Brexit : des conséquences économiques moins sévères que prévu

La période de transition de six mois inscrite dans l'accord entre le Royaume-Uni et l'Union européenne et la pandémie de Covid-19 devraient atténuer l'impact du Brexit sur les échanges entre les deux puissances, selon une récente étude de l'assureur-crédit Euler Hermes.
Grégoire Normand

4 mn

(Crédits : TOBY MELVILLE)

Les évaluations se suivent et ne se ressemblent pas. Alors qu'auparavant les économistes étaient obligés de travailler sur plusieurs scénarios ("deal / no deal") pour tenter de mesurer les conséquences économiques du divorce entre le Royaume-Uni et l'Europe, la signature d'un accord le 24 décembre dernier, à seulement quelques jours de l'échéance fatidique, permet de lever beaucoup d'incertitudes. Dans une récente étude, le spécialiste de l'assurance-crédit Euler Hermes estime que les répercussions de cette séparation sont moins désastreuses que lors de précédentes simulations. "Cet accord de libre-échange est plus avantageux que les scénarios précédemment envisagés, car il prévoit des droits de douanes nuls pour les marchandises et il est moins contraignant sur les intrants étrangers. Un atout considérable pour les exportateurs britanniques et européens" annonce l'assureur dans un communiqué. Avant cet accord, la plupart des économistes avaient envisagé des scénarios macroéconomiques noirs pour le Royaume-Uni.

Une période de transition de six mois

Les autorités européennes et britanniques ont convenu d'une période de six mois pour laisser le temps aux différents acteurs de s'adapter aux nouvelles conditions de l'accord conclu. "Pour l'instant, cette transition de 6 mois est relativement souple au niveau des contrôles aux frontières. A partir de juillet, ces contrôles vont se renforcer" a expliqué l'économiste Anna Boata interrogé par La Tribune.

Cette période de répit et d'adaptation est ressentie comme une soupape pour les différents acteurs du commerce extérieur. "Pour les entreprises importatrices britanniques (et les consommateurs), une importante disruption commerciale a été évitée grâce à cette période de transition de six mois pour les déclarations de douane" expliquent les auteurs de la note. Les pertes pour 2021 devraient ainsi être moins sévères qu'anticipé. D'après les calculs de l'assureur, elles pourraient s'élever à environ 10 milliards d'euros contre 18 milliards d'euros auparavant. Les principaux perdants seraient l'Allemagne (2 milliards d'euros), les Pays-Bas (1,2 milliard) et la France (900 millions d'euros). Au total, ces pertes ne représentent que 0,5% du total de leurs exportations.

Un effet Covid-19

La propagation du virus sur l'ensemble du continent pourrait bien amoindrir l'effet du Brexit sur l'économie britannique et européenne. Ces moindres répercussions peuvent s'expliquer notamment par les restrictions sanitaires. "Dans le contexte du covid-19, la demande n'est pas 'normale'. Faire le Brexit dans ce contexte permet de limiter l'effet du Brexit et des frictions. Le covid-19 donne du temps aux entreprises pour s'adapter," ajoute Ana Boata. "En raison des nouvelles mesures de confinement récemment appliquées au Royaume-Uni, la demande des ménages et l'investissement devraient s'y contracter. Ainsi, avec ou sans Brexit, les débouchés pour les exportateurs européens sont de facto réduits par l'épidémie Covid-19. De plus, cette limitation des échanges entre le Royaume-Uni et l'UE permettra aux deux parties d'avoir plus de temps et de flexibilité pour investir dans les infrastructures aux frontières et ainsi limiter le temps d'attente aux douanes des transporteurs de marchandises" indiquent les économistes.

Une hausse des barrière non-tarifaires de 5% à 10%

La mise en oeuvre du Brexit depuis le premier janvier doit néanmoins entraîner une hausse des barrières non-tarifaires. Selon l'économiste de la société d'assurance, "ces barrières non-tarifaires pourraient augmenter entre 5% et 10%. L'accord ne prend pas en compte le coût administratif supplémentaire, l'allongement du temps de transport, la certification des produits. Ce sont des coûts "invisibles". Ces coûts peuvent évoluer dans le temps mais cela va prendre du temps".

En outre, les 150.000 entreprises qui exportent vers l'Europe vont bénéficier "d'un effet d'apprentissage". Certaines pourraient faire appel à des sociétés de services spécialisées dans les démarches administratives afin de gagner du temps. L'exécutif britannique, actuellement empêtré dans une crise sanitaire grave avec l'arrivée de nouveaux variants, devrait également mettre le paquet sur la relance. "Début mars avec le budget, il devrait y avoir des dépenses en infrastructures, avance l'économiste. Au temps de Covid-19, le rôle de l'Etat est très important. L'Etat va saisir cette opportunité pour dépenser. Au printemps, le gouvernement pourrait annoncer 100 milliards de livres de stimulus et de soutien à la demande" poursuit-elle.

