Alors que la crise sociale des gilets jaunes, provoquée il y a trois ans par la perspective d'une hausse du prix du carburant, reste latente dans la société française, la plaie pourrait bien se rouvrir très prochainement : d'ici à quelques années, les ménages devront peut-être payer beaucoup plus cher qu'aujourd'hui le plein de leur voiture ou le chauffage de leur habitation. Et cette fois, la mesure ne viendrait pas de l'Etat, mais de l'Union européenne.
Car ce 14 juillet, si les célébrations de la fête nationale devraient capter l'attention dans l'Hexagone, le Vieux continent empruntera un tournant historique dans sa politique climatique. Après les paroles, la Commission passera aux actes, et présentera une batterie d'outils afin d'atteindre l'objectif ambitieux fixé par les Vingt-Sept de baisser de 55% les émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030 par rapport à 1990. Un bouquet législatif inédit composé de pas moins de douze textes, le « fit for 55 », (adapté au 55, ndlr), qui devrait permettre d'amorcer des transformations profondes dans tous les domaines, de l'industrie à l'énergie, en passant par l'automobile et les bâtiments.
Jusqu'à amorcer une bombe sociale à retardement ? Aux fondations de cet édifice, une mesure suscite en effet de fortes inquiétudes : la volonté d'élargir le marché du carbone européen d'échange de « permis à polluer » (ETS) à deux nouveaux secteurs clé : le carburant et le chauffage. Car si ce système de troc de quotas entre industriels, créé en 2005, commence à porter ses fruits - le prix du carbone a bondi ces derniers mois, jusqu'à dépasser aujourd'hui les 50 euros la tonne -, sa portée reste limitée : 40% seulement des émissions européennes de CO2 sont aujourd'hui couvertes (électricité, sidérurgistes, cimentiers ou encore l'aviation commerciale pour les vols intra-européens).