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ÉconomieUnion européenne

En Italie, l'économie reste fragile à la veille des élections

Photo de Grégoire Normand

Grégoire Normand

Publié le 02 mars 2018 à 14:35 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:15

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À l'approche des élections législatives, les indicateurs économiques montrent des signes d'embellie après plusieurs années de récession. Malgré une conjoncture plus favorable, l'Italie souffre encore d'un chômage bien supérieur à celui de la zone euro. Le pays est également marqué par une précarité galopante et un accroissement des inégalités.

L'économie italienne va mieux. Les derniers indicateurs publiés, jeudi 1er mars, illustrent une récente amélioration de la conjoncture économique dans la péninsule. Malgré ces bons résultats, l'issue du scrutin pour les élections législatives demeure très incertaine dans un pays encore marqué par la crise de 2008 et la sévère récession de 2012 et 2013.

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Silvio Berlusconi, chef de file de Forza Italia, entouré de la meneuse de Fratelli d'Italia  Giorgia Meloni et du dirigeant de la Ligue du Nord Mateo Salvini pendant une réunion à Rome le premier mars. Crédits : Alessandro Bianchi.

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Une croissance record depuis 2010

L'économie italienne a enregistré une croissance de 1,5% en 2017, sa meilleure performance depuis 2010. D'après les derniers chiffres de l'institut de statistiques italien Istat, ce rebond intervient après plusieurs années de croissance atone. Après deux années de récession, l'Italie a renoué en 2014 avec la croissance, avec un petit 0,1%. Son PIB a ensuite progressé de 1% en 2015, puis de 0,9% en 2016 sans retrouver des niveaux d'avant crise autour de 2%.

Et si ces derniers indicateurs illustrent une accélération de l'activité, la péninsule reste loin derrière les 2,5% recensés dans la zone euro l'année dernière. Selon, des estimations de la Commission européenne, elle figure même à la fin du classement pour 2017 mais aussi pour 2016. La crise des dettes souveraines en Italie et la multiplication des mesures d'austérité menées, entre autres, par le gouvernement d'union nationale dirigé par Mario Monti, ont fortement contribué à ralentir l'activité au début des années 2010, plongeant l'économie italienne dans une grave récession. La faible productivité est également un facteur régulièrement évoqué par les économistes pour expliquer ces faibles niveaux d'activité.

En ce qui concerne les entreprises, plusieurs mesures en faveur des investissements des entreprises (suramortissement des investissements) ou pour soutenir les exportations ont été prises par le gouvernement pour doper l'économie en 2018. Mais les projections de la Commission européenne n'annoncent pas un rebond de l'activité pour 2018 et 2019 (1,5% et 1,2%).

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Un déficit en baisse

Dans le même temps, l'institut de statistiques a également livré des chiffres favorables pour le déficit public de l'Italie qui a nettement reculé en 2017 pour atteindre 1,9% contre 2,5%. Ce résultat est meilleur qu'attendu par le gouvernement et la Commission européenne, qui tablaient sur 2,1% en 2017, et le Fonds monétaire international (FMI), qui pronostiquait 2,2%.

Si la situation des comptes publics semblent s'améliorer régulièrement depuis 2014, le ratio de dette publique/PIB a atteint 131,5% contre 132% en 2016 et 131,5% en 2015. Ce ratio est le second plus important de la zone euro derrière la Grèce. Le gouvernement tablait sur 131,6%, la Commission sur 132,1% et le FMI sur 133% rapporte l'AFP.

Un chômage historiquement élevé

La troisième économie de la zone euro très durement touchée par la crise économique de 2008 n'a retrouvé la croissance qu'à partir de 2014. Si le gouvernement a pu se féliciter d'un taux d'emploi en hausse par rapport à décembre à 58,1%, le taux de chômage a quant à lui légèrement augmenté pour atteindre 11,1% malgré une plus grande flexibilité sur le marché du travail. De leur côté, les jeunes restent très clairement frappés par un chômage de masse avec un taux qui s'élève à 31,5% même s'il est en légère baisse.

