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ÉconomieUnion européenne

Comment l'Autriche veut diminuer l'embauche de travailleurs détachés

Photo de Grégoire Normand

Grégoire Normand

Publié le 03 mars 2017 à 14:11 - Mis à jour le 03 mars 2017 à 14:11

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Le chancelier autrichien, Christian Kern, veut mettre en place une loi pour lutter contre le dumping social pratiqué au sein de l'Union européenne. Cette initiative prévoit notamment de diviser les cotisations patronales par deux pendant trois ans pour les entreprises qui embauchent des travailleurs résidant en Autriche.

Cela pourrait être une première en Europe. La coalition au pouvoir en Autriche a présenté il y a quelques jours un projet de prime à la création d'emploi pour des actifs installés durablement dans le pays. Le principal objectif serait de limiter le recrutement des travailleurs détachés issus d'autres pays de l'Union européenne. L'Autriche fait partie des cinq pays européens les plus concernés par le détachement des travailleurs en Europe avec l'Allemagne, la France, la Belgique et les Pays-Bas.

Des cotisations patronales divisées par deux

Cette proposition initiée par le chancelier social-démocrate Christian Kern et ancien président des chemins de fer fédéraux (ÖBB) prévoit de diviser les cotisations des entreprises par deux. Cette mesure pourrait s'appliquer pendant trois ans sur des créations de postes réservés à des travailleurs et des demandeurs d'emplois habitant en Autriche comme le rapporte l'AFP. La prime devrait également s'appliquer pour les sociétés qui embauchent des diplômés formés en Autriche et des travailleurs "très qualifiés" des pays non-membres de l'Union européenne. Les employeurs qui ont recours à ce type de main d'oeuvre pourrait ainsi économiser 4.000 euros par salarié et par an.

Cette prime à l'embauche devrait permettre de créer 160.000 postes selon le gouvernement, ce qui correspond peu ou prou aux nombre de travailleurs détachés présents actuellement dans le pays. L'exécutif prévoit un budget de deux milliards d'euros pour financer cette réforme. Mais d'après plusieurs experts interrogés par la Tribune de Genève, cette mesure qui prévoit "la création de 160 000 postes, dans un pays qui compte 410 000 demandeurs d'emploi, semble 'très, très, très ambitieuse'".

Privilégier les résidents

Le but de ce projet est évidemment de baisser le recours aux travailleurs détachés notamment en provenance d'Europe de l'Est. Au vue des premiers éléments du projet, il ne s'agit pas d'appliquer une préférence nationale au sens strict du terme mais de privilégier les travailleurs résidents. Même si cette dispositions vise la directive européenne sur les travailleurs détachés, le chancelier Christian Kern peut espérer convaincre la Commission européenne qui veille à la libre circulation des travailleurs au sein de l'Union européenne.

En parallèle, la Commissaire européenne au travail Marianne Thyssen a annoncé l'été dernier que la directive des travailleurs détachés serait bel et bien réformée. Mais ce projet de réforme divise les pays de l'UE. Des Etats qui reçoivent beaucoup de travailleurs détachés comme la France, l'Allemagne, la Belgique ou l'Autriche (160.000) se sont montrés plutôt favorables. A l'inverse, les pays qui envoient des travailleurs détachés comme la Pologne, le Portugal, ou la Roumanie avaient perçu ce projet de réforme comme une mauvaise nouvelle. Ces discordes pourraient largement ralentir ce processus de réforme.

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Par ailleurs, cette proposition du chancelier en poste rejoint une législation déjà favorable à l'embauche de résidents. En effet, l'Autriche continue d'appliquer des dispositions de la loi fédérale du 20 mars 1975, qui a permis de mettre en place une "forme de préférence nationale" pour limiter l'accès de certaines offres au marché du travail pour les travailleurs étrangers.

Le président autrichien Alexander Van der Bellen élu en décembre dernier et ancien porte-parole des Verts lors d'une conférence de presse à Berlin le 3 mars. Crédits : REUTERS/Fabrizio Bensch.

La menace de l'extrême droite

La victoire du candidat des Verts Alexander Van der Bellen face au candidat du parti nationaliste (FPÖ) Norbert Hofer en décembre dernier, à la suite de l'invalidation du scrutin quelques mois auparavant, n'a pas suffi à effacer les menaces que représentent l'extrême droite très présente dans le pays. Pour tenter de conforter son assise au pouvoir, l'actuel chancelier s'inspire clairement de Hofer pour construire ses propositions. Pendant la campagne présidentielle de 2016, Norbert Hofer n'avait cessé de martelé que "les emplois autrichiens doivent bénéficier en premier lieu aux Autrichiens". Mais cette stratégie semble risquée. En effet, selon Andreas Sator, éditorialiste au quotidien Der Standard citée par la Tribune de Genève, les travailleurs détachés sont souvent employés dans des postes subalternes."23% des Polonais travaillant en Autriche sont employés dans le bâtiment, 27% des Hongrois dans la restauration. Ce sont des secteurs guère attractifs pour les Autrichiens. Parmi eux, seuls 4% travaillent dans la restauration et 7% dans le bâtiment". En d'autres termes, les travailleurs détachés occupent des postes que les Autrichiens ne veulent pas forcément.

>> Lire aussi : Autriche : pourquoi l'extrême droite ?

Un chômage et des perspectives tendues

Bien que le chômage autrichien soit l'un des plus faibles de la zone euro, les perspectives économiques de ce pays peuplé de 8,5 millions d'habitants sont loin d'être réjouissantes. Selon le taux européen harmonisé d'Eurostat, l'Autriche bénéficie du huitième plus bas taux de chômage de l'Union européenne, à 5,7% en janvier dernier. Mais selon la norme nationale, le taux de chômage en Autriche s'élève à 10,1% de la population active. Cette différence entre les chiffres de la Commission européenne et ceux du ministère autrichien du Travail s'explique notamment par le fait que ce pays prend en compte les personnes en formation ou "sous-employées" dans les personnes inscrites au chômage. D'après les dernières projections de la Commission européenne, le taux de chômage devrait continuer à progresser en 2017 (6,1%) et 2018 (6,2%) après une augmentation continue depuis 2011.

Par ailleurs, selon une étude de l'économiste Raymond Van Der Putten pour BNP Paribas, la croissance "devrait décélérer en 2017, sous l'effet conjugué d'un moindre soutien budgétaire, d'un ralentissement de l'investissement et d'un environnement extérieur moins favorable".

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Avec ces perspectives, il n'est pas certain que les mesures en faveur des résidents autrichiens ne suffisent à faire gagner la grande coalition composée des sociaux-démocrates et conservateurs aux prochaines élections législatives prévues pour 2018.

Grégoire Normand

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