Angela Merkel contestée sur sa droite

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Angela Merkel peine à maintenir l'ordre dans son propre camp.
Angela Merkel peine à maintenir l'ordre dans son propre camp. (Crédits : © Eric Vidal / Reuters)
La politique de la chancelière sur les réfugiés commencent à provoquer des remous dans le propre camp d'Angela Merkel.

Angela Merkel est de plus en plus contestée sur sa droite. La décision de la chancelière d'accueillir les réfugiés du Moyen-Orient fait grincer des dents au sein de son propre parti, mais aussi au sein de la partie la plus conservatrice de la population allemande. Dans un sondage paru sur la ZDF vendredi 25 septembre, le travail global de la chancelière était évalué positivement par 73 % des personnes interrogés, contre 23 % qui en avaient une mauvaise opinion. Mais sur la question précise de sa politique sur « les réfugiés et le droit d'asile » avancé par l'institut de sondages, le taux de satisfaction chute brutalement à 50 % contre 43 % d'insatisfait.

La CDU en baisse

Cette mauvaise humeur d'une partie de la population commence à se ressentir dans les intentions de vote, quoique de manière encore faible. Selon une enquête Insa paru lundi 28 septembre au soir, la formation d'Angela Merkel, la CDU/CSU, obtient 38,5 % des intentions de vote, soit un point de moins que voici une semaine. C'est un niveau qui, pour le parti conservateur, ne s'était pas vu depuis un an exactement dans ces enquêtes hebdomadaires. Depuis deux ans, ce niveau n'a jamais été atteint que deux fois. Certes, l'avance sur la SPD, qui perd aussi un point à 23 % et reste désespérément faible, demeure immense et ne remet pas en cause la domination d'Angela Merkel, mais c'est clairement un avertissement. D'autant que dimanche, dans le baromètre de popularité de Stern et RTL, Angela Merkel a enregistré sa plus mauvaise performance depuis un an.

Alternative für Deutschland sur le retour

D'autant que, parallèlement, il s'accompagne d'une remontée nette des Eurosceptiques d'Alternative für Deutschland (AfD). Ce parti avait, en juin, exclu de facto son aile libérale pour durcir son discours contre l'immigration et l'islam. Ce choix avait conduit à un affaiblissement du parti, passé de 6 % en mai à 3 % le 20 juillet dernier. Mais, depuis, AfD a regagné du terrain et est donné depuis deux semaines par les sondages Insa à 6 % des intentions de vote, autrement dit, à nouveau en mesure d'entrer au Bundestag. Dans l'ex-RDA, l'AfD est en nette progression. Le dernier sondage sur le Land de Saxe où ont eu lieu de nombreuses attaques contre les centres de demandeurs d'asile et où est né le mouvement islamophobe Pegida, montre un AfD à 13 %. Si l'on y ajoute les 5 % du parti néo-nazi NPD, on constate que la droite extrême atteint 18 % des intentions de vote dans ce Land. En Thuringe, on est à 14 %. La crise des réfugiés n'est évidemment pas étrangère à ce mouvement.

Le danger AfD

Ceci pose un véritable défi à Angela Merkel et à la CDU/CSU. Pour deux raisons. D'abord, désormais, AfD recrute dans les rangs conservateurs plus que dans ceux de la FDP et de Die Linke, comme jusqu'en 2014. Pour preuve, ces deux partis ne pâtissent pas de sa montée. Par ailleurs, la CDU/CSU ne peut espérer disposer de la majorité absolue avec l'entrée d'AfD au parlement. La montée d'AfD oblige donc le parti conservateur à trouver un allié au centre-gauche : les Verts ou la SPD. Or, pour l'aile conservatrice du parti, ces alliances sont problématiques pour « l'identité » du parti. La poussée d'AfD risque de conduire à une certaine nervosité dans les rangs conservateurs, notamment parce que cette question va devenir très présente avant les scrutins régionaux de 2016 dans le Bade-Wurtemberg, à Berlin et en Rhénanie-Palatinat.

