Allemagne : la CDU en plein doute

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Angela Merkel voudra-t-elle un quatrième mandat de chancelière ?
Angela Merkel voudra-t-elle un quatrième mandat de chancelière ? (Crédits : STEFANIE LOOS)
Lors des élections régionales de Berlin dimanche, la CDU devrait subir une nouvelle défaite cuisante. L'avenir d'Angela Merkel demeure incertain.

Dimanche 18 septembre, les électeurs du Land de Berlin, qui recoupe la capitale fédérale allemande, sont appelés à renouveler la chambre des députés régionale (Abgeordnetenhaus von Berlin). La ville de 3 millions d'habitants est loin d'être un miroir de la situation politique allemande. La politique berlinoise est clairement plus à gauche et plus diverse que la politique fédérale et tirer des conséquences du scrutin sera délicat. Mais il n'empêche.

Berlin, nouveau test

Deux semaines après le désastre des élections en Mecklembourg Poméranie Occidentale où les Chrétiens-démocrates de la CDU ont été devancés à la deuxième place par le parti eurosceptique et xénophobe Alternative für Deutschland (AfD), l'élection berlinoise sera un nouveau test pour la grande coalition et Angela Merkel. Les observateurs seront donc fort attentifs au rapport de force entre la CDU et AfD. Le dernier sondage disponible, datant du 12 septembre et réalisé par l'institut Insa, n'est guère optimiste. La SPD sociale-démocrate perdrait 6 points par rapport au scrutin de 2011 à 22 %, elle resterait en tête. Derrière, la CDU chuterait de 5 points par rapport à 2011, atteignant 18 %, un score historiquement bas dans la capitale, inférieur même aux 19,4 % enregistré en 1948. Sa deuxième place serait alors menacée par les Verts, quasi-stable aux alentours de 18 % (17,4 % en 2011). Enfin, AfD bondirait à 14%, faisant jeu égal avec Die Linke, et prendrait l'essentiel de ses électeurs à la CDU et à la SPD.

Recul confirmé au niveau national

Cette élection berlinoise s'annonce donc comme une nouvelle gifle politique pour le gouvernement fédéral et sa chef. Au point que la CDU semble désormais dans une forme de panique. Certes, au niveau national, les sondages sont moins inquiétants, mais rien ne semble stopper la chute. Les deux dernières enquêtes sont assez inquiétantes. Pour l'institut Forsa, dans un sondage publié ce mercredi 14 septembre, l'union CDU/CSU est créditée de 32 % des intentions de vote, du jamais vu au cours des trois dernières années et un niveau qui serait historiquement bas depuis l'après-guerre. L'avance sur la SPD n'est plus que de neuf points, tandis qu'AfD reste en troisième position avec 13 %. Mardi, Insa avait aussi publié un sondage fédéral qui attribuait, comme la semaine passée, 30,5 % des voix à la CDU, soit un peu plus que son point bas pour ce sondeur de 30 % en juillet. La SPD est créditée de 21,5 %, AfD de 15 %.

Les yeux braqués sur 2017

Voici qui a de quoi inquiéter les responsables chrétiens-démocrates. Les élections de septembre 2017 semblent encore éloignées, mais l'AfD, malgré ses divisions internes et son flou programmatique, semble s'ancrer dans l'échiquier politique et séduire plus que jamais les Conservateurs allemands qui se détournent de la CDU. Si la situation reste en l'état, l'union pourrait passer sous la barre des 30 % pour la première fois de son histoire. Ce serait un séisme politique. Et à la CDU, on a de quoi s'en préoccuper, car selon un sondage paru en juillet, la CSU bavaroise, elle, résiste mieux à la poussée d'AfD en raison de son profil plus conservateur et de son opposition affichée à la politique d'ouverture des frontières d'Angela Merkel. Ce qui signifie que le poids de la CSU dans l'union risque de s'alourdir, affaiblissant encore l'influence des Chrétiens-démocrates.

La tentation des baisses d'impôts

La tension est donc palpable, et l'on a entamé clairement une tentative de reconquête de l'électorat conservateur. Mercredi 7 septembre, Wolfgang Schäuble a ainsi enfin présenté un plan de baisses d'impôts pour les ménages de 15 milliards d'euros sur la législature prochaine dont deux milliards d'euros dès le 1er janvier 2017. Un cadeau fiscal qui vise clairement deux catégories : les moins riches, concernés au premier chef par les mesures et parfois tentés par le vote AfD, et les classes moyennes à qui la CDU a promis, en 2009, des baisses d'impôts annulées en 2010 et tentés par le vote libéral ou vert. Mais ces 15 milliards d'euros pourraient ne pas suffire. En 2009, le contrat de coalition avec les Libéraux prévoyait 50 milliards d'euros de baisses d'impôts.

Cette annonce a déclenché un débat. Certains, comme le député Jens Spahn, ont proposé de financer ces baisses par une hausse de la tranche la plus haute de l'impôt sur le revenu. A l'inverse, la SPD a rejeté la proposition de Wolfgang Schäuble, la jugeant trop faible - on prévoit une marge budgétaire de 100 milliards d'euros sur 5 ans -, et préférant des investissements dans les services publics dont la dégradation a été un des sujets de la campagne en Mecklembourg Poméranie Occidentale. Ce débat a montré à la fois que la CDU ne sait guère où elle va et que ses propositions sont désormais l'occasion de renouveler les attaques. Angela Merkel et la CDU sont devenues clairement une cible de choix pour les prétendants à 2017. Tout mouvement de sa part donne lieu à des réponses dures, y compris de la part de la SPD, son allié au Bundestag.

Crispations au sein de la CDU

Au sein même de la CDU, la stratégie de la chancelière sur la politique migratoire pose problème face au recul dans les sondages. Jens Spath, encore lui, et Julia Klöckner, une autre étoile montante de la CDU, ont ouvertement mis en cause la « communication » du parti et de la chancelière sur cette question. Jens Spath, notamment, a regretté que la CDU n'insiste pas davantage sur les mesures prises depuis le début de l'année pour stopper le flux migratoire : durcissement du droit d'asile ou réduction des arrivées de migrants, par exemple. Une critique de la communication de la chancelière qui ne cesse d'insister sur le maintien de l'ouverture des frontières et sur la défense de sa politique de septembre dernier. Julia Klöckner a, quant à elle, réclamé une interdiction de la Burka, en opposition ouverte avec la chancelière. A la CDU elle-même, l'attachement à Angela Merkel semble vaciller. La présence d'une CSU qui continue de réclamer une « limite haute » pour les arrivées de migrants renforce sans doute cette opposition. Tout cela n'a plus guère à voir avec la réalité : les frontières sont de facto fermées aux migrants en Autriche et en Hongrie, limitant les accès à l'Allemagne. Mais c'est bien une question de positionnement politique qui se joue. Angela Merkel s'efforce de faire de la CDU un parti culturellement favorable à l'immigration mais elle n'a pas encore gagné son pari.

Une chancelière qui consulte

Au point que, ce mercredi 14 septembre, la Frankfurter Allgemeine Zeitung se demandait ouvertement si Angela Merkel allait se représenter et penchait pour la négative. La date cruciale est le congrès de la CDU à Essen en décembre. Si la chancelière laisse encore le flou planer, elle avait indiqué fin août dans une interview vouloir prétendre à la direction de son parti lors de ce congrès. Si elle tient cette promesse, elle devrait mener la CDU et la CSU lors des élections fédérales de septembre 2017. Mais la tiendra-t-elle ? La FAZ croit savoir qu'elle consulte beaucoup ces temps-ci. La montée des mécontentements, mais aussi la difficulté à construire une coalition et l'opposition radicale de la CSU, sans compter l'usure de onze ans de pouvoir, pourraient la déterminer à jeter l'éponge.

Angela Merkel n'a pas dit son dernier mot

Rien n'est cependant moins sûr. Angela Merkel est un animal politique qui a toujours en tête l'opinion publique et les échéances électorales. En 2013, elle avait juré qu'elle ne se représenterait pas. Mais l'attraction du pouvoir a été trop forte. La crise migratoire a certes changé la donne et a pesé sur sa popularité. Mais elle reste en position dominante face à une SPD toujours sans ressort. Elle a un atout supplémentaire : celui de pouvoir négocier avec les Verts, même si une alliance « noire-verte » aura du mal à être majoritaire. Angela Merkel a longtemps eu une qualité unique dans le paysage allemand : celle de pouvoir unir largement à droite et à gauche. L'a-t-elle encore aujourd'hui ? Sa décision dépendra de la réponse qu'elle apportera à cette question. Si la crise migratoire a trop entamé à son avis cette capacité, il est peu probable qu'elle demeure candidate.

Wolfgang Schäuble en embuscade

Et en cas de renoncement ? La donne politique outre-Rhin sera changée radicalement. « L'effet Merkel » peut encore être mesuré par la différence entre les sondages nationaux et les résultats fédéraux de la CDU. Une guerre de succession incertaine s'ouvrira à droite. La CSU pourrait être tentée de prendre la tête de l'union, comme en 1980 et 2002. Wolfgang Schäuble, très populaire et qui vient d'annoncer qu'il briguerait un nouveau mandat de député, est un candidat sérieux à la succession. Dans les deux cas, ceci conduirait à un durcissement conservateur de la droite allemande. Un durcissement qui ouvrira le centre à la SPD, éventuellement menée par le très populaire ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, et aux Verts. Mais, dans tous les cas, avec ou sans Angela Merkel, construire une majorité restera une tâche des plus ardues.

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Commentaires
a écrit le 15/09/2016 à 14:51 :
La CDU en plein doute, bienton en pleine d-ér-oute
a écrit le 15/09/2016 à 8:14 :
3 mandats consécutifs, il me semble que c'est assez pour tous les politiques...Par contre la voir s'investir dans l UE pour défendre les intérêts des européens et plus uniquement ceux de son pays, pourrait avoir de la gueule...(fantasme)
Réponse de le 15/09/2016 à 14:43 :
Les intérêts (à très -trop- court terme) de son pays sûrement (d'ailleurs, elle ne fait que ca). les intérêts européens, non, pas question, c'est plus fort qu'elle. D'ailleurs, elle est une des responsables principaux de l'état plus que pitoyable de l''UE
a écrit le 14/09/2016 à 21:13 :
Les notions de gauche et de droite ayant été largement dénaturées par ceux qui se présentent sous la gauche n'ont du coup plus beaucoup de valeur.

Il y a des gens qui croient encore à ce système parce qu'en bénéficiant et ceux qui, en colère, n'y croient plus se rabattant hélas bien souvent sur des partis populistes promettant tout et n'importe quoi, faisant office d'épouvantail qui du coup trompent les électeurs.

Nous touchons là les limites de notre système électoral représenté par des partis politiques compromis voir dangereux. Mais nous touchons également les limites d'une campagne électorale sponsorisée par des médias de masse subjectifs appartenant à des puissances financières qui ont tout intérêt à ce que l'électeur continue d'être peu clairvoyant.
a écrit le 14/09/2016 à 18:53 :
Schäuble chancelier, ce serait la fin de l'UE.
Réponse de le 15/09/2016 à 14:47 :
Dans la vie, on ne peut être tout à fait sûr de rien. Pourtant, pour une fois, là il y aurait sûrement une exception, cela entraînerait inévitablement son implosion

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