À titre de comparaison, le chômage en zone euro, qui s'est élevé à 8,6% en janvier dernier, recule régulièrement depuis 2013. L'Italie affiche le troisième taux de chômage le plus élevé de l'Union européenne derrière la Grèce et l'Espagne. La péninsule a connu ainsi une forte variation à la hausse de son chômage sur la période 2007/2017 malgré la mise en place de la réforme du Job acts en 2014. Cette mesure tant défendue par l'ancien Président du conseil Matteo Renzi ne semble pas avoir tenu ses promesses, même si elle a inspiré d'autres gouvernements européens comme celui de Manuel Valls au moment de la loi Travail. Les créations d'emplois promises par une plus grande flexibilité du marché du travail n'ont pas permis d'endiguer la montée du chômage.

Une précarité et des inégalités accrues

Outre les problèmes de chômage, l'Italie est confrontée à une précarité accrue. Selon des estimations de l'Istat du mois de décembre dernier, la part de la population exposée à des risques de pauvreté ou d'exclusion sociale a atteint 30% en 2016 contre 28,7% en 2015. La zone la plus concernée est le Mezzogiorno au sud de l'Italie avec de taux de 46,9% en risque de pauvreté ou d'exclusion sociale. L'organisme de statistiques souligne à ce titre que le pays est loin de remplir l'objectif de la stratégie européenne de 2020 qui vise à baisser le nombre de pauvres d'environ 2,2 millions de personnes de personnes par rapport à 2008. "La population en situation de risque de pauvreté ou d'exclusion sociale étant au contraire, en 2016, supérieure de 5,25 millions de personnes à cet objectif" souligne une note du service économique de l'ambassade de France en Italie. À titre de comparaison, le taux moyen de risque de pauvreté ou d'exclusion sociale dans l'Union européenne s'élève à 23,5%.

Du côté des inégalités, le constat est alarmant. D'après un rapport de l'OCDE publié fin 2016, l'indice de Gini (*) a augmenté sur la période 2007/2014 passant de 0,313 à 0,331. Et cette variation place l'Italie parmi les mauvais élèves de l'Europe.

"L'une des spécificités du pays, c'est qu'un petit nombre d'Italiens gagnent beaucoup d'argent tandis que beaucoup ne tirent qu'une faible rémunération de leur travail", explique  Pier Giorgio Ardeni, professeur d'économie politique à l'Université de Bologne interrogée par l'AFP.

Une démographie peu dynamique

Aux problèmes de pauvreté s'ajoutent une démographie en berne et un taux de fécondité relativement faible. Au 1er janvier dernier, l'Italien comptait 60,4 millions d'habitants en baisse par rapport à l'année précédente. En parallèle, le vieillissement démographique se poursuit. L'âge moyen de la population italienne a atteint 45,2 ans au premier janvier 2018 contre 44,9 ans en 2017 et le nombre d'enfants par femme (1,34) demeure bien insuffisant pour assurer un dynamisme démographique qui peut avoir des conséquences sur la population active et le marché du travail. Et même si le solde migratoire est largement positif, il ne devrait pas suffire à compenser ce déclin. Dans une étude de l'Insee datée de juin 2017, les économistes expliquent que le facteur démographique explique 0,2 point d'écart de croissance chaque année en moyenne entre la France et l'Italie depuis le début des années 2000.

Inquiétudes de l'UE

Face aux doutes qui subsistent sur l'issue du scrutin, quelques membres de la Commission européenne s'inquiètent des risques de paralysie au lendemain des élections générales. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a résumé le sentiment général:

"Je voudrais que l'Italie, après le 4 mars, puisse disposer d'un gouvernement qui gouverne"grâce à un soutien parlementaire.

Du côté de la France, le scrutin devrait être également très surveillé par le gouvernement. Matteo Renzi avait à plusieurs reprises affiché son soutien au candidat Macron pendant la campagne présidentielle de 2017. Mais le parti démocrate italien est loin de connaître le même sort que les candidats de la République en Marche aux législatives de juin 2017.

> Lire aussi l'interview de Marc Lazar, directeur du Centre d'histoire de Sciences Po et président de la School of government de l'Université LUISS à Rome, sur les enjeux de ce scrutin : Italie : "Les populismes prospèrent sur la crise de défiance envers la politique"

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(*) L'indice (ou coefficient) de Gini est un indicateur synthétique d'inégalités de salaires (de revenus, de niveaux de vie...). Il varie entre 0 et 1. Il est égal à 0 dans une situation d'égalité parfaite où tous les salaires, les revenus, les niveaux de vie... seraient égaux. A l'autre extrême, il est égal à 1 dans une situation la plus inégalitaire possible.

Grégoire Normand

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