Grèce : les créanciers deviennent nerveux

Selon le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, l'UE serait tentée de prolonger le plan de sauvetage jusqu'à l'automne pour éviter un défaut. Le débat semble désormais se porter au sein du camp des créanciers.

4 mn

La Grèce pourrait faire défaut le 5 juin prochain
La Grèce pourrait faire défaut le 5 juin prochain (Crédits : reuters.com)

Certains créanciers de la Grèce commenceraient-ils à paniquer ? En tout cas, ils semblent chercher clairement à trouver une porte de sortie au blocage dans lequel leur propre intransigeance a conduit les discussions actuelles. Selon le quotidien munichois Süddeutsche Zeitung (SZ) de ce jeudi 21 mai, les créanciers européens envisageraient de renouveler « jusqu'à l'automne » le programme d'aide à la Grèce qui, rappelons-le, devait venir à échéance le 31 décembre 2014 et a déjà été prolongé deux fois, de deux, puis de quatre mois, jusqu'au 30 juin.

4 milliards d'euros pour cet été

Selon la SZ, cette prolongation est désormais considérée par « un fonctionnaire européen de haut rang » comme « la meilleure option. » Cette prolongation s'accompagnerait du versement de « près de 4 milliards d'euros » à Athènes (sur les 7,2 milliards d'euros encore disponibles) et permettrait d'engager des discussions pour un « troisième plan d'aide. » En compensation, Athènes devra réaliser « 5 milliards d'euros » d'économies, souligne le journal allemand. Mais en réalité, ces 5 milliards d'euros correspondraient aux mesures prévues par le « plan Juncker », révélé lundi 19 mai par le quotidien grec To Vima. Les deux principales mesures envisagées par ce plan étaient le maintien de l'impôt sur les résidences principales, l'Enfia, et une réforme de la TVA. Le premier point serait clairement une concession du gouvernement puisque Syriza avait promis de supprimer l'Enfia, le second est encore en discussion au niveau technique pour définir l'étendue de l'unification du taux de TVA (il y en a aujourd'hui trois).

Une victoire pour Syriza ?

En revanche, selon la SZ, les réformes du marché du travail et des pensions seraient remises à plus tard, officiellement à l'automne. Les créanciers seraient donc alors prêts à reconnaître leur impossibilité à franchir les « lignes rouges » tracées par le gouvernement grec et sur lequel ce dernier a clairement fait savoir qu'il ne bougerait pas. Ce serait donc une victoire pour Athènes que le gouvernement pourrait utiliser pour faire accepter le maintien de l'Enfia et la réforme de la TVA, notamment à l'aile gauche de Syriza qui est de plus en plus sceptique sur la stratégie menée par Alexis Tsipras. Preuve aura en effet été faite que la résistance grecque a permis de « faire plier » les créanciers. Quant à ces derniers, ils pourront toujours prétendre vouloir rouvrir le dossier à l'automne.

Division au sein du camp des créanciers

Ce plan évoqué par la SZ ressemble à s'y méprendre à celui publié lundi par To Vima. Comme lundi, des sources gouvernementales grecques affirment à La Tribune que les négociateurs grecs n'ont pas reçu de propositions de ce type de la part des créanciers. Autrement dit, il s'agit de propositions internes au camp des créanciers qui semblent de plus en plus divisé. Alors que, mercredi 20 mai, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble affirmait «ne pas pouvoir garantir qu'il n'y ait pas de défaut de la Grèce », certains semblent désormais s'alarmer de cette perspective. Or, Athènes augmente la pression. Par la voix d'un porte-parole de Syriza, mercredi, elle a fait savoir que, si le 5 juin, aucun accord n'était trouvé, la Grèce ne paiera pas l'échéance de 302 millions d'euros due au FMI. Une stratégie qui semble porter ses fruits puisque certains créanciers cherchent une porte de sortie.

Que fera Angela Merkel ?

Le débat se place donc désormais au sein du camp des créanciers entre ceux qui sont prêts à accepter les « lignes rouges » d'Alexis Tsipras pour éviter l'aventure du défaut et ceux qui considèrent qu'il faut maintenir les exigences de « réformes » en comptant sur l'assurance que la Grèce n'osera pas aller jusqu'au défaut. Grosso modo, ce conflit semble opposer la Commission européenne à Wolfgang Schäuble et ses alliés au sein de l'Eurogroupe. La BCE semble également plutôt dans le premier camp. Elle a très légèrement augmenté, de 200 millions d'euros hier, le montant disponible de l'aide à la liquidité d'urgence, qui atteint désormais 80,2 milliards d'euros. Un petit geste, mais qui s'est encore accompagné d'un refus de durcir les conditions de collatéral. Depuis le 4 février, la BCE a augmenté l'enveloppe de l'ELA de plus de 20 milliards d'euros...

La décision, comme toujours, est entre les mains d'Angela Merkel. La chancelière va s'entretenir ce jeudi avec Alexis Tsipras à Riga. Un entretien qui pourrait bien être décisif. Si la chancelière joue l'apaisement, ce plan « Juncker II » pourrait être une base pour un compromis. Avec quelques nuances, car il faudra trouver le moyen de réunir les fonds pour rembourser les échéances des 6,7 milliards d'euros titres grecs détenus par la BCE et arrivant à échéance cet été...

4 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 49
à écrit le 23/05/2015 à 22:38
Signaler
Alors, comme ça, le hold-up pourrait réussir ? Les créanciers lèveraient les mains en l'air devant les braqueurs ? Et les pigeons accepteraient de se faire encore plumer ? Wolfgang, au secours !

à écrit le 22/05/2015 à 23:55
Signaler
Si j'ai compris quelque chose à ce drame de la Grèce les impôts dont la TVA ne rentre. Les oligarchies et les propriétaires fonciers ne paient pas d'impot. Par contre les gouvernements grecs successifs ont su réduire les pensions et les salaires des ...

le 23/05/2015 à 8:54
Signaler
"Si j'ai compris quelque chose à ce drame de la Grèce les impôts dont la TVA ne rentre" : non, ça c'est ce qu'on vous explique pour justifier la mise a mort de la Grece, mais si vous regardez les chiffres officiels de l'Europe, la Grece a un taux de ...

à écrit le 22/05/2015 à 20:05
Signaler
Je ne comprend pas bien pourquoi se serait à Angéla Merkel que reviendrait la décision ? C'est elle qui décide pour tout le monde ? Qu'est-ce qui lui donne un tel pouvoir, ce sont les Allemand uniquement qui prêtent de l'argent à la Grèce ? Quel "con...

à écrit le 22/05/2015 à 16:51
Signaler
Faut comprendre, comme les Grecs l'ont compris depuis longtemps, entre autres, que le gratin politique des membres majeurs de la communauté européenne est prêt à tout pour sauver la construction européenne et ce pour de multiples raisons, vues comme ...

le 22/05/2015 à 20:19
Signaler
Traire la vache, vous y allez fort. Le gouvernement Tsipras demande juste un peu de temps pour appliquer son programme et montrer sa bonne volonté.

à écrit le 22/05/2015 à 12:12
Signaler
Quelqu'un est-il capable de dire s'il existe une solution moins coûteuse en termes de € que le Grexit ? Je pense que le choix doit être binaire : - Si l'Europe doit débourser plus que ce que l'europe a déjà déboursé => alors Grexit - Si l'Europe...

le 22/05/2015 à 15:22
Signaler
Vous oubliez la solution preconisée par Varoufakis, qui est aussi a mon avis la plus censée. Ne pas prêter plus d'argent, mais repousser les echeances de remboursement, en attendant que la Grece se redresse éventuellement. Rien de plus a perdre, mais...

le 22/05/2015 à 16:41
Signaler
Vous oubliez la solution preconisée par Varoufakis, qui est aussi a mon avis la plus censée. Ne pas prêter plus d'argent, mais repousser les echeances de remboursement, en attendant que la Grece se redresse éventuellement. Rien de plus a perdre, mais...

à écrit le 22/05/2015 à 12:01
Signaler
Voir les affirmations de certain qui ne prennent pas en compte la notion de négociation honorable pour les 2 partis me surprendra toujours. Et regarder une nation comme une simple ligne comptable comme si nous ne parlions pas en même temps d hommes e...

à écrit le 22/05/2015 à 11:58
Signaler
La sortie de l'Euro de la Grèce pourrait bien vite faire des émules....en Italie, en Espagne et même en France !

le 22/05/2015 à 13:16
Signaler
@Fanny: tout à fait, et c'est là que les politiques sont en émoi. Le problème de la Grèce n'est plus d'ordre économique, car on sait qu'ils ne rembourseront jamais, il est politique. Au niveau du contribuable européen, il faut arrêter d'alimenter le ...

le 22/05/2015 à 20:32
Signaler
Patrickb a raison, la peur de l'Europe est politique et pas économique. Pas économique, parce qu'il est difficile d'imaginer que Tsipras fasse pire que le gouvernement precedent. D'ailleurs ses premiers résultats sont plutôt encourageants. Politiq...

