L'Allemagne reste enlisée dans la récession en 2024
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Seul lot de consolation pour l'exécutif berlinois, bien qu'encore hypothétique : le PIB devrait croître de nouveau l'année prochaine, à hauteur de 1,1%.
LIESA JOHANNSSEN
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Seul lot de consolation pour l'exécutif berlinois, bien qu'encore hypothétique : le PIB devrait croître de nouveau l'année prochaine, à hauteur de 1,1%.
LIESA JOHANNSSEN
[Article publié mercredi 9 octobre 2024 à 16h29, mis à jour à 17h32] Déception pour le gouvernement allemand. Mercredi, celui-ci a sabré ses prévisions de croissance économique pour l'année, prévoyant désormais une nouvelle récession. Berlin table donc sur un recul de son Produit intérieur brut (PIB) de 0,2% cette année, contre une hausse de 0,3% envisagée auparavant.
Un mauvais scénario qui se répète puisque le PIB de l'Allemagne s'était déjà contracté de 0,3% en 2023. Un score qui, pour rappel, a fait du pays l'économie la moins performante de la zone euro l'année dernière.
Seul lot de consolation pour l'exécutif berlinois, bien qu'encore hypothétique : après deux années de recul, le PIB devrait croître de nouveau l'année prochaine, de 1,1%, puis de 1,6% en 2026, selon les nouvelles prévisions de son ministère de l'Economie.
La révision à la baisse des prévisions intervient après une série de mauvaises nouvelles qui ont plombé la rentrée de l'Allemagne, notamment le gel annoncé en septembre d'un grand projet d'usine du géant des puces informatique Intel dans le pays, et l'annonce par Volkswagen de possibles fermetures d'usines et de licenciements.
Mais lorsqu'on remonte plus loin dans le temps, on constate que le pays a eu une première partie d'année difficile. Ces difficultés ont déjà amené plusieurs instituts de conjoncture à raboter leurs prévisions annuelles, qui oscillent désormais entre stagnation du PIB et légère récession.
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Fin septembre, les principaux instituts de conjoncture du pays (Ifo, DIW, IWH, IfW et RWI) avaient en effet annoncé une baisse prévisionnel de 0,1% du PIB allemand en 2024, contre une croissance de +0,2% en mars dernier. A noter aussi : pour 2025, les mêmes statisticiens estiment que la croissance de l'Allemagne oscillera entre +1,4% et +0,8%, tandis qu'en 2026, le PIB pourrait connaître une hausse de seulement +1,3%.
Les raisons de cette croissance en panne sont multiples. Malgré l'euphorie liée à l'Euro de football cet été, et des gains de pouvoir d'achat grâce aux hausses de salaires, la consommation des ménages privés allemands est restée faible. La faiblesse de la demande tant intérieure qu'extérieure, ainsi qu'une politique monétaire encore restrictive, malgré le début de la réduction des taux de la Banque centrale européenne, pèsent sur la conjoncture de l'Allemagne.
Par ailleurs, la mauvaise phase devrait se poursuivre au second semestre de cette année, explique le ministère de l'Economie dans son point du jour. En témoigne, la chute de 5,8% des commandes industrielles au mois d'août, selon les derniers chiffres de Destatis. C'est bien davantage que la baisse de 1,8% attendue par les analystes sondés par Facset, et cela met fin à l'embellie de courte durée observée en juin et juillet. Le climat des affaires, atone, est aussi un problème. Selon la dernière enquête de l'institut Ifo, celui-ci s'est établi à 85,4 en septembre après 86,6 en août.
L'économie allemande, qui a longtemps bénéficié d'une énergie bon marché grâce aux accords de livraison de gaz russe et d'exportations dynamiques, notamment vers la Chine, subit de plein fouet les effets de la guerre en Ukraine et de la faiblesse de la demande mondiale, souligne le ministre de l'Economie.
Par ailleurs, il pointe le problème des tendances protectionnistes de la part de la Chine et des États-Unis, « nos plus grands partenaires commerciaux », qui « fragmentent de plus en plus les marchés ouverts ». « Le marché américain s'isole de plus en plus (...) », poursuit-il sur le sujet, un phénomène qui s'est déjà produit sous l'administration du président américain Joe Biden, et « le danger est bien réel que Donald Trump, s'il est réélu, aggrave ce conflit ». Cela pourrait entraîner une augmentation des droits de douane sur les voitures, ce qui suscite une « grande inquiétude ».
« L'Allemagne et l'Europe se retrouvent coincées dans des crises entre la Chine et les États-Unis et doivent apprendre à se faire entendre », résume, las, Robert Habeck, devant la presse. Enlisé dans des problèmes structurels, « depuis 2018, l'économie allemande n'a plus connu de croissance significative ».
Le ministre écologiste s'en est aussi pris à la règle du « frein à l'endettement » inscrite dans la constitution, et qui limite les moyens de l'Etat pour investir. Avec « plus de marge de manœuvre (budgétaire), notre économie pourrait enfin sortir de l'impasse », selon le ministre. La levée de ladite règle est réclamée aussi au sein de l'industrie.
L'Allemagne doit aussi affronter des défis, tels qu'un vieillissement de sa population, une concurrence accrue de la Chine, une bureaucratie pesante et une transition écologique complexe. Ces problèmes « commencent à faire des ravages », a martelé le ministre, ajoutant que le gouvernement prenait les devants pour renforcer l'activité économique.
En dépit de cette dynamique économique atone, à partir de la fin de 2024, le gouvernement du chancelier Olaf Scholz, toujours très impopulaire, a l'espoir de voir la machine de la croissance repartir. Pour y arriver, il compte sur son « initiative de croissance », proposée cet été, et qui comprend un lot de 50 mesures à mettre rapidement en œuvre.
Parmi elles, figurent des allègements fiscaux, une réduction permanente des prix de l'énergie pour l'industrie, ainsi qu'un allègement de la bureaucratie. Des incitations pour maintenir les personnes âgées sur le marché du travail, et attirer des travailleurs qualifiés étrangers, pour faire face à la pénurie de main-d'œuvre, sont aussi envisagées.
Autres mesures phares figurant dans cette feuille de route : les chômeurs de longue durée, bénéficiaires du revenu minimal (« Bürgergeld »), seront incités à reprendre un travail. Berlin veut en outre permettre aux entreprises d'amortir de façon accélérée leur flotte de véhicules électriques, dont les ventes ont plongé depuis l'arrêt brutal de la prime à l'achat en fin d'année dernière.
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Selon les propos tenus cet été par le ministre de l'Economie Robert Habeck, l'objectif global de cette initiative est le suivant : permettre à Allemagne de gagner « un demi-point de pourcentage de croissance du PIB » de plus, soit une augmentation de la production économique de « près de 26 milliards d'euros », a déclaré le ministre. Mais le projet du gouvernement reste « insuffisant pour relancer l'économie », juge ce mercredi, auprès de l'AFP, Peter Adrian, président de la Chambre de commerce et d'industrie allemande (DIHK).
(Avec AFP)
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