Mauvaise humeur au sein même du gouvernement

On comprend donc la nervosité au sein du camp conservateur. Cette nervosité est apparue au grand jour la semaine dernière lorsque le ministre fédérale de l'Intérieur, Thomas de Maizières, en théorie un proche d'Angela Merkel, très critiqué pour sa gestion de la crise, a publiquement et ouvertement, critiqué la chancelière. Sur la ZDF jeudi 24 septembre, il a affirmé que la « situation était devenue hors de contrôle avec la décision d'amener les gens de Hongrie vers l'Allemagne. » Le ministre a donc mis en cause la décision de la chancelière d'ouvrir les frontières allemandes aux réfugiés. Et Thomas de Maizières de réclamer « une règle, pour maîtriser le flux. » Il est rare de voir, dans un gouvernement dirigé par Angela Merkel, de surcroît si proche de la chancelière, se laisser aller à un tel mouvement de mauvaise humeur envers elle. C'est le signe évident d'une tension au sein du camp conservateur.

Rébellion de la CSU bavaroise

Mais la rébellion ouverte se trouve en Bavière, dans le Land qui accueille les arrivées de migrants. La CSU, l'aile bavaroise de la CDU, a, depuis les premiers jours, critiqué la politique d'Angela Merkel. La chancelière avait répondu par une phrase devenue célèbre au ministre président de Bavière et président de la CSU Horst Seehofer : « si l'on doit s'excuser de montrer un visage amical à ces gens dans une situation d'urgence, ce n'est pas mon pays. » Mais la CSU n'a pas baissé la garde. Bien au contraire. Encouragé par sa base et par les sondages, Horst Seehofer s'est même allé à une provocation : inviter le premier ministre hongrois Viktor Orban, devenu le symbole de la politique dure contre les réfugiés et de l'opposition en Europe à la politique d'Angela Merkel.

Pour l'instant, Angela Merkel tente de faire face, tout en donnant des gages à sa droite. Voici une semaine, dans une réunion houleuse du groupe parlementaire CDU/CSU, la chancelière a tapé du poing sur la table : « j'ignore si j'ai commis une erreur en accueillant ces gens, mais maintenant, ils sont là ! », aurait-t-elle dit. Une fermeté qui n'a pas apaisé les critiques et la tension. Ce rappel à l'ordre n'a guère fonctionné. Non seulement la CSU invitait Viktor Orban, mais, jeudi 24 septembre, une députée de Francfort, l'ultra-conservatrice Erika Steinbach, a pu dénoncer au Bundestag la politique du gouvernement en affirmant que « dans certains quartiers déjà les étrangers sont plus nombreux que les Allemands. » Le rappel à l'ordre n'a donc guère fonctionné.

Gages données à la droite

Pour le moment, la chancelière résiste encore, mais elle donne de plus en plus de gages à sa droite. Elle a réinstauré les contrôles aux frontières et modifié en la durcissant la loi sur le droit d'asile. Les demandeurs d'asile des pays des Balkans non membres de l'UE devront quitter l'Allemagne et les ressortissants ne pourront venir qu'avec un permis de travail. Par ailleurs, les réfugiés se verront préférentiellement proposer des prestations en nature et non en argent, une demande de la CSU. Les procédures d'études de l'asile seront plus rapides et les délias d'expulsion également. Jeudi, dans sa déclaration gouvernementale, Angela Merkel a insisté sur certains thèmes chers à sa droite : les réfugiés doivent s'intégrer, apprendre l'allemand et respecter « les valeurs d'ici. »

Défi pour Angela Merkel

Angela Merkel peut, certes, être sereine. La droite conservatrice n'a pas de figure d'importance à lui opposer. Sur le dossier des réfugiés, elle bénéficie du soutien des milieux économiques et de ses représentants au sein de la CDU qui s'opposent souvent à sa politique européenne. Mais cette crise demeure un défi politique. D'abord parce qu'elle redonne un cheval de bataille et donc une « identité » à une CSU que la chancelière a longtemps jugé comme un partenaire mineur qu'elle n'a pas, à l'occasion, hésité à humilier. Cette fois, la CSU pourrait ouvertement se comporter comme une opposition de droite et donc comme un parti qu'il faut ménager au sein de la coalition. C'est son rêve traditionnel : ne plus être un simple parti régional, utile mais négligeable, mais peser sur la politique de Berlin.