à écrit le 22/05/2015 à 11:39
Signaler
Une chose est sur la Grèce ne paiera jamais, pourtant nos gouvernants continue de leur faire des chèques en blancs. Peut faut il rappeler que Les Grecs ont largement bénéficié des largesses de l’Europe. Ainsi en 2010 ils perçoivaient en moyenne une p...

le 22/05/2015 à 13:00
Signaler
La retraite moyenne annuelle en 2010 est de 20.685 € après 37ans1/2 de cotisation?? Soit 1724€ mois En 2015 le retraité qui a cotisé durant 45 ans sans interruption toucherait 80% du salaire moyen, soit environ 1.100 euros par mois. Vous ne trouve...

le 22/05/2015 à 15:27
Signaler
Tiens, on dirait les faux chiffres sortis par un commentateur au pseudo different, mais a l'écriture similaire. Bref. Tous vos chiffres sont faux, vous pouvez vérifier sur le site de l'OECD. Par exemple, la retraite moyenne en Grece est de 750€ par m...

à écrit le 22/05/2015 à 11:31
Signaler
après tout "le tonneau des Danaïdes" vient de la mythologie grecque !

à écrit le 22/05/2015 à 10:58
Signaler
Quand je pense que je suis souvent censuré en annonçant que c'est la Grèce qui nous tient et non l'inverse, je vois que mon avis prend enfin de la consistance. Une chose est établie, la dette ne sera jamais remboursée, mais l'UE n'ose pas déclencher ...

le 22/05/2015 à 11:40
Signaler
Ce n'est pas la Grèce qu'il faut pointer du doigt mais l'inefficacité de l'UE a régler le problème et qui tape dans nos finances!

à écrit le 22/05/2015 à 8:49
Signaler
Tout le monde sait que la Grèce ne pourra jamais rembourser, il faut donc arrêter de nous faire croire au Père Noel

à écrit le 22/05/2015 à 6:03
Signaler
Personne n'est nerveux: la BCE augmente toujours son aide de liquidités d'urgence en cas de besoin ( plus de €20MM depuis le début de l'année), maintenant la Grèce le nez hors de l'eau. Cela restera ainsi aussi longtemps que les grecs accepterons que...

à écrit le 21/05/2015 à 20:18
Signaler
errata, il faut lire ' les grecs deviennent nerveux' ( ben oui, les creanciers ont deja fait une croix sur la dette que la grece ne va de toute facon pas rembourser) par contre, faire savoir que quand on ne paie pas ses dettes c'est paye par les aut...

le 21/05/2015 à 23:10
Signaler
Il me semble que vous connaissez très peu l'économie et la finance. En cas default, les CDS (Credit default swap) assure tout de même le versement des créances aux créanciers à travers l'intermédiaire d'assurance qu'ils ont choisie. Autrement dit, le...

à écrit le 21/05/2015 à 19:57
Signaler
Quelle est la position de la France ? Hollande est si discret dans ce dossier.

à écrit le 21/05/2015 à 19:05
Signaler
Il y a des gens qui au lieu de faire de l'information, nous racontent leurs rêves. Être payé pour faire de la propagande gauchiste...

à écrit le 21/05/2015 à 16:55
Signaler
ha ha , le nœud coulant autour du cou des occidentaux..; Bien joué Syrisa !

le 22/05/2015 à 15:52
Signaler
Jouer que sur son pouvoir de nuisance est dangeureux surtout si en plus d'autres pays en crises sont tentés par la même stratégie et là gare à la catastrophe mondiale.

à écrit le 21/05/2015 à 16:42
Signaler
Hmmmm ….cette statue….. non sans rappeler vous savez quoi… ;-) VIVE LA GRECE !

le 21/05/2015 à 19:37
Signaler
affligeant, les commentaires!

à écrit le 21/05/2015 à 15:14
Signaler
PREChER LE FAUX POUR SAVOIR LE VRAI La tactique préférée de Romaric, notre trotskiste de service a la Tribune. Vive la république démocratique et populaire de Grèce

le 21/05/2015 à 19:59
Signaler
Et sinon, vous avez des arguments à lui opposer?

