Au 10 Downing Street, Boris Johnson promet de "faire le Brexit coûte que coûte"

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(Crédits : Peter Nicholls)
L'ex-maire de Londres Boris Johnson a été élu ce mardi à la tête du Parti conservateur, ce qui fera de lui dès mercredi le nouveau Premier ministre britannique. Partisan d'un "no deal", il compte bien boucler la sortie de l'Union européenne au plus tard le 31 octobre prochain.

Il était donné favori. Boris Johnson a bien été élu ce mardi 23 juillet à la tête du Parti conservateur, devançant largement son adversaire Jeremy Hunt, le secrétaire au Foreign Office, ce qui fera de lui dès ce mercredi le nouveau Premier ministre britannique en remplacement de Theresa May.

Les 160.000 adhérents du Parti conservateur étaient appelés à se prononcer sur l'identité du nouveau chef des Tories, majoritaires, et donc du gouvernement.

L'ancien maire de Londres, âgé de 55 ans, a recueilli 92.153 voix et Jeremy Hunt 46.656. Lui-même ancien ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson avait quitté ses fonctions l'an dernier en désaccord avec le plan de Brexit négocié par Theresa May.

Lire aussi : Boris Johnson favori pour Downing Street mais contesté à la veille du vote des Tories

Sa première mission sera de mener à bien la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, qu'il est déterminé à finaliser coûte que coûte. Il a employé ces derniers jours l'expression de "do-or-die" (ça passe ou ça casse), nouvelle version du "deal or no deal".

"Le Brexit sera chose faite le 31 octobre et nous tirerons avantage de toutes les occasions qu'il nous apportera, avec un nouvel esprit: "on peut le faire'", a déclaré le nouveau chef des conservateurs.

Cette sortie, qui aurait dû se produire en mars dernier, a été reportée à deux reprises malgré les efforts déployés par Theresa May qui a fini par jeter l'éponge. Johnson entend persuader les Européens de revoir les termes de l'accord négocié par May, mais Bruxelles s'y oppose, ce qui laisse entrevoir une sortie non négociée aux conséquences politiques et économiques incertaines.

"Le temps de la campagne est terminé et le temps du travail commence pour unir notre pays et notre parti, exécuter le Brexit et vaincre [le leader travailliste Jeremy] Corbin. Je vais travailler d'arrache-pied afin de récompenser votre confiance" a écrit le futur Premier ministre sur son compte Twitter.

Félicitations de Trump, Barnier et Macron

Le président Donald Trump a adressé ses félicitations au nouveau dirigeant britannique. "Il va être super !", a-t-il écrit sur Twitter.

A Paris, Emmanuel Macron a également félicité Boris Johnson et souhaité pouvoir travailler au plus vite avec lui.

"Je félicite Boris Johnson pour ce résultat, je l'appellerai dès qu'il sera officiellement Premier ministre", a déclaré le chef de l'Etat français avant un entretien avec Ursula von der Leyen, la présidente élue de la Commission européenne. "Je suis très désireux de pouvoir travailler au plus vite avec lui non seulement sur les sujets européens qui sont les nôtres (...) mais aussi les sujets internationaux qui font notre quotidien et sur lesquels nous sommes étroitement coordonnés avec les Britanniques et les Allemands, qu'il s'agisse de la situation en Iran ou des sujets de sécurité internationale", a-t-il ajouté.

L'Union européenne aussi a félicité Boris Johnson dès l'annonce de sa victoire tout en réaffirmant qu'il n'était pas question de renégocier le Brexit.

"Nous sommes impatients de travailler de manière constructive avec le Premier ministre Johnson dès son entrée en fonction, afin de faciliter la ratification de l'accord de retrait et de réaliser un Brexit ordonné", a déclaré Michel Barnier, le négociateur européen.

Il a cependant rappelé que l'UE était prête à retravailler la déclaration politique sur ses relations futures avec le Royaume-Uni.

Quelques minutes avant l'annonce de la victoire de Johnson, le numéro deux de la Commission européenne, Frans Timmermans, a déclaré que l'UE n'accepterait pas de modifier l'accord signé avec Theresa May et qui a été rejeté à trois reprises par le Parlement britannique.

"Le Royaume-Uni est parvenu à un accord avec l'Union européenne et l'Union européenne s'en tiendra à cet accord", a déclaré Timmermans lors d'une conférence de presse. "C'est le meilleur accord possible."

Les marchés calmes (pour le moment)

Même le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif a félicité l'homme politique britannique, soulignant dans un tweet que l'Iran ne recherchait pas la confrontation avec Londres.

"Je félicite mon ancien homologue Boris Johnson (...) L'Iran ne recherche pas la confrontation. Mais nous avons 1.500 milles de côtes sur le golfe Persique. Ce sont nos eaux et nous les protégerons", a-t-il écrit.

Le ministre iranien des Affaires étrangères ajoute "que la saisie d'un pétrolier iranien (à Gibraltar) par le gouvernement de May, à la demande des Etats-Unis, est un acte de piraterie pure et simple".

Lire aussi : Pétroliers: l'Iran dit ne pas vouloir la "confrontation" avec Boris Johnson

La livre sterling, qui se situe déjà à son plus bas niveau depuis deux ans, a peu réagi à l'élection de Boris Johnson, en attendant de voir si le nouveau Premier ministre conduira le Royaume-Uni vers un Brexit sans accord. La livre a progressivement effacé ses pertes du début de journée pour s'inscrire dans le vert sur la séance, les analystes évoquant un "mini-rally" de soulagement après des semaines de baisse pendant lesquelles le marché a eu le temps de digérer la nouvelle donne politique.

