Grèce : Alexis Tsipras lance un premier train de réformes

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Le Parlement grec devra voter le premier train de réformes samedi
Le Parlement grec devra voter le premier train de réformes samedi (Crédits : © Yiannis Kourtoglou / Reuters)
Les députés grecs devront voter samedi les premières mesures demandées par les créanciers. La stratégie du "bon élève" demeure.

Alexis Tsipras avait promis aux créanciers de la Grèce d'aller vite. Il a tenu parole. Vendredi 16 octobre, les députés grecs débattront du projet de loi unique intégrant les « actions préalables » au versement des fonds du Mécanisme européen de stabilité dont le pays a besoin en octobre, soit 2 milliards d'euros. Le vote est prévu samedi.

Hausse des taxes, surtout de la TVA

Cette loi collective regroupe de nombreuses mesures, en tout évaluées par le gouvernement grec à 4 milliards d'euros. Elle inclut la ratification de l'accord passé avec les créanciers le 13 juillet dernier et qui va déterminer l'ensemble de la politique économique du pays pour les trois prochaines années. On y trouve surtout des éléments de taxations. Certaines mesures sont conformes à l'ambition de Syriza de « mieux partager » le fardeau budgétaire comme l'augmentation du taux d'imposition des bénéfices de 26 % à 29 %, celui de la taxe sur le luxe de 5 % à 13 %, le rétablissement de la taxe sur la publicité télévisée, le relèvement de la taxe de solidarité et la contribution exceptionnelle des revenus de plus de 500.000 euros. Mais le gros du fardeau continuera à porter sur la modification de la répartition des taux de la TVA qui doit rapporter pas moins de 2,4 milliards d'euros en tout, dont 795 millions sur la seule année 2015.

La réforme des retraites lancée

L'autre grand élément de ce texte, c'est la première étape de la réforme des retraites, avec le report d'ici à 2022 de l'âge légal de départ à la retraite de 65 à 67 ans, la disparition prévue à la même date des retraites anticipées, le relèvement de 4 % à 6 % des cotisations maladies pour les retraites et l'introduction d'une cotisation de 6 % sur les retraites complémentaires. Ces annonces sont déjà fort douloureuses pour les retraités grecs, mais il ne s'agit que d'une première étape. Le gouvernement doit assurer des économies de 1 % du PIB par an, soit 1,8 milliard d'euros sur le système de retraite pour les prochaines années. Un comité doit déterminer des pistes et les soumettre ce jeudi au ministère du travail. Selon le quotidien grec To Vima, ce comité préconise de réduire les frais de fonctionnement et d'unifier les onze régimes existants. Il demande également des coupes plus modérées dans les retraites, alors que le gouvernement envisagerait de fortes baisses pour les retraites de plus de 1.000 euros. Le choix devra être fait dans les jours qui viennent, mais il sera impossible d'éviter de nouvelles baisses de retraites.

Quelques retouches

Le texte ne devrait pas poser de problème au gouvernement. La majorité parlementaire d'Alexis Tsipras est stable. Le premier ministre a cependant dû revenir sur une décision pour s'assurer de la fidélité de ses troupes. La taxation des revenus locatifs devait être relevée de 11 % à 15 % en dessous de 12.000 euros, et de 33 % à 35 % au-dessus. Le gouvernement y a finalement renoncé... pour l'instant. La mesure a été retirée du texte, mais elle devrait revenir dans le prochain paquet de réforme en novembre. C'est un premier signe de révolte très timide contre les créanciers. Il conviendra d'observer la réponse de ces derniers qui pourraient demander de réintroduire cette mesure ou immédiatement, ou lors du prochain « paquet » en novembre. Ce sera, en attendant, un test important pour un gouvernement qui, selon le ministre de l'Education Nikos Filis, cherche toujours à éviter le relèvement de 13 % à 23 % de la TVA sur l'enseignement privé par « des mesures alternatives. »

Obtenir la « compréhension » des créanciers

La stratégie d'Alexis Tsipras est cependant toujours la même. Du côté de l'opinion publique, affirmer que ces textes sont "mauvais", mais qu'il n'y a pas d'alternative et, du côté de la troïka, jouer parallèlement le « bon élève » pour obtenir ce qu'il est possible d'obtenir des créanciers. Son premier objectif est, évidemment, la négociation sur la dette qui aura lieu en novembre après la première revue de la troïka. Si l'idée d'une restructuration semble acquise, les conditions risquent d'être déterminées par d'autres considérations que les besoins grecs. Et Athènes veut être en position de force pour les négocier. Autre ambition : l'intégration de la Grèce dans le QE, le programme d'assouplissement quantitatif de la BCE pour réduire la récession qui s'annonce et dégager de nouvelles marges de manœuvre. Enfin, en cas de bonne surprise, Alexis Tsipras voudrait pouvoir utiliser à sa guise une partie de la « cagnotte » et il lui faudra pour cela une validation des créanciers.

