Allemagne : Olaf Scholz de nouveau candidat à la chancellerie
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[Article publié le lundi 25 novembre 2024 à 8h50, mis à jour à 17h33] Olaf Scholz n'a pas dit son dernier mot. L'impopulaire chancelier allemand a été désigné officiellement ce lundi candidat du parti social-démocrate SPD pour briguer un second mandat de chancelier aux élections législatives anticipées du 23 février 2025 en Allemagne, a appris l'AFP auprès de sources internes au parti. La direction du parti social-démocrate (SPD) s'est prononcée « à l'unanimité » en sa faveur, a-t-on précisé de même source. Les délégués devront ensuite valider la candidature lors d'un congrès en janvier.
Depuis le retrait jeudi de son seul rival en interne, le très populaire ministre de la Défense Boris Pistorius, le chancelier de 66 ans a le champ libre pour briguer un second mandat à ce scrutin organisé après la rupture de sa coalition avec les Verts et les Libéraux le 6 novembre. Après les rivalités et remous internes des dernières semaines « qui n'ont certainement pas aidé », le secrétaire général du SPD Matthias Miersch a appelé dimanche le parti « à faire l'union derrière Scholz ».
Le pari est risqué pour le plus vieux parti d'Allemagne, crédité d'environ 15% seulement des intentions de vote dans les sondages. L'opposition conservatrice CDU/CSU recueille plus du double (33%), et le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) le devance avec 18%.
Olaf Scholz, « visage » de l'échec d'un gouvernement marqué par des disputes internes perpétuelles, est « probablement le candidat à la chancellerie le plus faible, le moins approprié que le SPD ait jamais présenté », assène le magazine Der Spiegel. Sa coalition, au pouvoir depuis fin 2021, a volé en éclats après le limogeage du ministre des Finances libéral, pour cause de différends devenus insurmontables en matière de politique budgétaire. Et ce, en pleine crise industrielle dans la première économie européenne.
Imperturbable, celui qui est surnommé « Scholzomat », pour son débit de voix monotone et ses phrases interminables, répète à l'envi sa conviction de mener de nouveau son parti à la victoire. Il rappelle volontiers comment, en 2021, il a remporté les élections contre toute attente.
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Il avait alors beaucoup profité des divisions du camp conservateur. Il entend cette fois aussi rassurer par son expérience, dans un contexte géopolitique mondial tourmenté, et plongé dans l'inconnu par l'élection de Donald Trump à la Maison Blanche. Olaf Scholz est « un professionnel à la chancellerie », qui a déjà surmonté de multiples crises, veut croire la cheffe du gouvernement régional de Sarre, Anke Rehlinger, dans le quotidien TAZ.
Parmi ses sujets phares : la guerre en Ukraine. Le candidat à la chancellerie veut se présenter comme l'homme de la retenue dans le soutien militaire à l'Ukraine. Ceci, dans l'espoir de capitaliser sur le pacifisme très ancré chez les Allemands, depuis les horreurs nazies, et un courant d'opinion pro-russe non négligeable. Selon une étude récente de la télévision publique ARD, 61% des personnes interrogées soutiennent d'ailleurs sa décision de ne pas fournir à l'Ukraine des missiles Taurus pouvant frapper le territoire russe en profondeur. Cette position contredit celle prise par ses principaux alliés, Etats-Unis, France et Grande-Bretagne.
Dans la même veine, l'entretien téléphonique récent d'Olaf Scholz avec Vladimir Poutine a fait grincer des dents, notamment à Kiev. En Allemagne, l'opposition conservatrice l'accuse d'avoir contribué à la « propagande » de Moscou pour réaliser une manœuvre électorale visant à se présenter comme « chancelier de la paix », avant des élections périlleuses. En l'occurrence, les conservateurs ne cachent pas voir la candidature du chancelier avec un certain soulagement. La décision « est bonne pour nous », a souligné le député Mathias Middelberg, « Pistorius aurait été plus désagréable pour la CDU et la CSU ».
Mais le chancelier sortant devra aussi faire face à un bilan économique qui ne joue pas en sa faveur. Un hiver morose attend l'économie allemande, plombée par son industrie: le PIB a moins progressé qu'initialement espéré au troisième trimestre. Entre juillet et septembre, le produit intérieur brut de la première économie européenne a cru de 0,1%, soit 0,1 point de moins que la première estimation de l'institut Destatis fin octobre.
Si la menace de la « récession technique » - soit une deuxième baisse du PIB d'affilée, après un recul de 0,3% au deuxième trimestre - est écartée pour le moment,« il ne faut pas minimiser » la crise économique persistante en Allemagne, a averti vendredi le ministre des finances Jörg Kukies au journal Handelsblatt. « Une récession hivernale se profile à l'horizon », assure Carsten Brzeski de ING, pour qui les chiffres de vendredi ne sont pas « le signe d'un rebond (mais la) confirmation que l'économie allemande est enlisée dans la stagnation ».
Stagnation causée en partie par la crise de compétitivité de l'industrie allemande, essorée par des prix de l'énergie élevés et un recul de la demande mondiale, alors qu'elle pèse toujours plus de 20% dans le PIB. La production industrielle devrait reculer de 3% cette année, la troisième consécutive de baisse, et « une reprise en 2025 n'est pas en vue », s'est alarmée la fédération des industriels BDI vendredi. En conséquence, des plans sociaux en cascade ont été annoncés par les grands industriels du pays, le secteur automobile, incarnation du succès économique allemand, étant touché de plein de fouet, à l'image de Volkswagen.
Dans ce climat d'incertitude, le moral des entrepreneurs en Allemagne a rechuté en novembre, davantage que prévu, selon le baromètre IFO publié ce lundi. Cet indicateur très suivi pour la conjoncture économique a perdu 0,8 point pour s'établir à 85,7 points, après un rebond en octobre qui suivait quatre mois de recul. Les analystes sondés par la plateforme Factset tablaient sur une baisse plus mesurée de l'indice, à 86,0 points.
En particulier dans l'industrie manufacturière. Mais les services, qui comprennent les secteurs de la logistique, du tourisme et de l'informatique, et la construction, qui souffre depuis des années des prix et taux d'emprunt élevés, émettent aussi des signaux pessimistes. Seul le commerce confirme une lueur d'optimisme.
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Cela est dû, d'une part, à la situation politique interne. Jusqu'à la formation d'un nouveau gouvernement en Allemagne, une « période prolongée pourrait survenir pendant laquelle la politique allemande serait pratiquement incapable de réagir, et encore moins de donner des impulsions », estime Philipp Scheuermeyer, chef économiste de KfW. D'autre part, l'élection de Donald Trump pèse aussi dans la balance. « Un nouveau vent contraire risque de souffler sur l'industrie allemande des exportations, déjà fortement éprouvée », du fait de ce retour au pouvoir de l'ex-futur président, présage Philipp Scheuermeyer.
(Avec AFP)
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