Crise politique en Allemagne : le gouvernement de Scholz se fissure
latribune.fr
L'Allemagne est entrée mercredi soir dans une période de crise politique majeure avec l'éclatement du fragile gouvernement de coalition du chancelier Olaf Scholz.
Le pays entre jeudi dans une ère de grande incertitude après l'éclatement de sa fragile coalition gouvernementale, dans le sillage de l'élection de Donald Trump, même si Olaf Scholz va s'efforcer de rassurer ses partenaires européens lors d'une réunion à Budapest.
[Article publié le jeudi 07 novembre 2024 à 08h24 et mis à jour à 11h05] Coup de tonnerre outre-Rhin. L'Allemagne est entrée mercredi soir dans une période de crise politique majeure avec l'éclatement du fragile gouvernement de coalition du chancelier Olaf Scholz. Ce qui ouvre la voie à de probables élections législatives anticipées début 2025. A la tête du pays depuis fin 2021, la coalition unissant sociaux-démocrates et écologistes aux libéraux du FDP a volé en éclats, suite au limogeage du ministre des Finances Christian Lindner, qui est aussi chef de file des libéraux.
«Nous avons besoin d'un gouvernement capable d'agir, et qui ait la force de prendre les décisions nécessaires pour notre pays», a plaidé le chancelier social-démocrate, lors d'une allocution solennelle.
Face aux « ultimatums » de son ministre des Finances, partisan d'un strict rigorisme budgétaire, Olaf Scholz a jugé qu'il n'y avait plus « de confiance suffisante pour la poursuite d'une coopération ». Sans perdre de temps, le chancelier allemand a ainsi désigné jeudi un de ses proches conseillers, Jörg Kukies, au poste de ministre de Finances.
Les autres ministres libéraux ont annoncé en fin de soirée mercredi leur départ du gouvernement, privant ainsi le gouvernement Schoz de majorité à la chambre des députés. Seul Volker Wissing, le ministre des Transports, a annoncé jeudi qu'il restait dans l'équipe au pouvoir et quittait son parti avec lequel il est en désaccord.
Face au blocage politique et à l'éclatement de sa majorité, le chancelier a appelé les députés du Bundestag à décider le 15 janvier s'ils veulent que des législatives anticipées se tiennent avant la date prévue, en principe en septembre 2025. Mais l'opposition conservatrice allemande a pressé jeudi Olaf Scholz de se soumettre au plus tard « la semaine prochaine » à un vote de confiance au parlement et ainsi ouvrir la voie à la convocation d'élections législatives anticipées vers la fin mars.
«Il n'y pas de raison d'attendre. Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d'avoir un gouvernement sans majorité pendant plusieurs mois. Il faut faire vite», a déclaré le président du parti démocrate-chrétien CDU Friedrich Merz.
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Cette décision est l'aboutissement de mois de querelles entre les trois partis du gouvernement sur la politique économique à mener, qui s'est encore accentuée lors de la préparation du budget 2025, devant à tout prix être bouclé en novembre.
Les ruptures de coalition sont très rares en Allemagne et Olaf Scholz voulait initialement mener la sienne jusqu'aux prochaines législatives prévues pour le 28 septembre 2025. Mais l'équipe gouvernementale est minée depuis des mois par des dissensions politiques, notamment sur l'économie et l'immigration, et par des querelles de personnes.
Incertitude autour du budget
Sans les libéraux, et donc sans majorité au Parlement, Olaf Scholz espèrait encore pouvoir tenir quelques mois pour diriger un gouvernement minoritaire et faire adopter quelques textes de loi. Il a déclaré qu'il proposerait au chef de l'opposition conservatrice CDU-CSU, Friedrich Merz, de « travailler ensemble de manière constructive sur des questions cruciales pour notre pays », notamment en matière d'économie et de défense.
« Nous soumettrons au vote tous les projets de loi qui ne peuvent pas être reportés », a-t-il par ailleurs déclaré. Il a cité notamment une hausse prévue de revenus pour les salariés à compter de janvier, la mise en œuvre rapide des règles du nouveau régime d'asile européen commun, et des mesures immédiates de soutien à l'industrie allemande mal en point, dont il discute actuellement avec les entreprises, les syndicats et les fédérations patronales.
L'incertitude règne autour du budget fédéral 2025, dont la préparation est à l'origine de la crise actuelle qui a conduit aux dissensions entre Libéraux et la gauche au sein de la coalition gouvernementale. Il aura du mal à être adopté, faute de majorité au Parlement, et dans ce cas une gestion provisoire s'appliquerait à partir de janvier. Dans un premier temps, les seules dépenses nécessaires au fonctionnement des administrations et imposées par la loi seraient maintenues. Dans la pratique, le ministère des Finances pourrait toutefois autoriser les ministères à utiliser chaque mois un pourcentage des crédits du projet de budget, qui n'a pas encore été adopté.
Au mauvais moment
Ce séisme ne pouvait pas tomber à un plus mauvais moment pour la première économie européenne, aux prises avec une grave crise industrielle. Jeudi à Budapest, lors du sommet de la Communauté politique européenne (CPE), le chancelier devra donc s'employer à rassurer ses partenaires européens. Ainsi que le président ukrainien Volodymyr Zelensky, dont Berlin est le deuxième soutien militaire.
Olaf Scholz espérait également que l'élection de Donald Trump, adepte du protectionnisme et des confrontations diplomatiques, forcerait sa coalition à serrer les rangs. Mais c'est le contraire qui s'est produit. Le FDP a jugé que l'élection aux Etats-Unis rendait encore plus urgent un changement de cap économique en Allemagne.
Si des élections devaient se tenir demain, l'opposition conservatrice arriverait en tête avec plus de 30% des voix, selon les sondages, et son chef Friedrich Merz ferait figure de favori pour devenir chancelier. Mais il aurait du mal lui aussi à former une coalition majoritaire, avec l'extrême droite AfD, en embuscade en deuxième position dans les enquêtes d'opinion.