Le mirage du plan européen de 35 milliards d'euros

Reste que la Grèce demeure à la merci de ses créanciers. La Commission européenne qui avait promis un « paquet exceptionnel » de 35 milliards d'euros pour la Grèce - en réalité des fonds bloqués pour raisons politiques - a annoncé le déblocage la semaine prochaine de... 800 millions d'euros. Alexis Tsipras avait beaucoup espéré de ce « plan » pour soutenir l'activité. Ce plan redevient ce qu'il n'a jamais cessé d'être : les fonds prévus pour la Grèce par le cadre budgétaire 2014-2020. Comme le plan Juncker, ce plan ne devrait guère être utile à la Grèce pour soutenir sa croissance.

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a écrit le 23/10/2015 à 0:11 :
Monter les taux de tva ne sert à rien si la tva n'est pas recouvrée : pire ! CE sont les rares qui paient la tva qui sont pénalisées !
Dernière solution pour sauver la Grèce :
- l'Europe financerait un terminal CB pour chaque commerce grec;
- les banques fourniraient des cartes type monéo, gratuitement, pour chaque grec ou touriste sans CB;
- les transactions en cash deviendraient purement et simplement INTERDITES : cartes pour les commerces, chèques entre particuliers,... et Basta !
Bilan :
- pour les particuliers : suppression des fraudes, entrainant une meilleure répartition de la charge fiscale, et disparition de fait des moyens de transaction nécessaires aux fraudes et à la corruption : le cash !
- pour les banques : le cout des cartes "moneo" gratuites largement compensé par les économies en transferts de fonds, sécurisation des banques, ...
- pour l'Europe : un cout de terminaux CB gratuits, compensé par les économies de fabrication des pièces et billets en euro,
- pour l'état grec : tous les échanges devenant contrôlables, la tva rentrerait enfin... et l'état pourra même alors demander à pouvoir rebaisser les taux de tva. Cela entrainant une hausse du pouvoir d'achat, relançant alors le cercle vertueux !!
Tout le monde étant gagnant, on étudié cette possibilité ??!
a écrit le 17/10/2015 à 14:57 :
" le relèvement de 13 % à 23 % de la TVA sur l'enseignement privé" : il ne s'agit pas d'un relèvement mais de la création d'une tva a 23%, aucune TVA ne s'appliquait jusqu’à présent aux cours et écoles privés.
a écrit le 17/10/2015 à 8:11 :
les mesures ONT ETE VOTES dans la nuit de Vendredi .
et comme l'a dit Tsipras à Meimarakis ( opposition ) :
" les mesures ne sont pas nouvelles ..."
ces mesures difficiles sont necessaires ..."
n'en deplaise aux opposants à la troika , les reformes vont quand meme se mettre en place ; la Grece va sortir de son immobilisme ; et bien sur il y aura possibilité de renegociation de la dette .
c'est quand meme la fin du : " demain on rase gratis " .
a écrit le 17/10/2015 à 6:54 :
@Jade 16/10/2015 11:09 :
Comme vous avez une si piètre opinion de votre pays et de ses représentants, on peut se demander pourquoi vous ne partez pas. Le monde est vaste et il y a libre circulation en Europe.
A propos de l'ENA, vous êtes-vous présenté au concours ?
Voici le sujet de culture générale du concours externe 2014.
"La Résistance est-elle un idéal du XXIe siècle ?" Vous avez 5 heures.
En 2014, il y a eu 43 admis pour 1066 inscrits.
Cordialement
Réponse de le 17/10/2015 à 8:24 :
je ne vois pas en quoi sortir de la " pensée unique " devrait entrainer quelqu'un à s'expatrier ...
de plus , en quelques lignes , vous passez de l'abandon ( de son pays ) à ...
la resistence comme idéal ...
effectivement , le concours de l'ENA est très difficile , mais sachez que des pays qui ne " beneficient " pas de ce " fleuron " et ne s'en portent pas plus mal .
avant de conseiller aux autres de partir , allez donc voir comment celà se passe ailleurs , au lieu de vous concentrer sur les franchouillardises de la pensée unique . un expat .
a écrit le 16/10/2015 à 13:32 :
A tout ceux qui colportent que le cadastre n'existe pas en Grèce :

