En Italie, l'économie reste fragile à la veille des élections

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La croissance s'est établie l'an passé à 1,5%, selon l'Institut national des statistiques (Istat), qui l'avait estimée auparavant à 1,4%. Il s'agit du meilleur chiffre depuis sept ans.
La croissance s'est établie l'an passé à 1,5%, selon l'Institut national des statistiques (Istat), qui l'avait estimée auparavant à 1,4%. Il s'agit du meilleur chiffre depuis sept ans. (Crédits : Reuters)
À l'approche des élections législatives, les indicateurs économiques montrent des signes d'embellie après plusieurs années de récession. Malgré une conjoncture plus favorable, l'Italie souffre encore d'un chômage bien supérieur à celui de la zone euro. Le pays est également marqué par une précarité galopante et un accroissement des inégalités.

L'économie italienne va mieux. Les derniers indicateurs publiés, jeudi 1er mars, illustrent une récente amélioration de la conjoncture économique dans la péninsule. Malgré ces bons résultats, l'issue du scrutin pour les élections législatives demeure très incertaine dans un pays encore marqué par la crise de 2008 et la sévère récession de 2012 et 2013.

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italie berlusconi

Silvio Berlusconi, chef de file de Forza Italia, entouré de la meneuse de Fratelli d'Italia  Giorgia Meloni et du dirigeant de la Ligue du Nord Mateo Salvini pendant une réunion à Rome le premier mars. Crédits : Alessandro Bianchi.

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Une croissance record depuis 2010

L'économie italienne a enregistré une croissance de 1,5% en 2017, sa meilleure performance depuis 2010. D'après les derniers chiffres de l'institut de statistiques italien Istat, ce rebond intervient après plusieurs années de croissance atone. Après deux années de récession, l'Italie a renoué en 2014 avec la croissance, avec un petit 0,1%. Son PIB a ensuite progressé de 1% en 2015, puis de 0,9% en 2016 sans retrouver des niveaux d'avant crise autour de 2%.

Et si ces derniers indicateurs illustrent une accélération de l'activité, la péninsule reste loin derrière les 2,5% recensés dans la zone euro l'année dernière. Selon, des estimations de la Commission européenne, elle figure même à la fin du classement pour 2017 mais aussi pour 2016. La crise des dettes souveraines en Italie et la multiplication des mesures d'austérité menées, entre autres, par le gouvernement d'union nationale dirigé par Mario Monti, ont fortement contribué à ralentir l'activité au début des années 2010, plongeant l'économie italienne dans une grave récession. La faible productivité est également un facteur régulièrement évoqué par les économistes pour expliquer ces faibles niveaux d'activité.

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En ce qui concerne les entreprises, plusieurs mesures en faveur des investissements des entreprises (suramortissement des investissements) ou pour soutenir les exportations ont été prises par le gouvernement pour doper l'économie en 2018. Mais les projections de la Commission européenne n'annoncent pas un rebond de l'activité pour 2018 et 2019 (1,5% et 1,2%).

Un déficit en baisse

Dans le même temps, l'institut de statistiques a également livré des chiffres favorables pour le déficit public de l'Italie qui a nettement reculé en 2017 pour atteindre 1,9% contre 2,5%Ce résultat est meilleur qu'attendu par le gouvernement et la Commission européenne, qui tablaient sur 2,1% en 2017, et le Fonds monétaire international (FMI), qui pronostiquait 2,2%.

Si la situation des comptes publics semblent s'améliorer régulièrement depuis 2014, le ratio de dette publique/PIB a atteint 131,5% contre 132% en 2016 et 131,5% en 2015. Ce ratio est le second plus important de la zone euro derrière la Grèce. Le gouvernement tablait sur 131,6%, la Commission sur 132,1% et le FMI sur 133% rapporte l'AFP.

Un chômage historiquement élevé

La troisième économie de la zone euro très durement touchée par la crise économique de 2008 n'a retrouvé la croissance qu'à partir de 2014. Si le gouvernement a pu se féliciter d'un taux d'emploi en hausse par rapport à décembre à 58,1%, le taux de chômage a quant à lui légèrement augmenté pour atteindre 11,1% malgré une plus grande flexibilité sur le marché du travail. De leur côté, les jeunes restent très clairement frappés par un chômage de masse avec un taux qui s'élève à 31,5% même s'il est en légère baisse.