Enfin, si le Royaume-Uni est très dépendant de l'Union européenne sur le front commercial, le gouvernement de Johnson pourrait chercher à signer de nouveaux accords commerciaux avec d'autres pays afin d'assurer des débouchés pour les entreprises britanniques.

Lire aussi : La City de Londres, encore loin devant Paris malgré le Brexit

Grégoire Normand

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Commentaires 20
à écrit le 14/01/2021 à 18:50
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Ca donne des boutons aux fans boys que leur UE chérie continue de parler l' anglais cad la langue du vainqueur !

à écrit le 14/01/2021 à 18:28
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Ceux qui ont voté non à Maastricht, Lisbonne et ici au remain ne rejettent pas l'existence d'un marché commun (il existait avant). Ils rejettent en général toute avancée vers le fédéralisme ainsi que tout ce qui concerne la libre circulation des pers...

le 15/01/2021 à 9:57
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@ Théophile: je partage globalement votre opinion

à écrit le 14/01/2021 à 18:23
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Il sont sortis et la GB est redevenue un pays souverain et une démocratie et j' observe que ça gratte toujours les mêmes, quant à moi peu me chaut, j' en ris pour eux mais j' en pleure pour nous ...!

à écrit le 14/01/2021 à 17:28
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On le savait dès le départ que les conséquences économiques ne seraient pas ce qu'en disait la presse mainstream aux ordres, dans le but d'éviter d'autres désistements. C'est même l'inverse qui peut arriver, car l'UE ne pèse rien en dehors de son mar...

à écrit le 14/01/2021 à 13:50
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Quoi !? la Tamise n'est pas rouge du sang des anglais ? Notre classe dirigeante ce serait donc une nouvelle fois trompée ? Étonnant vraiment... ^^ Au moins on se marre.

à écrit le 14/01/2021 à 13:31
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il semble maintenant acquis qu'une majorités d'acteurs économiques de l'UE sont résolus à commercer avec succès avec leurs homologues britanniques . ceux qui ne l'ont pas compris en seront pour leurs frais .

à écrit le 14/01/2021 à 12:16
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Bah oui, puisque c'est un Brexit soft, donc on ne comprend pas trop l'intérêt de toute l'énergie dépensée pour arriver à cet état qui ne s'apparente même pas à un divorce. Alors que Johnson devait casser la baraque UE, Il reste sur le pallier avec l...

le 14/01/2021 à 12:46
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En 2015, le Royaume-Uni exportait : ~ 40 Md$ de voitures. ~ 12,8 Md de pétrole brut. ~ 13,3, Md de raffinés issu du pétrole. ~ 31,7 Md d’or. ~ 3,5 Md de diamants. ~ 3,2 Md de platine. En 2019 : ~ 43,4 Md$ de voitures. ~ 26,4 Md de pétrole br...

à écrit le 14/01/2021 à 11:09
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Faire ce constat à un instant T, 15 jours après le Brexit n'a aucun sens. Le même constat dans un an sera plus éclairant.

le 14/01/2021 à 12:49
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J'achète pour 4 ou 5 années

à écrit le 14/01/2021 à 10:58
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Sans blague, vous comptez présenter des excuses aux français auxquels vous avez menti durant 3 ans ..?

le 14/01/2021 à 11:41
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Relisez l'article. Il s'agit des échanges entre la GB t l'UE et pas seulement de la France.

le 14/01/2021 à 12:32
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en dehors de votre amnésie sur les mensonges des brexiteurs dont l'emblématique 350 millions de£ pour le NHS. Les études éco sont à foison avec comme d'habitude tout et son contraire. Les prévisionnistes en tout genre sont des pompes à "pognon" leurs...

le 14/01/2021 à 18:18
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@amnésique Il est temps de mettre votre logiciel qui date du temps de la guerre froide à jour et de regarder combien BJ met dans le NHS ..

à écrit le 14/01/2021 à 10:10
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C'est normal, il n'y a pratiquement pas de différences avec la situation d'avant Brexit à l’exception des étudiants et d'une paperasserie en forte augmentation. Vraiment du temps de perdu pour tout le monde.

à écrit le 14/01/2021 à 9:15
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Quoi !? la Tamise n'est pas rouge du sang des anglais ? Notre classe dirigeante ce serait donc une nouvelle fois trompée ? Étonnant vraiment... ^^ Au moins on se marre.

le 14/01/2021 à 10:13
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Vous ecrivez : "Notre classe politique ce serait"... SE serait plus adapte. Signale.

le 14/01/2021 à 16:34
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Pourquoi sans arrêt t'acharner à exposer que tu me trolles ? Qui cherches tu à convaincre et surtout pourquoi ? :-) SIgnalé

le 16/01/2021 à 10:20
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Ah t'es peut-être bien complètement idiot alors ! ^^ Signalé

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