J'ai été faire un tour au cadastre sur mon île, il y a deux semaines.
Résumé de la discussion :
Le cadastre moderne a été créé en 2004. Auparavant, il existait déjà des archives plus ou moins complètes pour le chef-lieu et les anciennes municipalités. Donc, il ne part pas de rien, loin de là !
Logé jusqu'en 2008 au sein de la mairie, il dispose depuis 7 ans de bureaux séparés, neufs et spatieux.
Où en est-on ? Les deux principales villes on été couvertes ainsi que leurs environs (anciennes municipalités). Cela représente plus de 50% de la population et environ 20% de la superficie (mais une grande partie de l'île est montagneuse et presque sans habitants).
La situation est à peu pres similaire dans la plupart des municipalités de province, tandis que les grandes agglomérations (Athènes, Pirée, Thessalonique) sont en phase plus avancées, voire presque complètes.
Normalement, le cadastre doit s'achever en 2020. Cependant, les crédits pour la dernière phase n'ont pas été encore alloués à cause des négociations avec les "institutions" et donc, il est fort probable que le délai ne soit pas respecté. On s'oriente donc vers la clôture du programme d'ici 2025.

Voilà, donc je prierais tous les intervenants qui me lisent d'utiliser dorsnavant la formule suivante :
Le cadastre grec couvre au moins la moitié de la population et devrait être complète d'ici 10 ans au plus tard.

Merci de relayer cette info.
Réponse de le 16/10/2015 à 15:15 :
@Lionel Gilles: un cadastre est en effet en train de se mettre en place, mais cela prendra probablement plusieurs décennies avant qu'il ne soit fiable. Le problème aussi, c'est "la maison pas finie" et donc pas au cadastre. Ceux qui sont venus en Grèce ont remarqué le nombre effarant de maisons avec des tiges de ferraille qui dépassent du béton, ou les étages non terminés. C'est cela "la maison non finie", qui ne les empêche quand même pas d'y vivre :-) Un couple australien me disait récemment que chez eux, on avait un maximum d'un an pour terminer la maison et qu'après, finie ou pas finie, on était imposé comme les autres :-)
Réponse de le 17/10/2015 à 8:00 :
reconnaissez quand meme que ce n'est pas si simple d'achetter de l'immobilier ( ou un terrain à construire ) en Grece ;
comme vous dites , dans votre ile , 50 % de la population est " couverte " , mais 20 % de la surface seulement ...
votre formule ne serait elle pas à revoir ? avant d'etre relayée ?
a écrit le 16/10/2015 à 11:09 :
Réformer en profondeur et structurellement, à tous niveaux, serait nécessaire aussi en France.

Unifier les nombreux régimes en France ne serait pas superflu, non plus.

Bref, la France aurait bien besoin d'un bon dépoussiérage, histoire d'être plus réactif, performant et constructif. Sauf que nos politiciens ne veulent pas lâcher leurs intérêts, avantages, lobbys, etc.

A se demander si l'intérêt de la France et des français les intéressent réellement et/ou avant tout. D'ailleurs, le métier (et non fonction temporaire) de politicien est bien spécifique à la France et freine toute évolution constructive puisque déconnecté des réalités de la "vraie" vie, des besoins, etc.

Finalement, la France est une machine a fabriquer des politiciens et des structures administratives à gogo avec tout ce que cela engendre . D'ailleurs, l'ENA est un vivier sans fin.