à écrit le 21/05/2015 à 15:09
Signaler
Donc, d'après votre analyse, la Grèce va s’arcbouter sur ses positions et elle sortira enfin de l'euro le 5 juin prochain. Merci pour cette bonne nouvelle. L'UE se portera bien mieux sans ces pique-assiettes.

à écrit le 21/05/2015 à 14:52
Signaler
Il est plus facile de compter les milliards qu'on voit passer sur les tables du grand casino que de dire aux créanciers de < faire leur jeu >. Au poker-menteur, ça rigole pas pour perdre sa mise.

à écrit le 21/05/2015 à 14:15
Signaler
"Avec quelques nuances, car il faudra trouver le moyen de réunir les fonds pour rembourser les échéances des 6,7 milliards d'euros titres grecs détenus par la BCE et arrivant à échéance cet été" Ah enfin, j'attendais ce petit détail qui n'est venu...

le 21/05/2015 à 15:51
Signaler
A V-V: Vous n'incluez pas dans vos calculs que l'Etat grec, comme chaque Etat, a aussi des dettes internes a savoir le versement des salaires des agents publics, des retraites, des fournisseurs... Vous pouvez ajouter plus de 2 milliards d'euros par m...

le 21/05/2015 à 21:58
Signaler
Un nouveau piège pour ruiner les grecs ? Personne ne les oblige depuis le début à demander de l'aide. Il faut arrêter de déresponsabiliser ce peuple de la sorte, c'est leur manquer de respect. Mais, attendez une minute, leur prêter de l'argent, c'es...

le 22/05/2015 à 9:09
Signaler
@Yaniv L, qu'est-ce que les dépenses de fonctionnement d'un état viennent faire dans celui de la dette extérieure? Je veux bien répondre et expliquer, mais pas passer du coq à l’âne non plus ! Non le calcul est correct et il tient compte de la dette ...

le 22/05/2015 à 9:10
Signaler
@Pedro, j'ai lu la première ligne et puis j'ai arrêté ... inutile de perdre mon temps ... gratuitement!

à écrit le 21/05/2015 à 13:49
Signaler
Il commence à être lassant, le dossier grec .. Depuis 2007 et la crise des subprimes, on nous rebat quotidiennement les oreilles avec l'explosion financière des Etats, des banques, des monnaies et au final de la société telle que nous la connaissons ...

à écrit le 21/05/2015 à 12:56
Signaler
Bonjour, Je pense qu'en ces temps de planche à billet généralisé, il serait plus simple de massivement recapitaliser toutes les banque européennes impliquées dans les créances des PIIGS puis de massivement restructurer leur dette en l'étalant sur 50...

le 21/05/2015 à 13:13
Signaler
Vous avez parfaitement décrit ce qu'était l'urss.

le 21/05/2015 à 15:04
Signaler
@Casa, l'URSS n'avait absolument aucun rapport avec la situation actuelle. Ce qui a mis à genoux l'URSS est d'une part un programme spatial ruineux accolé à des dépenses militaires extravagantes doublé d'une guerre interminable en Afghanistan. Cette...

le 21/05/2015 à 16:03
Signaler
C'est pas faux

le 21/05/2015 à 17:35
Signaler
casa, porquè non te calas ? LOL

le 21/05/2015 à 18:06
Signaler
Quel est le mot que vous n'avez pas compris ???? :D

le 21/05/2015 à 18:59
Signaler
Marousan, vos idées sont tres bonnes et pragmatiques, mais ne seront jamais appliquées, car pas dans l'intérêt des des creanciers. Un pays croulant sous une dette intenable est une mine d'or pour les financiers. Pas pour les entreprises, mais c'est ...

le 21/05/2015 à 22:19
Signaler
@Fx Les créanciers privés sont quasiment tous sortis de la dette grecque lors du dernier plan, en mangeant leur cravate. Même si vous n'avez pas forcément tort d'une manière générale, choisissez mieux vos exemples car sinon cela décrédibilise tout ...

le 21/05/2015 à 22:52
Signaler
@Fx : Certes mais nous sommes dans un vaste schéma de ponzi mondial. Et toutes les bons choses ayant une fin il faudra tôt ou tard redescendre sur terre et faire le boulot. Il ne faut jamais oublier qu'à moyen terme l’intérêt général prime systémati...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.