François Hollande à la Banque de France !

 |   |  1355  mots
François Villeroy de Galhau, un double de François Hollande ?
François Villeroy de Galhau, un double de François Hollande ? (Crédits : REUTERS/Gonzalo Fuentes)
François Villeroy de Galhau, qui devrait diriger la Banque de France, semble être le double de François Hollande. Ses convictions européennes et économiques sont très proches de ceux de l'hôte de l'Elysée.

François Hollande a donc choisi François Villeroy de Galhau pour succéder à Christian Noyer à la tête de la Banque de France. Certes, le parlement doit encore valider ce choix. Mais dans la France de 2015, le pouvoir législatif ne saurait s'opposer à une décision de son prince élu. D'autant que ce choix était prévu de longue date puisque le futur gouverneur avait quitté BNP Paribas en début d'année pour rédiger un rapport sur l'investissement afin de le "blanchir" de ses liens avec le secteur bancaire. Un tel choix, si bien préparé, ne peut se comprendre que par la proximité intellectuelle profonde avec le François Hollande de la deuxième partie du quinquennat.

Un gouverneur « normal » ?

D'abord, parce que le futur gouverneur cultive, comme le président de la République, un goût certain pour la modestie. Dans son ouvrage publié l'an passé et intitulé L'Espérance d'un Européen* - qui apparaît aujourd'hui comme un programme de candidat à la direction de la Banque - François Villeroy de Galhau ne cesse de jouer de cette coquetterie. « Je n'ai aucune légitimité à donner des leçons », souligne-t-il dans l'introduction. Tout le livre est parcouru par cette volonté de parler de « l'Europe d'en bas », même s'il peine parfois à convaincre. Mais il y a là comme une volonté de paraître comme un « gouverneur normal » sous les ors de l'Hôtel de Toulouse comme François Hollande a voulu être un « président normal » sous ceux de l'Elysée.

Un patricien de la République

Cette normalité, là aussi comme dans le cas du locataire de l'Elysée, a cependant des limites. Le choix de François Villeroy de Galhau est aussi un choix de la fidélité à une tradition française auquel le président est fort attaché : celui de la confiance dans les formations traditionnelles des élites républicaines. Certes - et c'est une petite révolution - François Villeroy de Galhau sera le premier gouverneur de la Banque à ne pas avoir été directeur du Trésor depuis... 1984. Mais, issu d'une famille d'industriels (la fameuse porcelaine « Villeroy et Boch »), il a suivi le cursus honorum des patriciens de la République : Polytechnique, ENA, Inspection des Finances. Et s'il n'a pas dirigé le Trésor, il y a longuement travaillé avant de diriger la « boutique d'en face », la direction générale des impôts de 2000 à 2003. Cette formation est évidemment rassurante pour l'Elysée. Elle permet une compréhension mutuelle parfaite.

Un capitalisme tempéré par le christianisme

Du reste, le nouveau gouverneur de la banque de France partage avec François Hollande l'essentiel de sa pensée économique. François Villeroy de Galhau développe dans l'ouvrage déjà cité l'espoir d'un capitalisme tempéré par l'éthique chrétienne. « Il peut y avoir des banquiers responsables », affirme l'ancien cadre dirigeant de BNP Paribas après avoir affirmé qu'il croyait dans la « finance durable. » Celui qui a été chargé de l'Europe au cabinet de Pierre Bérégovoy à Bercy de 1990 à 1993 avant de diriger ceux de Dominique Strauss-Kahn et de Christian Sautter de 1997 à 2000, est un représentant de cette « gauche modernisée » pour laquelle François Hollande plaidait encore lors de sa conférence de presse du 9 septembre. Son livre est, du reste, malgré sa modestie affichée, un plaidoyer pro domo pour le secteur bancaire français qui aurait rejeté les horreurs de la spéculation et serait « resté fidèle à sa responsabilité économique. »

La traduction de l'abandon du Bourget

C'est évidemment un tableau un peu réducteur, mais qui correspond parfaitement à l'orientation du président de la République qui, en renonçant à mettre en danger en 2012 le modèle de banque universelle par une séparation des activités, a renoncé aux promesses de son discours du Bourget. L'Élysée a alors préféré préserver les banques que les contraindre à changer. Le pouvoir exécutif a accepté l'idée de cette « responsabilité » des banquiers que l'histoire récente permet de mettre en doute. Cette nomination est donc la traduction dans les marbres de la Banque de France de la politique menée par le président François Hollande.

