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ÉconomieUnion européenne

En Autriche, l'extrême droite aux portes du pouvoir

Photo de Grégoire Normand

Grégoire Normand

Publié le 16 octobre 2017 à 15:25 - Mis à jour le 16 octobre 2017 à 15:46

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L'Autriche a pris un sérieux virage à droite dimanche. Et si les conservateurs sont arrivés nettement en tête avec autour de 32% des suffrages, selon les projections, le FPÖ (Parti de la liberté, extrême droite) s'est classé troisième avec 27%, juste derrière les sociaux-démocrates du SPÖ, et peut ainsi espérer négocier une place de choix au sein d'un gouvernement de coalition.

Le parti populaire autrichien (ÖVP, conservateur chrétien) emmené par Sebastian Kurz est arrivé en tête des élections législatives anticipées de dimanche. Il a obtenu 31,6% des suffrages après une campagne centrée sur la lutte contre l'immigration.

L'extrême droite et les sociaux démocrates au coude à coude

Après plusieurs heures d'attente, les premiers résultats annoncent que le FPÖ (Parti de la liberté, extrême droite) s'est classé troisième avec près de 27% et peut ainsi espérer négocier une place de choix au sein d'un gouvernement de coalition. Les sociaux-démocrates du chancelier sortant Christian Kern sont arrivés en deuxième position avec 27% des voix. Dimanche soir, il a exclu de démissionner comme le rappelle RFI.

"Non, j'ai dit que je resterai 10 ans en politique, il me reste donc 9 ans !", a-t-il déclaré dimanche soir. "Nous avons présenté un programme qui doit rendre l'Autriche plus forte et que nous voulons appliquer. Cela était valable avant ce scrutin, et cela reste valable après. Cette élection a été un fort tournant à droite. Nous sommes à une époque qui ne favorise pas les sociaux démocrates, nous avons vu cela dans toute l'Europe."

De leur côté, les Verts autrichiens semblent en mauvaise posture. Selon les résultats encore provisoires, ils n'auraient pas réussi à franchir le seuil nécessaire des 4% pour siéger au Parlement. Ce résultat marque un véritable échec pour les écologistes qui avaient pourtant réussi à faire élire un président à la majorité absolue en décembre 2016, Alexander Van der Bellen, face au candidat d'extrême droite Norbert Hofer.

> Lire aussi : Présidentielle autrichienne : nette défaite de l'extrême droite

Le président autrichien Alexander Van der Bellen lors d'une conférence de presse à Vienne au mois de mai dernier. Crédits : Leonhard Foeger/Reuters.

Une coalition possible avec l'extrême droite

Selon le scénario envisagé par plusieurs observateurs, celui qui devrait devenir plus jeune chancelier de l'Union européenne devrait se tourner vers l'extrême droite plutôt que vers les sociaux-démocrates. Mais Sebastian Kurz a toutefois pris soin de conserver toutes ses options, n'excluant pas de travailler avec les sociaux démocrates si Christian Kern est remplacé à la tête du SPÖ par le ministre de la Défense Peter Doskozil rappelle Reuters. Dans une intervention sur l'ORF, Kurz a indiqué qu'il entendait former un gouvernement stable mais qu'il existait plusieurs options. Par ailleurs, les sociaux-démocrates avaient également envisagé une alliance avec le FPÖ, ce qui place de fait la formation anti-immigration dans la position d'arbitre. Elle pourrait jouer un parti contre l'autre lors de la phase de négociations prévues ces jours-ci.

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Une campagne dominée par l'immigration

Pendant la campagne électorale, le thème de l'immigration a largement dominé les débats. La crise des réfugiés et l'arrivée des demandeurs d'asile ont marqué les esprits dans ce pays aux 8,6 millions d'habitants. En 2016, l'Autriche a accordé un statut protecteur à 31.750 demandeurs d'asile, ce qui fait 3.655 par million d'habitants selon les données d'Eurostat. Rapporté au nombre d'habitant, l'Autriche est le troisième pays à accorder l'asile en Europe derrière la Suède et l'Allemagne.

Partant de ce constat, Kurz a notamment proposer de réduire et de plafonner les allocations aux migrants. Il a également promis de fermer les routes empruntées par les réfugiés tentant de rejoindre l'Europe, par les Balkans ou la Méditerranée. "Nous devons stopper l'immigration illégale à destination de l'Autriche car sinon il n'y aura plus d'ordre ni de sécurité", a déclaré le trentenaire vendredi dernier dans une interview au tabloïd Österreich.

Une prospérité qui pose question

La montée de l'extrême droite n'est pas un phénomène récent en Autriche. L'ombre de Jörg Haider plane encore dans les esprits des citoyens de la république alpine. Mais les observateurs ont souvent été frappés par l'écart entre la prospérité de l'Autriche et cette percée des partis xénophobes. Il est vrai que le pays présente une solide santé économique. Le taux de chômage se situe à 5,6% de la population active contre 9,1% en moyenne dans la zone euro et 7,6% en moyenne dans l'UE à 28.  En parité de pouvoir d'achat, le PIB par habitant autrichien est également bien supérieur à celui de l'UE ou celui de l'OCDE mais au même niveau que celui de l'Allemagne par exemple. La population est donc loin de s'appauvrir. Le taux de pauvreté d'après les données de la Commission européenne est passé de 15,2% à 13,9% entre 2008 et 2015. Par ailleurs, la proportion de personnes en situation de privation matérielle sévère est passée de 5,9% à 3,6% sur la même période. Enfin, le pays se caractérise par un niveau d'inégalité assez faible. L'indice de Gini calculé par l'OCDE indique que l'Autriche fait partie des pays les moins inégalitaires des pays développés (10ème place sur 33 pays).

> Lire aussi : Les inégalités de revenus à des niveaux records dans les pays développés

Malgré ces bons résultats économiques, le pays reste divisé entre ces zones rurales et les grands pôles urbains. Déjà en 2016,  le résultat des votes et des enquêtes post-électorales avaient montrent clairement que Deux Länder seulement avaient donné la majorité à Alexander van der Bellen : Vienne (à 63 %) et le Voralberg (à 56,4 %), Land traditionnellement "différent" du reste du pays, au point qu'en 1919, sa population avait par référendum réclamé de devenir un canton suisse à 81 % pour ne pas rejoindre la république autrichienne.

> Lire aussi : Autriche : un pays coupé en deux

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Dans un tel contexte, les négociations entre les conservateurs et l'extrême droite pour former une coalition risquent d'être tendues. Heinz-Christian Strache, leader du FPÖ a accusé son jeune rival de lui voler ses idées et n'a pas souhaité se prononcer sur le partenaire que son parti entend privilégier. Toutes les options sont ouvertes.

Grégoire Normand

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