"Durant son discours de victoire, le nouveau Premier ministre a évité les révélations, mettant l'accent sur son enthousiasme à propos de la tâche qui l'attend", remarque David Cheetham, analyste pour XTB.

Le ton guerrier de Johnson a fait perdre au sterling 2% de sa valeur face au dollar depuis le début du mois de juillet, et la devise de sa Majesté s'est dépréciée sur 11 des 12 semaines écoulées.

L'attention des investisseurs se tourne désormais vers la composition du futur gouvernement britannique et le ton qu'il adoptera pour sa prise de contact avec Bruxelles.

Un "no deal" est le scénario jusqu'au-boutiste cauchemardesque des milieux économiques.

"La position de M. Johnson est bien connue: concrétiser le Brexit, ou mourir, et c'est probablement la raison pour laquelle la livre recule aujourd'hui", a expliqué avant le résultat du vote Ricardo Evangelista, analyste pour ActivTrades. "Sous Boris Johnson, une sortie sans accord de l'Union européenne devient plus probable", a-t-il ajouté.

Lire aussi : Les marchés accueillent avec bienveillance Boris Johnson au poste de Premier ministre

 (avec AFP et Reuters)

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Commentaires
a écrit le 24/07/2019 à 18:07 :
Coûte que coûte ? Je croyais que d'après ses promoteurs le Brexit devait rapporter un max au UK, d'ailleurs c'est pour çà que les Anglais ont voté pour le Brexit. Leur aurait-on menti à l'insu d eleur plein gré ?
a écrit le 24/07/2019 à 16:58 :
Peut-être une bonne nouvelle pour L'UE. Quand un négociateur démarre par J'irai "coûte que coûte", c'est une position favorable à l'autre partie. Je demande aux négociateurs européens de ne pas céder une once.
a écrit le 24/07/2019 à 13:44 :
L'héritier aurait-il besoin de se rassurer avant d'affronter l'UE?
a écrit le 24/07/2019 à 11:06 :
L Europe serait elle malade sous le dictat de Bruxelles ?
a écrit le 24/07/2019 à 9:09 :
Le peuple anglais commençait à en avoir marre de tout ce cinéma craignant qu'à terme lesp oliticiensfinissent par trahir leur volonté exprimé par le référendum, ce qui ne serait pas une nouveauté de la part du consortium financier européen, les politiciens étaient obligé de leur donner un gage.

Mais il est évident que cela ne va pas arranger la faiblesse dramatique politique de l'UERSS empire prévu pour durer mille ans puisque JOnhson ne va pas hésiter à le faire chanter.
Réponse de le 24/07/2019 à 10:46 :
Johnson n'a guère de moyen de faire chanter l'UE. Il n'est même pas sûr de trouver la moindre majorité au parlement britannique. Et provoquer des législatives anticipées ne résoudrait rien parce que son parti serait balayé. A propos bravo, assimiler en une phrase l'UE à l'URSS et au 3è Reich (l'empire qui devait durer 1000 ans), faut le faire. Tout ce qui est excessif est insignifiant.
a écrit le 24/07/2019 à 8:14 :
"Coûte que coûte ". Quoi qu'il arrive,il ne sera jamais dans le besoin.Par contre,pour le Britannique de base,c'est moins sur.
a écrit le 23/07/2019 à 21:46 :
La composition des chambres n'ayant pas changé d'un pouce, Johnson se retrouvera dans le même état d'impuissance politique que May, provocations et rodomontades en plus.

Il n'y a rien à attendre en l'absence d'un nouveau vote qui dotera le pays d'une assemblée qui sera à la fois représentative du peuple en 2019 et cohérente.
Réponse de le 24/07/2019 à 10:48 :
BoJo est encore certainement moins bien placé que May pour trouver une majorité au Parlement. Et il n'est pas sûr qu'un nouveau vote dote le pays d'une assemblée cohérente, le quasi bipartisme ayant volé en éclat.
a écrit le 23/07/2019 à 20:49 :
Ni l'Europe ni UK n'ont intérêt à aller au deadlock. En fait la négociation Barnier May ne pouvait remettre en question l'"acte unique" de 1986 fondant une Europe intégrée façon Delors. La constitution européenne a été émaillée de referendum nationaux, mais l'histoire de l'Europe a été formée tour à tour par quelques pays ou peuples temporairement éminents dont UK fait partie. L'Europe dépasse les traités dits de paix.Ce qui importe c'est le fonctionnement permanent d'institutions de paix.
a écrit le 23/07/2019 à 19:00 :
Il est vrai que le moindre 'traître' dans la composition de sont équipe sera très mal vue par le monde économique!
Réponse de le 23/07/2019 à 21:57 :
Comme traître à l'intérêt économique du Royaume-Uni, il y a déjà Johnson lui-même.
Réponse de le 23/07/2019 à 23:07 :
Ne commentez pas avec votre boule de cristal, c'est pas du jeu!
Réponse de le 24/07/2019 à 10:52 :
La chute de la £ et de la croissance britannique dès le lendemain du référendum, ce n'est pas de la boule de cristal, mais du factuel. Alors que le brexit n'a toujours pas eu lieu.
Réponse de le 24/07/2019 à 20:01 :
bruno_bd, la £ a chuté de 10% depuis le referendum, et alors ? L' Euro a bien chuté de 20% para rapport au Dollars depuis 2014.
Quant à la croissance britannique, 1.4% en 2018 contre 1.5% en France. Il n'y a vraiment pas de quoi se gargariser !
Réponse de le 24/07/2019 à 22:15 :
@UPR : on ne peut pas comparer la croissance UK à la croissance française ; l"économie britannique étant plus libérale et plus flexible elle a naturellement une croissance plus forte. C'est plutôt la situation avant référendum/après référendum qu'il faut comparer. Et là c'est une chute de moitié.

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