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ÉconomieUnion européenne

Espagne : va-t-on vers un déblocage de la situation politique ?

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 01 avril 2016 à 09:30 - Mis à jour le 01 avril 2016 à 09:50

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Pablo Iglesias, leader de Podemos, se montre ouvert à une coalition avec les Socialistes, même s'il ne fait pas partie du futur gouvernement. Un changement d'attitude qui ne change rien sur le fond.

La situation politique espagnole serait-elle sur le point de se débloquer ? La rencontre entre le leader de Podemos, Pablo Iglesias, et celui du parti socialiste, le PSOE, Pedro Sánchez, mercredi 30 mars, semble certes avoir rouvert une voie. La rencontre a été marquée par la bonne volonté. Cette cordialité a été clairement mise en scène, notamment avec ce « cadeau » de Pablo Iglesias à son interlocuteur, une histoire du basket-ball espagnol, dont il a publié la dédicace très amicale sur twitter. La discussion aurait aussi tourné sur les goûts littéraires des deux hommes.

Un changement d'attitude ?

Politiquement, les deux leaders ont clairement insisté sur ce qui unit les deux partis plus que sur ce qui les divise. Pedro Sánchez a ainsi mis en avant la « volonté de rechercher un gouvernement de changement », sans le Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy, et le refus de nouvelles élections, qui deviendront inévitables le 2 mai prochain en l'absence de gouvernement institué par le Congrès des députés. « La nouvelle du jour, c'est que Podemos a accepté de négocier avec le PSOE et Ciudadanos [parti de centre-droit qui a passé un accord avec les Socialistes, ndlr] », a conclu Pedro Sánchez. Et, pour enfoncer le clou, Pablo Iglesias, a fait un geste hautement symbolique : s'il demande toujours une participation de Podemos au gouvernement, il renonce, pour lui-même à la vice-présidence du gouvernement qu'il avait exigée en janvier pour « ne pas être un obstacle » à un accord.

Deux logiques différentes

Se dirige-t-on alors vers une majorité tripartite entre Podemos, Ciudadanos et le PSOE pour rejeter le PP dans l'opposition ? Rien n'est moins sûr. Car derrière les sourires, les logiques politiques de Podemos et du PSOE restent extrêmement différentes. Pedro Sánchez demeure en effet dans une logique de « grande coalition » où le cœur de l'alliance se situe autour du pacte Ciudadanos-PSOE. Il l'a redit dès mercredi : « il faut respecter le pacte avec Ciudadanos. » Or, ce pacte est naturellement très modéré dans son contenu, notamment sur le plan économique. La logique de Podemos est très différente : c'est, comme l'a rappelé Pablo Iglesias, celle d'une coalition « à la valencienne », s'inspirant de la majorité construite dans la Communauté valencienne cet été autour de Podemos, de son allié régionaliste et du PSOE. Dans une interview au site eldiario.es, le numéro deux du parti de gauche, Íñigo Errejon a indiqué qu'il n'envisageait pas de coalition formelle avec Ciudadanos, mais un appui « actif » ou « passif » à une coalition « à la valencienne », soit par un vote en sa faveur, soit pas l'abstention.

Refus de Ciudadanos

Pour faire simple, Podemos voudrait que Ciudadanos accepte les conditions de son alliance avec le PSOE, le PSOE voudrait que Podemos accepte les conditions de son alliance avec Ciudadanos. Le malentendu est complet et résume en réalité la persistance du blocage. D'autant que Ciudadanos n'a évidemment pas l'intention de servir d'apport majoritaire à une alliance de gauche. Son président, Albert Rivera, l'a clairement fait savoir dans une interview à la radio Onda Cero: l'alliance avec Podemos, a-t-il dit, n'est possible que si ce parti renonce à ce qui « fait son essence. » Albert Rivera ne veut ainsi pas négocier sur son refus de référendum d'autodétermination en Galice, en Catalogne et au Pays Basque, ni sur la réduction des dépenses publiques. Une attitude que Pablo Iglesias a jugé « agressive » et « maximaliste. » Et de conclure : si Ciudadanos reste dans la même solution, il y aura de nouvelles élections.

La question du référendum catalan

En réalité, ce scénario d'un nouveau scrutin reste le plus probable. Le seul lien entre les trois partenaires potentiels d'une majorité nouvelle est le refus formel de ces nouvelles élections, mais il n'est pas suffisant. Podemos ne peut réellement renoncer à l'option du référendum. Le leader catalan de la coalition dirigée par Podemos, En Comú Podem, Xavier Domènech, l'a rappelé à la télévision catalane TV3 ce vendredi 1er avril : « la condition sine qua non de la participation au gouvernement espagnol est le droit à décider, donc le référendum. » En Comú Podem est arrivé en tête en Catalogne le 20 décembre et dispose de 12 sièges sur les 69 de Podemos au Congrès. Difficile pour Pablo Iglesias d'ignorer leurs demandes. Or ces demandes sont inadmissibles pour Ciudadanos, parti le plus centralisateur d'Espagne.

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L'écueil de la politique budgétaire

Même constat sur les dépenses publiques. Contrairement à ce que beaucoup prétendent, le gouvernement de Mariano Rajoy a laissé les finances publiques espagnoles dans une situation délicate. Jeudi 31 mars, on a appris que le déficit public espagnol pour 2015 était plus élevé que prévu à 5,16 % du PIB. Or, Bruxelles exige toujours un déficit de 2,8 % du PIB, soit une baisse du déficit de 23,6 milliards d'euros : autant qu'en 2012, au plus fort de l'austérité. Le PSOE et Ciudadanos entendent maintenir ce cap, Podemos s'y refuse. C'est là aussi une division assez radicale.

« Blame game »

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Au final, donc, rien n'a réellement changé. Les partis semblent en réalité moins vouloir construire une majorité impossible que de mener un « blame game », un jeu consistant à vouloir faire porter la responsabilité de l'échec aux autres partis. C'est ce qui explique le comportement nouveau de Podemos qui avait beaucoup été sanctionné dans les sondages par son refus d'une alliance avec le PSOE. Désormais, Pablo Iglesias martèle qu'il « existe une opportunité » de former un gouvernement grâce à sa bonne volonté. Il s'agit de saper l'image positive acquise par Ciudadanos après son pacte avec le PSOE qui était apparu « constructif » par beaucoup. Mais nul ne semble réellement croire que l'on pourra éviter un nouveau scrutin. Lequel ne devrait pas changer grand-chose.

Romaric Godin

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