À titre de comparaison, le chômage en zone euro, qui s'est élevé à 8,6% en janvier dernier, recule régulièrement depuis 2013. L'Italie affiche le troisième taux de chômage le plus élevé de l'Union européenne derrière la Grèce et l'Espagne. La péninsule a connu ainsi une forte variation à la hausse de son chômage sur la période 2007/2017 malgré la mise en place de la réforme du Job acts en 2014. Cette mesure tant défendue par l'ancien Président du conseil Matteo Renzi ne semble pas avoir tenu ses promesses, même si elle a inspiré d'autres gouvernements européens comme celui de Manuel Valls au moment de la loi Travail. Les créations d'emplois promises par une plus grande flexibilité du marché du travail n'ont pas permis d'endiguer la montée du chômage.

 

Lire aussi : Italie : pourquoi le Jobs Act a déçu

Une précarité et des inégalités accrues

Outre les problèmes de chômage, l'Italie est confrontée à une précarité accrue. Selon des estimations de l'Istat du mois de décembre dernier, la part de la population exposée à des risques de pauvreté ou d'exclusion sociale a atteint 30% en 2016 contre 28,7% en 2015. La zone la plus concernée est le Mezzogiorno au sud de l'Italie avec de taux de 46,9% en risque de pauvreté ou d'exclusion sociale. L'organisme de statistiques souligne à ce titre que le pays est loin de remplir l'objectif de la stratégie européenne de 2020 qui vise à baisser le nombre de pauvres d'environ 2,2 millions de personnes de personnes par rapport à 2008. "La population en situation de risque de pauvreté ou d'exclusion sociale étant au contraire, en 2016, supérieure de 5,25 millions de personnes à cet objectif" souligne une note du service économique de l'ambassade de France en Italie. À titre de comparaison, le taux moyen de risque de pauvreté ou d'exclusion sociale dans l'Union européenne s'élève à 23,5%.

Du côté des inégalités, le constat est alarmant. D'après un rapport de l'OCDE publié fin 2016, l'indice de Gini (*) a augmenté sur la période 2007/2014 passant de 0,313 à 0,331. Et cette variation place l'Italie parmi les mauvais élèves de l'Europe.

"L'une des spécificités du pays, c'est qu'un petit nombre d'Italiens gagnent beaucoup d'argent tandis que beaucoup ne tirent qu'une faible rémunération de leur travail", explique  Pier Giorgio Ardeni, professeur d'économie politique à l'Université de Bologne interrogée par l'AFP.

Lire aussi : Les inégalités de revenus à des niveaux records dans les pays développés

Une démographie peu dynamique

Aux problèmes de pauvreté s'ajoutent une démographie en berne et un taux de fécondité relativement faible. Au 1er janvier dernier, l'Italien comptait 60,4 millions d'habitants en baisse par rapport à l'année précédente. En parallèle, le vieillissement démographique se poursuit. L'âge moyen de la population italienne a atteint 45,2 ans au premier janvier 2018 contre 44,9 ans en 2017 et le nombre d'enfants par femme (1,34) demeure bien insuffisant pour assurer un dynamisme démographique qui peut avoir des conséquences sur la population active et le marché du travail. Et même si le solde migratoire est largement positif, il ne devrait pas suffire à compenser ce déclin. Dans une étude de l'Insee datée de juin 2017, les économistes expliquent que le facteur démographique explique 0,2 point d'écart de croissance chaque année en moyenne entre la France et l'Italie depuis le début des années 2000.

Inquiétudes de l'UE

Face aux doutes qui subsistent sur l'issue du scrutin, quelques membres de la Commission européenne s'inquiètent des risques de paralysie au lendemain des élections générales. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a résumé le sentiment général:

"Je voudrais que l'Italie, après le 4 mars, puisse disposer d'un gouvernement qui gouverne" grâce à un soutien parlementaire.

Du côté de la France, le scrutin devrait être également très surveillé par le gouvernement. Matteo Renzi avait à plusieurs reprises affiché son soutien au candidat Macron pendant la campagne présidentielle de 2017. Mais le parti démocrate italien est loin de connaître le même sort que les candidats de la République en Marche aux législatives de juin 2017.

> Lire aussi l'interview de Marc Lazar, directeur du Centre d'histoire de Sciences Po et président de la School of government de l'Université LUISS à Rome, sur les enjeux de ce scrutin : Italie : "Les populismes prospèrent sur la crise de défiance envers la politique"

(*) L'indice (ou coefficient) de Gini est un indicateur synthétique d'inégalités de salaires (de revenus, de niveaux de vie...). Il varie entre 0 et 1. Il est égal à 0 dans une situation d'égalité parfaite où tous les salaires, les revenus, les niveaux de vie... seraient égaux. A l'autre extrême, il est égal à 1 dans une situation la plus inégalitaire possible.

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Commentaires
a écrit le 04/03/2018 à 11:12 :
Décidément, ils sont tous clonés sur le même modèle : Trudeau, Macron, Renzi, et maintenant Di Maio, qui succèdent au "monsieur tout le monde" précédemment choisi, de Blair à Rajoy en passant par Hollande, sans oublier les jokers féminins....

Il faut dire que le rôle s'apparentant de plus en plus à une (juteuse) figuration, notamment pour l'Europe au travers des directives bruxelloises, reprises directement des officines lobbyistes qui y voient leurs intérêts comblés au delà de leurs espérances (comme par exemple économiquement avec les GOPEs et les traités commerciaux léonins en préparation, ou sociétalement de l'interdiction de la fessée, en passant par "l'open society" multiculti qui ouvre la porte à un grand marché de serfs interchangeables et corvéables à merci).

Les Playmobils bien coiffés qui officient sur le devant de la scène sont donc suffisants pour sidérer le chaland le temps d'une élection, en charge d'appliquer la feuille de route.

L'obsolescence est d'ailleurs bien programmée, un autre nouvel impétrant étant fourni pour la suite immédiatement, le modèle pour le moment est celui du gendre idéal enrubanné dans un humanisme de pacotille, l'agitation et les dents blanches, il n'y a guère qu'à l'est où pour l'instant on a pas encore trouvé d'équivalent, mais on s'y attelle doctement.
a écrit le 04/03/2018 à 10:58 :
L' Italie dans l' Ue est sous hégémon us comme le reste de la bande depuis la partage historique de Yalta où Staline et Roosevel -et eux seuls- découpaient l'Allemagne, alors que l'Europe et l'Asie ne comptaient plus et pendant que de Gaulle évincé de Yalta, Churchill s'y battait le dos au mur.

ASSELINEAU responsable en tête de l' UPR fait dans cette brillante vidéo la démonstration "de qui dirige vraiment la France et l' Europe" et quels moyens et subterfuges politico-médiatiques sont utilisés pour que le gros des peuples ne s' en aperçoive pas ...
ITALEXIT, vite ...

https://www.youtube.com/watch?v=Bb8dB7d3BdE
a écrit le 04/03/2018 à 10:50 :
Au lieu de chercher ce qui les différencies, regarder plutôt ce qui les rapproche; c'est l'européisme et sa soumission a cet administration qu'est l'UE de Bruxelles!
a écrit le 04/03/2018 à 10:46 :
Rien ne va changer, ils sont tous "européistes" et le programme a appliquer est celui de Bruxelles!
a écrit le 03/03/2018 à 18:38 :
Le cercle vicieux de l'austérité mal ciblée.
a écrit le 03/03/2018 à 8:13 :
L'Italie et la Grèce ont appliqué les conseils de Bruxelles: austérité et flexibilité du marché du travail. Sans aucun résultat.
Le Portugal a lui fait le choix inverse: dépenses dans la formation et défiscalisation des investissements des entreprises, soutien au pouvoir d’achat... Le pays a retrouvé la croissance et a divisé son taux de chômage par deux
Réponse de le 03/03/2018 à 13:55 :
Et le Portugal bénéfice de l' apport exogène des retraités qui viennent s' installer à conditions préférentielles et participent activement à rétablir l' assiette financière du pays ..

De plus c' est un pays magnifique avec des gens magnifiques qui aiment les français, pour ceux qui hésitent encore!
Réponse de le 03/03/2018 à 18:40 :
Il ne faut pas y aller comme dans un pays conquis. A part ça, c"est vrai : on y sent cette relative francophilie et la ville de Porto et sa Ribeira, top !!!
a écrit le 02/03/2018 à 17:38 :
" le taux de chômage a quant à lui légèrement augmenté pour atteindre 11,1% malgré une plus grande flexibilité sur le marché du travail".

Eux aussi, ils ont eu leur Penicaud et la droit travail, cela donne une idée de ce qui nous attends. .
a écrit le 02/03/2018 à 16:39 :
"démographie peu dynamique" : c'est peu dire. la fécondité est autour de 1,3 depuis une trentaine d'années (Banque Mondiale). solde naturel négatif de 142 000 en 2016 (négatif de 150 000 en Allemagne), pas compensé par un solde migratoire positif de 65 000 (Eurostat).
malgré la faible démographie depuis longtemps, le taux de chômage des jeunes est de 31% (ISTAT, institut statistique italien).
a écrit le 02/03/2018 à 15:48 :
Si le fait que Berlusconi revienne au pouvoir n'est pas la preuve flagrante de la décadence nauséabonde de notre UE que l'on me prouve le contraire.

Le gars qui est parti sous les huées des italiens. Un bon candidat pour notre oligarchie européenne donc.

Au secours et vite un frexit parce qu'avec l'extrême droite en italie celle ci risque bien de devenir majoritaire en UE.

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