L'Allemagne pousse pour un gazoduc entre l'Espagne et la France

Le chancelier allemand Olaf Scholz réitère son soutien appuyé à un gazoduc à travers les Pyrénées. Une infrastructure qui manque aujourd'hui « dramatiquement » selon lui et qui permettrait « d'améliorer les interconnexions du réseau gazier » européen, dans un contexte de crise de l'énergie provoquée par la guerre en Ukraine.
« Je veux de nouveau souligner que je soutiens beaucoup une telle connexion », a déclaré le chancelier allemand Olaf Scholz.
« Je veux de nouveau souligner que je soutiens beaucoup une telle connexion », a déclaré le chancelier allemand Olaf Scholz. (Crédits : MICHELE TANTUSSI)

Olaf Scholz persiste et signe. Le chancelier allemand a en effet déjà déclaré mi-août qu'il manquait « dramatiquement » d'une interconnexion entre la péninsule ibérique et l'Europe centrale, passant par la France, pour « soulager et détendre la situation de l'approvisionnement » de gaz.

Rebelote ce mardi 30 août. « Je veux de nouveau souligner que je soutiens beaucoup une telle connexion », s'est-il exprimé lors d'une conférence de presse avec son homologue espagnol Pedro Sanchez à Meseberg, au nord de Berlin. Ce pipeline serait en mesure « d'améliorer aujourd'hui les interconnexions du réseau gazier européen et à long terme, il s'agit aussi d'utiliser ensemble l'hydrogène » vert en Europe, a détaillé le chef de l'exécutif allemand.

L'idée de ce projet de gazoduc n'est pas nouvelle. Baptisé Midcat - abréviation de Midi (sud de la France) et de Catalogne (nord-est de l'Espagne), les deux régions qu'il connecterait - elle avait été lancée en 2013 pour permettre à l'Espagne et au Portugal, d'acheminer du gaz, provenant sous forme de GNL des États-Unis ou du Qatar, vers l'Europe centrale en passant par la France. Elle avait toutefois été abandonnée en 2019 faute d'accord sur son financement et de réel soutien de la France. Mais la guerre en Ukraine et les menaces russes d'un arrêt des livraisons de gaz à l'UE ont remis le sujet sur la table.

Lire aussi : L'Allemagne, l'Espagne et le Portugal soutiennent le projet d'un gazoduc reliant le sud à l'Europe centrale

Allemagne, Espagne, Portugal sur la même longueur d'ondes

« Je suis très reconnaissant à l'égard du fait que le chancelier allemand partage la vision d'une nécessité de renforcer ces interconnexions », a déclaré à Berlin Pedro Sanchez, qui était invité au séminaire du gouvernement, ce qui est relativement rare. « Actuellement, les interconnexions énergétiques de la péninsule ibérique avec le marché européen de l'énergie sont inférieures à 3%, elles sont donc très loin des engagements que nous avons tous pris devant la Commission européenne » avec le Portugal et la France, a-t-il pointé.

Ce n'est pas la première fois que les chefs des gouvernements espagnols, allemands et même portugais s'expriment sur ce sujet d'interconnexions européennes. Ce gazoduc est jugé comme « une priorité » pour le Portugal. L'Espagne a fait savoir qu'elle est prête à avancer très vite pour sa construction. Les deux pays disposent de nombreuses infrastructures portuaires pour recevoir du GNL acheminé par navire des quatre coins du monde. Ils pourraient ainsi le redistribuer par tuyau à leurs voisins les plus en difficulté, dans une logique de solidarité européenne et d'indépendance vis-à-vis des énergies russes.

Lire aussi : Interconnexion gazière Espagne-France : Teréga veut rouvrir l'épineux dossier MidCat

Trop peu d'intérêts pour la France

Le problème est que le manque d'intérêt de la France à ce sujet persiste. Face à cette situation, Pedro Sanchez s'est déjà dit prêt à remplacer la France par l'Italie via un gazoduc sous-marin.

Les arguments côté français sont variés. « Un tel projet mettrait dans tous les cas de nombreuses années à être opérationnel, le temps des études et des travaux pour ce type d'infrastructures étant toujours de plusieurs années, et ne répondrait donc pas à la crise actuelle », faisait-on valoir il y a quelques jours au ministère de la Transition énergétique.

La France ne trouverait d'ailleurs pas forcément son intérêt dans la construction d'un vaste pipeline permettant à la péninsule ibérique de vendre son gaz en Europe centrale. L'Hexagone dispose en plus d'un terminal de regazéification à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) qui lui permet d'importer de larges quantités de GNL sans avoir besoin d'un nouveau gazoduc. Et le gouvernement prévoit de construire un quatrième terminal méthanier au Havre.

Lire aussiGazoduc entre l'Espagne et l'Allemagne : pourquoi la France traîne des pieds

(Avec AFP)

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Commentaires 8
à écrit le 31/08/2022 à 17:02
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N'oublions pas que l'Allemagne a tout fait pour torpiller l’énergie nucléaire à Bruxelles afin de la sortir de la taxonomie et qu'elle ne soit pas reconnue comme énergie durable. C’était bien une attaque frontale contre la France. Sans parler des ON...

à écrit le 31/08/2022 à 15:38
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Vu les commentaires, le gazoduc passera donc par l Italie......

à écrit le 31/08/2022 à 10:06
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Faisons comme les allemands , servons nos intérêts propres et donc basta la liaison gaz.

à écrit le 31/08/2022 à 9:42
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Une façon pour gaspiller de l'argent avec un fort impact sur l'environnement pour construire une infrastructure qui sera prete quand on en aura plus besoin...Le GNL en plus est une solution temporaire très mauvaise pour le climat, il vaudrait mieux r...

à écrit le 30/08/2022 à 22:54
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La France est-elle à la botte de l'Allemagne? C'est là où on va voir si la France est réellement indépendante, ou si elle est une vassale de l'Allemagne. La France n'a AUCUN intérêt à ce que ce gazoduc se fasse : elle n'en a pas besoin, il vient mê...

à écrit le 30/08/2022 à 22:12
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Tout se paie un jour ou l’autre.

à écrit le 30/08/2022 à 19:56
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Pas intéressant ? Peut-être. Mais quels revenus l'Ukraine reçoit-elle grâce au gaz russe qui traverse (encore, d'ailleurs...) son territoire ? On est incapable de faire de même ? L'Etat ne sait que créer des impôts et des taxes, en France ?

le 31/08/2022 à 13:51
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En quoi cela sert-il nos intérêts? Revenu modestes, sous-utilisation de nos infrastructures. Cela n'a pas de sens pour nous, même si on comprend plus ou moins l'intérêt allemand. On verra quand l'Allemagne voudra se comporter de manière coopérative...

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