie.

Parallèlement, dans le secteur des services, moins soumis à la compétition internationale, l'Allemagne a un faible taux de productivité et favorise une main d'œuvre bon marché.  Les deux éléments sont liés : les grands groupes peuvent ainsi faire des économies considérables sur une partie de leurs dépenses.

Dans le modèle allemand « classique », la consommation joue un rôle secondaire. Elle doit du reste être maintenue sous contrôle pour ne pas alimenter une inflation qui pèserait sur les dépenses des entreprises.

Une baisse de la population gérable ?

A priori, la baisse de la population pourrait être compensée par une amélioration de la productivité dans les services, point sur lequel l'Allemagne a encore de la marge. Si la baisse de la population active peut créer des tensions sur les différents marchés du travail, il n'est pas certain qu'elle conduise à un effondrement de cet équilibre, car l'industrie allemande est assez peu consommatrice de main d'œuvre : elle a réalisé des gains de productivité important dans les années 1995-2005.

Quelle épargne pour une population âgée ?

Evidemment, tout ceci dépend également de l'investissement et, partant, du taux d'épargne. Une population âgée épargne-t-elle assez pour financer les investissements capables de compenser les changements démographiques ? La réponse est incertaine.

Une population âgée « utilise » souvent son épargne pour consommer ou financer sa dépendance. Mais à l'inverse, la population active a plus tendance à épargner pour financer sa dépendance future… Ce phénomène compense-t-il l'autre ? Les études sont assez partagées sur le sujet.

Retraites et innovation

Une chose paraît évidente : il y a là un défi pour l'Allemagne. D'autant que le vieillissement de la population a deux effets négatifs pour le pays. D'une part, la capacité d'innovation risque d'être, avec des ingénieurs plus âgés, plus faible en Allemagne. Or, c'est là une des clés de la croissance potentielle allemande.

D'autre part, le poids des retraités va peser lourd sur le budget d'un Etat déjà contraint pour les raisons déjà citées, à investir plus dans l'éducation. Les retraites, mais aussi la dépendance et la santé vont coûter plus cher aux finances publiques.

Pas de fatalité

Pour autant, il n'y a là aucune fatalité de déclin. Si l'Allemagne investit dans l'éducation, la formation et la recherche ; si elle devient accueillante aux immigrés qualifiés ou non qui pourront venir combler les pénuries et faire baisser la tension sur le marché du travail ; si elle parvient à réduire son endettement public avant le « choc démographique » et si enfin elle parvient à faire accepter un nouveau recul de ce qui reste de son « welfare-state », alors elle pourra peut-être parvenir à compenser les effets de ce recul de la population qui semble inévitable.

Choix politiques

Il s'agit là de choix politiques. Ce qui est inquiétant, et ce qu'a mis en lumière Jens Weidmann, c'est que la classe politique semble encore peu préoccupée par le sujet. Angela Merkel a refusé d'ouvrir plus les portes à la main d'œuvre qualifiée en 2011.

Le solde migratoire est très positif depuis deux ans, mais il a longtemps été insuffisant. En cas de ralentissement économique, il ralentira aussi. Bref, rien ne semble fait outre-Rhin qui soit à la hauteur du défi. C'est peut-être là le vrai problème.

France endormie, là aussi

Quant à la France, elle aurait tort de ne baser sa puissance future que sur sa démographie. Elle oublierait les leçons du passé lorsque, au 18ème siècle, elle était le pays le plus peuplé d'Europe et qu'elle s'est fait doubler économiquement par une Angleterre cinq fois moins peuplée, mais mille fois plus innovante.

La puissance démographique peut être aussi un poison sans vraie croissance, elle peut créer une surabondance sur le marché du travail, des dépenses sociales supplémentaires, des tensions sociales et politiques. Les études récentes évaluent, au mieux, à un quart l'effet de la démographie sur la croissance.

D'autant que la France n'est pas le Niger. Son indice de fécondité est encore inférieur au taux de renouvellement des générations (2,1 enfant par femme). Sa population devrait aussi vieillir rapidement et décroître à partir de 2045…

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Bref, la France ne peut se contenter d'attendre son heure comme le suggère Paul Krugman (qui reconnaît que sa démonstration va un peu loin). Elle doit aussi préparer cette échéance démographique. Mais là aussi, on a souvent affaire à un immobilisme basé sur le mythe de la  « démographie-qui-résoudra-tout. » Souvenons-nous que les projections sont rarement in fine conformes aux réalités.

Romaric Godin

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