Bref, "pauvre" France !
a écrit le 16/10/2015 à 8:55 :
le pb des grecs c'est pas de mettre des impots en plus, c'est de rentrer les impots existants!!!!!!!!!!!!!
faut mettre un cadastre, mettre en place une administration fiscale, et RENTRER l'impot; ca sert a rien d'avoir du facial que personne ne paye!
Réponse de le 16/10/2015 à 12:02 :
@Churchill: tout à fait ce que je dis, même si Godin me censure ! Comme la plupart des transactions se font en cash, ils peuvent mettre la TVA à 50%, cela ne va pas changer grand chose :-) La Grèce a besoin d'ordre et de discipline avant toute chose !!! Un dictateur est ce qui pourrait leur arriver de mieux.
Réponse de le 16/10/2015 à 14:04 :
Joli mentalité PatrickB.
Dans l'histoire, on a vu ce que donnait l'arrivée de dictateur dans des pays en crise : au mieux une crise humanitaire dans ce pays, au pire une guerre mondiale. Voilà ce qui risque d'arriver lorsque que l'on place l'économie au dessus de l'Humain.
Réponse de le 16/10/2015 à 15:23 :
@robin81: "l'humain", c'est aussi porter sa charge sans abuser des autres parce que, tout simplement, la vie n'est facile pour personne. La démocratie c'est aussi respecter les autres sans jouer en permanence le rôle de profiteur. Quant au dictateur auquel tu fais reference, lis l'Histoire et tu verras que ce n'est pas la situation de l'Allemagne qui a conduit à la guerre, mais la folie meutrière du client en question qui, quelle qu'eut été la situation, aurait fait la même chose. La mégalomanie n'est pas l'apanage des pays pauvres :-)
Réponse de le 17/10/2015 à 8:39 :
comme vous dites ...; lisez donc les " polards " de Petros Markaris ...d'une part ils sont excellents , en plus avec beaucoup d'humour la situation ( en Grecque y est bien decrite .
a écrit le 16/10/2015 à 8:37 :
Marre de la Grèce
Réponse de le 16/10/2015 à 15:09 :
Marre de vous faire grassement entretenir par les courageux Grecs, vous voulez dire ??
a écrit le 16/10/2015 à 8:25 :
Grèce : Alexis Tsipras lance un premier train de réformes mais toujours avec le pistolet sur la tempe? ou, comme bon "collaborateur"?
Réponse de le 17/10/2015 à 8:27 :
devinez ?
en tous cas , avec154 oui sur les 300 deputés ..., donc majoritaire .
a écrit le 16/10/2015 à 8:18 :
Tiens donc ,le ton de l'article demontrerait il un changement de mentalité chez l'auteur de l'article ,si prompt auparavant à tirer à boulets rouges sur les créanciers de la Grece ! Tout est possible dans le journalisme ,meme les retournements de veste ........(allez la modération vous savez ou est le bouton clic pour supprimer un article ,ça serra pas la premiere fois !)
Réponse de le 17/10/2015 à 0:02 :
Ne vous donnez donc pas tant d'importance !
Réponse de le 17/10/2015 à 8:34 :
effectivement , il a " changé de cible " :
harro sur l'Allemagne ( qui va bientot s'effondrer , dixit Godin ) ...et plus recemment sur l'Espagne ou il vient de changer en passant de ses potes de Podemos à Ciudadanos qu'il voit dejà au pouvoir à Madrid ...!
notez qu'il y a quand meme une continuitée : le gauchisme .
a écrit le 16/10/2015 à 8:13 :
L'article aurait été plus intéressent si il nous avait dit de combien le solde budgetaire aurait été positif ,seule condition pour pouvoir commencer à rembourser ses dettes !Sans cela comment les créanciers peuvent ils etre interéssés à repreter aux grecs !
a écrit le 16/10/2015 à 0:34 :
On ne va pas pleurer que les créanciers s'assurent par un contrôle étroit que les réformes promises verront le jour. La créativité de maintes Grecs de s'emparer de l'argent des autres et le cirque fait par Syriza depuis sa prise de pouvoir ne s'oubliront pas aussi vite.
a écrit le 15/10/2015 à 20:12 :
Evidemment, avec la Grèce il faudra voir comment ces mesures sont appliquées sur le terrain, notamment les hausses d'une TVA massivement fraudée, mais elles vont dans la bonne direction et devraient participer fortement à la poursuite de l'amélioration de la situation grecque, donc à celle de la confiance et de la croissance.
Réponse de le 16/10/2015 à 0:00 :
n'importe quoi ! !
Réponse de le 16/10/2015 à 15:08 :
Magnifique argumenaion qui confirme le fait que, vous au moins, vous savez penser par vous-même. Quoique... Une fois tous les mensonges que l'on vous répète dans les medias français gentiment répétéls, il n'y a bien entendu plus personne. Faudait peut-être que les Grecs vous paient un cerveau, en plus de tout le reste ?

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