Une politique qui oublie sans doute un peu vite l'origine de la crise de 2007-2008 dont nous ne sommes pas encore sortis. Il n'est pas inutile, à ce titre, de rappeler que, dirigeant de BNP Paribas de 2003 à 2015, le nouveau gouverneur de la Banque de France est un de ceux qui a participé, nolens volens, à la financiarisation de l'économie qui a conduit à cette déflagration. Certes, François Villeroy de Galhau ne cesse dans son ouvrage de pratiquer l'autoflagellation et fustige des « excès. » Mais il ne répond pas à une question essentielle : qu'a fait, à l'époque de ces excès, le banquier « éthique » ? En quoi sa « responsabilité » et sa « morale » ont permis d'éviter l'effondrement ? Ces questions sont essentielles parce qu'elles permettent seules de savoir si l'aveuglement des premières années du siècle peut être, à l'avenir, évité par une simple posture éthique. C'est, en tout cas, le choix qu'a fait l'Élysée. Beaucoup en douteront.

Éloge des réformes allemandes

Mais le point essentiel qui explique cette nomination, c'est la vision de l'Europe du futur patron de la Banque de France. Français de Sarre, François Villeroy de Galhau partage cette fascination des élites françaises pour la capacité réformatrice de l'Allemagne . S'il en souligne quelques désavantages (« l'Allemagne a fait explicitement le choix d'accepter les salariés pauvres pour avoir moins de chômeurs »), il s'empresse de les effacer rapidement (« il y a aussi une France pauvre » !). La vision du futur gouverneur est donc des plus classiques : la France est un pays en déclin face à une Allemagne qui a profité de ses « réformes. » Peter Hartz est son héros et il est un fervent partisan de la « politique de réformes structurelles » pour la France sur le marché du travail ou les dépenses publiques. Là encore, la proximité avec François Hollande est frappante.

Partisan d'un « Eurodeal »

Car cette fascination s'accompagne également d'une authentique critique de la position allemande. François Villeroy de Galhau sait que la logique allemande menace la cohésion européenne. Sans doute est-il plus sensible que son prédécesseur à ce risque et Mario Draghi, qui a longtemps bataillé avec Jens Weidmann, le patron de la Bundesbank, ne s'en plaindra pas. Mais cette critique est limitée. François Villeroy de Galhau est partisan de ce qu'il appelle dans son livre un « Eurodeal », qui, en réalité, est le cœur de la pensée européenne de François Hollande depuis 2012 : si la France et l'Italie se « réforment », l'Allemagne acceptera la « solidarité. » Sans être un « faucon », donc, le nouveau gouverneur de la Banque de France ne sera pas de ceux qui s'opposeront frontalement à Berlin.

Optimiste

François Villeroy de Galhau est donc l'homme de la politique actuelle de Mario Draghi, celle qui a certes imposé à l'Allemagne un assouplissement quantitatif sans avoir pu imposer le volet budgétaire du programme définie en 2014 à Jackson Hole. Le nouveau gouverneur de la Banque de France est pourtant optimiste. Il assure dans son livre que l'Allemagne change, par l'augmentation des salaires et la compréhension de la nécessité une « politique économique et monétaire active, d'une politique agricole et d'une politique culturelle », compréhension que l'Allemagne aurait appris de « nous. »

Quelle place dans le conseil des gouverneurs de la BCE ?

Rien n'est moins sûr alors que la déflation salariale allemande a creusé les écarts, que le productivisme de l'agriculture allemande a détruit la politique commune et que la crise grecque a montré que la solidarité (limitée) devait se payer au prix fort. Il n'est donc pas certain que François Villeroy de Galhau change le rapport de force à la BCE. A l'image de François Hollande au conseil européen, il devrait rester prudemment dans le camp de la majorité.

