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Guinée équatoriale : comment le pétrolier d’Afrique centrale prévoit sa sortie de 8 ans de récession en 2021

Photo de Ristel Tchounand

Ristel Tchounand

Publié le 15 avril 2021 à 11:30 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 21:32

Guinée équatoriale

Guinée équatoriale

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La Guinée équatoriale prévoit cette année une croissance au vert qui serait –en cas de réalisation- la première après huit ans dans le rouge. Le pays pétrolier d’Afrique centrale parie sur le gaz et le tertiaire, au moment où le gouvernement doit face à la deuxième vague de contaminations au Covid-19. Mais arrivera-t-il vraiment à inverser la tendance ?

L'année 2021 pourrait-elle être porteuse de bonnes nouvelles pour l'économie équato-guinéenne ? Du côté de Malabo, on répond par l'affirmative. Ici, les experts de l'Institut national des statistiques de Guinée équatoriale (INEGE) tablent sur un retour de la croissance au vert à 2,8%, après huit ans de récession, selon un rapport fraichement publié. Cette reprise attendue serait « principalement » boostée par « l'augmentation de la production de gaz dérivés et de la reprise progressive de certaines activités du secteur tertiaire, par rapport à l'année 2020, comme le commerce, les transports, l'administration publique, etc ».

Des prévisions qui contredisent la Banque mondiale et rejoignent le FMI et la BAD

Si ces prévisions tranchent avec celles de la Banque mondiale qui s'attend à une nouvelle récession (-2,8%) en Guinée équatoriale en 2021, elles cadrent cependant avec les pronostics du Fonds monétaire international (FMI : 2,2%) et de la Banque africaine de développement (BAD : 2,6%).

Dans ses perspectives économiques publiées en mars, la BAD estime également que le projet gazier équato-guinéen a le potentiel d'insuffler une bonne bouffée d'oxygène à cette économie pétrolière qui a considérablement pâti des perturbations des marchés internationaux ces dernières années. Mais pas que. La diversification économique dans ce pays d'Afrique centrale est une urgence depuis près d'une décennie. Et alors que la mise en œuvre du plan stratégique national à l'horizon 2035 ficelé pour favoriser la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unis d'ici 2030 et de l'agenda 2063 de l'Union africaine (UA) peine à être effective, la crise de Covid-19 n'a fait qu'enfoncer le clou.

L'économie nationale « presque » prête pour sa diversification selon le ministre

D'ailleurs, lors de son adresse à la Nation le 12 octobre 2020 à l'occasion des 52 ans d'indépendance du pays, le président Teodoro Obiang Nguema Mbazogo disait tout haut ce que plusieurs pensaient tout bas. « Ces plans économiques semblent être un exploit irréalisable », affirmait-il, encourageant toutefois les Equatoguinéens à se dire que « rien n'est impossible si notre volonté et notre détermination sont fermes ».

Depuis lors, Malabo ne cesse d'afficher son optimisme. A la conférence annuelle de la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique, le ministre équato-guinéen de l'Economie et des Finances, Valentim Ela May a déclaré les intentions du gouvernement :

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« La diversification économique est un défi historique, nous y travaillons depuis la création du Plan national de développement économique. [...] La Guinée équatoriale est presque prête à diversifier son économie. »

« Presque ». La précision en vaut la peine. La tâche ne sera effectivement pas aisée, pour un pays qui ne s'est habitué qu'à vendre son pétrole et son gaz à l'état brut depuis des décennies sans aucun vrai effort de développement des autres secteurs de l'économie. Résultat : les hydrocarbures représentent environ 85 % du PIB et plus de 94 % des exportations en 2015, selon le FMI.

Un autre facteur qui fait de la diversification économique un challenge d'envergure dans ce pays est ce que la BAD appelle « la faiblesse structurelle d'un capital humain insuffisant ». « Le pays a un déficit de compétences, notamment en termes de gestion et de gouvernance des finances publiques, ce qui empêche une mise en œuvre efficace de sa politique de transformation économique et sociale », estiment les experts de l'institution panafricaine. A noter que les explosions de camps militaires survenues en mars dernier à Bata, la capitale économique, ont amplifier les défis du pays, si bien que le gouvernement appelait à l'aide les pays voisins et la communauté internationale.

Une des plus petites nations du continent, la Guinée équatoriale s'étend sur 28 051 km2 et abrite une population de 1, 356 millions d'habitants. Pour sortir de sa dépendance pétrolière, Malabo mise aujourd'hui sur le développement de la pêche, l'agriculture et surtout le tourisme pour lequel le pays regorge de potentiel, jusqu'ici peu exploité.

Pessimisme chez les analystes face à la conjugaison de plusieurs facteurs

Malgré ce potentiel, les analystes ne partagent pas forcément l'optimisme affiché par les autorités équatoguinéenes. Bien au contraire. D'autant qu'après le programme de prêt controversé de 280 millions de dollars du FMI à la Guinée équatoriale en 2019, le pays qui n'a reçu entre temps que 40 millions de dollars, a du mal à poursuivre les négociations. Un récent rapport du ministère des Finances en France révèle que contrairement aux voisins de la sous-région Afrique centrale, les discussions entre le l'institution de Bretton Woods et le gouvernement équatoguinéen « sont moins avancées ». En cause, comme l'indiquait The Economist en janvier dernier : les fortes critiques des ONG internationales au sujet de la corruption et de la gestion opaque des revenus du pétrole et du gaz, soutenues par les différents démêlés de justice au niveau international de Teodorin Obiang Nguema Mangue, Vice-président et fils du Chef de l'Etat.

« Je pense que la Guinée équatoriale va être dans une situation préoccupante sur le plan économique », affirme d'emblée Abessolo Meka, analyste économique interrogé par La Tribune Afrique. « Il sera difficile de réaliser une croissance positive dans un contexte d'inaccessibilité à de nouveaux capitaux, en attendant justement la renégociation avec le FMI, conjugué à un endettement très élevé. De plus, la nécessité de maintenir les équilibres ne permet pas à ce pays d'utiliser ses ressources propres pour financer les investissements et les importations de biens. Face à la situation actuelle, avec la découverte de nouveaux variants du Covid, nous n'en sommes pas encore sortis », explique-t-il.

Le 12 avril, le gouvernement a justement décidé de renforcer les mesures anti-Covid face à la deuxième vague de contaminations. Fermées depuis un moment, les écoles le resteront à Malabo et à Bata, ainsi que les lieux de loisirs dans tout le pays. Les usagers ont besoin de présenter un test PCR, un certificat de vaccination et une autorisation pour se déplacer. Les autorités ont également réduit les vols commerciaux de passagers à deux par semaine pour les compagnies nationales et à un par semaine pour les compagnies internationales. De quoi ralentir une nouvelle fois tout rebondissement économique.

« Je pense qu'on est beaucoup plus pessimistes au sein de la CEMAC en général et particulièrement pour la Guinée équatoriale à cause de la non diversification de son économie qui ne tient principalement que sur l'exportation de pétrole, quand on sait que les cours du baril stagnent et que l'économie mondiale n'est pas au beau fixe », estime Abessolo Meka. « Et même si le pays arrivait à tout hasard à une croissance du PIB de 1 ou 2% en 2021, poursuit-il, il ne pourrait s'agir d'une croissance qui ouvre la porte à un développement inclusif tant que la diversification économique n'est pas amorcée, au moment où les importations restent excessivement coûteuses à la Guinée équatoriale malgré des tarifs douaniers très bas au sein de la CEMAC, notamment pour les produits de consommation ».

Les premiers bilans de la diversification dès 2023

2023 sera l'année des prochaines élections présidentielles pour lesquelles le président Teodoro Obiang Nguema Mbazogo semble laisser entendre qu'il ne présentera pas, soupçonné cependant de baliser le terrain pour son fils, le Vice-président. Mais ce sera également l'année des premiers bilans de mi-parcours du plan national de diversification économique. Les analystes y voient une opportunité pour le pays de créer des synergies avec ses voisins mieux lotis selon le secteur.

« La stratégie équatoguinéene est principalement axée sur l'interne. A mon humble avis, le gouvernement aurait pu s'orienter vers la création de sociétés mixtes de production agricoles, c'est-à-dire, à partir du Cameroun par exemple, investir, exporter et rapatrier les revenus en Guinée équatoriale », explique-t-il. « C'est une stratégie, poursuit l'analyste, qui a déjà fonctionné pour les pays enclavés ou de petite taille comme le Japon. Les usines de construction et de montage automobile sont allées dans les marchés qui pouvaient les absorber. A titre d'exemple, les explosions de vente de Toyota dans les années 70 ne se sont pas faites au Japon, mais plutôt quand Toyota a décidé d'aller construire dans le plus gros marché automobile de l'époque qui était aux Etats-Unis ».

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Alors que le monde entier espère un retour à la normale d'ici le quatrième trimestre 2021 grâce notamment au déploiement à grande échelle des vaccins anti-Covid, les pays africains aussi s'activement. La Guinée équatoriale qui a réceptionné ses premières doses de vaccins et démarré l'opération de vaccination en février, se fait assister par le bureau national de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour arriver à maitriser la situation épidémiologique actuelle. Entre temps, les projecteurs restent braqués sur les autorités pour voir comment ils adaptent concrètement leur stratégie afin de remonter la pente économique et ramener la croissance au vert.

Article mis à jour le 19.04.21 à 10h32.

Ristel Tchounand

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