Or, le secret politique d'Angela Merkel réside dans sa capacité à maintenir un équilibre subtil entre un électorat centriste, libéral et conservateur. L'opposition de la CSU pourrait faire exploser cet équilibre. Et le risque serait de voir une partie de l'électorat conservateur quitter la CDU pour AfD ou l'abstention puisque, par le fait de la CSU, Merkel apparaîtrait « trop centriste. » C'est sans doute ce qui se passe à petite échelle en ce moment. Mais les conséquences à plus long terme sont encore incertaines. La semaine dernière, l'hebdomadaire Die Zeit évoquait le « risque de scission » de la CDU.

Il s'agit donc d'une épreuve pour la « stratégie Merkel » qui consiste avant tout à être en phase avec la vision médiane de la société allemande pour élargir sa base électorale. Mais ce qui avait réussi avec sa politique énergétique ou européenne est ici en phase d'échouer parce que le sujet des réfugiés semble diviser davantage l'Allemagne. Trouver un point central où se placer risque donc d'être plus difficile pour la chancelière cette fois.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2015 à 21:34 :
Sans expertise en Allemand, on pourrait imaginer raus schnell ou bien atchoum shtrouph fureur ou bien grosse crotte en autrichien, ça veut dire bonjour alors que l'Europe serait une zone est-ce une zone d'épandage?
a écrit le 09/10/2015 à 20:29 :
Mme Merkel serait chancelière et nous aurions un vice-chandelière?
Vous n'auriez pas quelques phrases bidon à la gros Keynes sur les relances travaux publics? On pourrait imaginer un sketch sur la croissance ou bien une pièce de théâtre. Faisons-nous de la croissance.
Bac+5 à 1486,32 brut selon les publications publiées.
Des tradères auraient été condamnés, on aurait recapitalisé les banques pour 600 milliards ou AF pour 10, et là y a pas de responsable?
A quand le retour catapulté? Si 1929+10=fuhreur, 2009+10= ? Aura-t-on une gestapo?
a écrit le 30/09/2015 à 16:08 :
Pas d immigrés en Europe
a écrit le 30/09/2015 à 7:52 :
Bonne idee de donner des bons en nature et pas d argent.... mais il parait que ce n est pas bien d apres nos bobos et politiques...pourtant l argent n est pas comestible
a écrit le 29/09/2015 à 18:26 :
Hé hé... Comme indiqué par Netrick ci-dessus, nous retrouvons une des angoisses de la droite : il faut de la main-d'oeuvre gratuite MAIS il faut accepter les émigrés. Dilemme, vous avez dit dilemme..??
a écrit le 29/09/2015 à 15:44 :
La goutte d'eau qui va faire déborder....c'est l'étude du ministère du travail qui indique
que pour pouvoir donner un emploi aux migrants acceptés en Allemagne, généralement
très peu qualifiés; il va falloir réduire de 15% le salaire minimal récemment introduit.
Réduction valable pour tout le monde, bien entendu !
Réponse de le 29/09/2015 à 17:43 :
Peut être, mais au moins en Allemagne la question de la réduction du SMIC n'est pas taboue, et ainsi les allemands se rendent compte en direct du véritable effet économique de l'immigration, peut-être profitable sur le long terme, mais exerçant, au moins à court terme, une pression à la baisse sur les salaires, et en particulier ceux des moins qualifiés, qui se retrouvent en concurrence directe des nouveaux arrivants.

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