*François Villeroy de Galhau, L'Espérance d'un Européen, Odile Jacob, 2014, 22,90 €

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 12/09/2015 à 18:47 :
"François Villeroy de Galhau, qui devrait diriger la Banque de France, semble être le double de François Hollande. Ses convictions européennes et économiques sont très proches de >>>CELLES<<< de l'hôte de l'Elysée."
a écrit le 10/09/2015 à 18:43 :
François Villeroy de Galhau serait le double de Hollande ! je ne peux être d'accord. Pour l'avoir vu fonctionner d'assez près pendant les années 1998 _2000, et vu la suite, je ne crois pas du tout que Hollande ait les compétences et l'esprit de décision de l'ancien directeur de cabinet d'un ministre des finances. Hollande serait plutôt le logarithme de Villeroy de Galhau
a écrit le 10/09/2015 à 13:14 :
Dépéchez vous on brade tout doit disparaitre.. une calamité ce président soi disant socialo
a écrit le 10/09/2015 à 12:50 :
quel ete la fonction a la bnp du pretendant a la banque de France
qui ont manipule les donnes et ouverts des penalites us
a écrit le 10/09/2015 à 6:44 :
Tiens ..... Je croyais que Hollande ne connaissait personne dans le monde de la finance invisible ?????
a écrit le 10/09/2015 à 6:14 :
Merci pour cette orientation et analyse, quand d autres se sont contentés d annoncer le " parachutage" d un ancien du cabinet de DSK" ..
a écrit le 09/09/2015 à 20:17 :
Il est de plus en plus loin l'ennemi de la finance. Pour qui un homme avec ce CV et son réseau va-t-il travailler? Ils tourne nt tous en ronds dans ce type de poste pour reproduire à chaque fois les mêmes erreurs.
Réponse de le 10/09/2015 à 11:43 :
Travailler n'est pas fait seulement pour gagner de l'argent ! On travaille pour ètre utile, c'est le cas ici ! Il a de l'expérience à mettre à profit pour son pays !
a écrit le 09/09/2015 à 17:56 :
La pensée de FH n'a jamais été socialiste, c'est un digne successeur de J. Delors qui est un démocrate-chrétien.. FM avait aussi les mêmes idées mais pour gagner une élection, il faut tenir un langage de "gôche", l'exercice du pouvoir au niveau économique se fait au centre-droit.
FVG a été choisi car il partage cette philosophie. Cette philosophie correspond a celle partagée par une très large partie de la France, un libéralisme pur et dur ne pourra pas être accepté par le peuple français.
a écrit le 09/09/2015 à 17:35 :
personnellement je méfie maintenant des gens qui se disent normaux! et j'aurai une préférence pour les anormaux talentueux!
a écrit le 09/09/2015 à 16:08 :
Encore une opinion et pas du journalisme, lassant
Réponse de le 09/09/2015 à 17:39 :
Si, pour vous, le journalisme, c'est recopier les dépêches AFP sans faire d'analyses personnelles, on peut rien pour vous. Tout le monde ici connaît la grille d'analyse de Romaric Godin. Et tout le monde est libre de la partager ou pas...
Réponse de le 09/09/2015 à 18:04 :
Et bien non, tout le monde ne connait pas la "grille d'analyse" de ce monsieur, il se peut que la Tribune ait également des lecteurs "ponctuels" ou non exclusifs (je vous le souhaite d'ailleurs) et non, le journalisme ne se réduit pas au raccourci que vous énoncez à mon sens bien au contraire. Cependant, l'honnêteté d'un journal me semble bien d'expliciter clairement cette fameuse "grille" et/ou le CV de ses auteurs et/ou de publier (avec la même exposition j'entends) des points de vue différents car il s'agit bien d'un point de vue à mon sens et non d'une analyse objective comme pour les innombrables articles concernant le sujet grec d'ailleurs... qui m'ont grandement lassé (bien que partageant lesdites opinions). C'est mon opinion. ps. Quant au titre racoleur, c'est proprement ridicule.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :