Guerre commerciale : l'Europe vise les avions et les voitures américaines, Trump réplique
latribune.fr
Le Premier ministre britannique Keir Starmer et Donald Trump lors d’une rencontre bilatérale en février 2025 à la Maison-Blanche.
EYEPRESS / Reuters
Dans son bras de fer, l’Union européenne met sur la table des négociations un paquet de 95 milliards d’euros de produits américains surtaxés. En riposte, Donald Trump vient d’annoncer un accord « total et complet » avec le Royaume-Uni.
Article mis à jour jeudi 8 mai à 15H50.
Face aux nouvelles barrières tarifaires de Donald Trump, l'Union européenne a, jusqu'ici, joué la carte de la prudence. Mais ce jeudi 8 mai, jour de commémorations dans la plupart des pays de l'Union pour l'armistice de 1945, les Vingt-Sept sortent du bois, trois mois après la présentation de la liste des pays exportateurs qui seront surtaxés par Washington. La Commission européenne a publié une liste de produits importés des États-Unis, dont les avions et les automobiles, pour une valeur de 95 milliards d'euros, qu'elle envisage de taxer en réponse aux droits de douane de Trump.
L'exécutif européen a annoncé dans un communiqué avoir lancé "une consultation publique" sur cette liste d'importations "qui pourraient faire l'objet de mesures de rétorsion", en cas d'échec des négociations en cours entre Bruxelles et Washington pour supprimer les surtaxes décidées par le président américain.
Pour rappel, la Maison-Blanche a décrété l'imposition de droits de douane de 20% sur la majorité des marchandises européennes le mois dernier, avant d'annoncer une pause de 90 jours qui expirera en juillet.
Un droit de base de 10% est donc actuellement appliqué aux marchandises en provenance des 27 pays de l'UE et d'autres pays du monde.
En l'état, cette liste va dans le sens de la proposition du directeur général de l'avionneur européen Airbus, Guillaume Faury, qui a souhaité mardi que les avions exportés vers l'Europe par son concurrent américain soient taxés si les droits de douane de Trump étaient maintenus.
Outre les voitures et avions, cette liste inclut des équipements électriques, batteries, appareils électroménagers, ainsi que des produits agricoles (fruits, légumes) ou agroalimentaires comme les spiritueux, dont les vins et le bourbon.
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Dans la foulée, l'Union européenne va saisir l'Organisation mondiale du commerce pour dénoncer "une violation flagrante des règles de l'OMC" et "réaffirmer l'importance du respect des règles internationales", a annoncé jeudi la Commission. Celle-ci va déposer "bientôt" une demande de consultations auprès de l'organisation internationale basée à Genève, première étape d'une procédure de règlement des différends.
En parallèle, l'UE tente de nouer de nouvelles alliances, à l'image du commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, en visite la veille à Singapour pour trouver des débouchés en Asie. Les négociations avec Washington sont une priorité, mais elles ne se feront pas « à n'importe quel prix », avait-il admis. Et d'ajouter :« nous intensifions également nos relations avec l'Inde. Nous avons entamé un nouveau cycle de négociations la semaine dernière », a déclaré M. Sefcovic.
« Au niveau bilatéral, nous accélérons les négociations avec l'Indonésie, les Philippines, la Thaïlande et la Malaisie », a-t-il ajouté, après la signature mercredi d'un accord commercial portant sur le numérique entre l'UE et Singapour.
Le commissaire a déclaré que l'UE envisageait également une « coopération renforcée » avec les membres de l'Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP).
Trump réplique avec un accord « majeur »
Mais Donald Trump n'a pas tardé à poser une carte similaire. Le président américain a annoncé jeudi un accord imminent avec le Royaume-Uni "total et complet", alors qu'est attendu un accord commercial entre les deux pays selon la presse.
"L'accord avec le Royaume-Uni est total et complet, il cimentera la relation entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni pour de nombreuses années", a écrit le président américain sur son réseau TruthSocial."En raison de notre longue histoire et de notre fidélité, c'est un grand honneur d'avoir le Royaume-Uni comme notre PREMIÈRE annonce. Beaucoup d'autres accords, qui sont à des stades sérieux de négociation, suivront !", a-t-il ajouté.
Il a vanté ce qui serait « le premier d'une longue série » d'accords commerciaux, sans être plus explicite.
Le Premier ministre travailliste de Grande-Bretagne Keir Starmer et Donald Trump avaient fait état de « négociations productives » entre leurs pays liés par 250 ans d'Histoire et qui ont forgé une « relation spéciale » diplomatique et économique jamais véritablement mise à mal.
Quelles négociations avec Trump ?
L'UE dégage un excédent de 154 milliards d'euros (175 milliards de dollars) vis-à-vis des États-Unis pour les échanges de biens, mais subit un déficit de 104 milliards d'euros pour les services, a déclaré M. Sefcovic, citant des données de l'Office européen des statistiques.
L'UE se retrouve donc avec un excédent de 50 milliards d'euros, qui peut être rééquilibré en achetant davantage de gaz naturel liquéfié, de soja et de puces informatiques haut de gamme aux États-Unis, a proposé M. Sefcovic.
Mais Trump maintient la pression. Maros Sefcovic, a déclaré cette semaine au Parlement européen que 70% des exportations totales du bloc étaient déjà soumises à des taxes comprises entre 10% et 25%.