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ÉconomieUnion européenne

"L'enjeu pour la BCE est de réduire la dépendance de l'économie européenne au QE"

Photo de Jean-Christophe Catalon

Jean-Christophe Catalon

Publié le 27 octobre 2017 à 09:27 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:46

Des responsables de la bce sur la defensive face aux marches

Des responsables de la bce sur la defensive face aux marches

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Francfort va réduire de moitié ses rachats de dettes dès l'année prochaine, mais n'a toujours pas fixé la date de fin de cette mesure. La BCE entend rester accommodante tant que l'inflation n'affichera pas des niveaux satisfaisants.

Comme attendu, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi a annoncé ce jeudi la prolongation de sa politique monétaire accommodante à travers son programme d'achat d'actifs, dit d'assouplissement quantitatif (quantitative easing ou QE, en anglais).

Aujourd'hui et jusqu'à fin décembre, Francfort rachète pour 60 milliards d'euros par mois de dettes (d'Etats ou d'entreprises) de la zone euro sur les marchés. Ce volume va finalement se réduire de moitié et passer à 30 milliards d'euros à partir de janvier pour une période de neuf mois... ou "au-delà, si nécessaire", est-il précisé dans le communiqué de la BCE.

Cette dernière se réserve même la possibilité d'"accroître le volume et/ou [d']allonger la durée" du programme, si "les perspectives [économiques] deviennent moins favorables ou si les conditions financières" ne permettent plus de tendre vers son objectif d'inflation inférieure à mais proche de 2%.

Aucune date de fin...

Mario Draghi n'a donc pas prononcé le mot tabou : tapering (réduction graduelle, en français), qui suppose que la BCE réduit son programme d'achat, puis le clôture. Le patron de l'institut d'émission a d'ailleurs confié que "ce terme n'a même pas été évoqué", lors de la réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs ce jeudi matin.

"Une large majorité [du Conseil] s'est prononcée pour qu'il n'y ait pas de date [de fin du programme] etque les choses restent ouvertes", a ajouté Mario Draghi.

Francfort veut garder de la souplesse et rester prudent dans ses décisions, afin d'éviter que les marchés ne s'emballent. L'expérience américaine du taper tantrum (jeu de mot avec l'expression temper tantrum qui signifie "crise de colère" en anglais) a marqué les esprits. En 2013, lorsque la Fed a annoncé le tapering de son QE, les rendements des bons du Trésor américain ont bondi.

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... mais "on s'en approche"

Il s'agit "simplement d'une réduction du volume", a souligné le président de la BCE. Pour autant, la situation est bien différente de la dernière baisse du QE, de 80 milliards d'euros mensuels à 60 milliards en décembre 2016.

Désormais, la reprise économique est enfin là. Après une hausse de 0,6% au premier semestre, le PIB réel de la zone euro a poursuivi sa hausse au trimestre suivant avec +0,7%. Francfort prévoit d'ailleurs une croissance de 2,2% pour 2017.

"On approche de la findu programme d'achat", assure à La Tribune Julien-Pierre Nouen, directeur des études économiques de Lazard Frères Gestion."L'enjeu pour la BCE aujourd'hui est de réduire progressivement la dépendance de l'économie européenne au QE et d'arriver à l'objectif d'inflation de 2% sans provoquer une hausse des taux d'intérêt, ou de l'euro, qui serait contre-productive."

Pénurie de titres à racheter ?

En revanche, la BCE pourrait rencontrer des difficultés à poursuivre son programme très "au-delà" de septembre 2018. Certains analystes observent une pénurie de titres de dette souveraine sur les marchés, seulement 200 à 300 milliards d'euros de ces obligations seraient encore disponibles. Or, pour mémoire, sur les 2.000 milliards d'euros de rachats de dettes cumulés depuis le début du QE en mars 2015, plus de 80% concernent des bons du Trésor des Etats de la zone euro.

Cette situation n'est pas un problème, estime Mario Draghi. "Depuis le lancement du programme, régulièrement on nous pose cette question et régulièrement nous avons pu prouver que notre projet est suffisamment flexible pour s'adapter aux contraintes éventuelles", s'est défendu le président de la BCE.

Francfort dispose effectivement d'une certaine souplesse dans la définition des paramètres des achats de titres. La BCE pourrait par exemple "racheter davantage d'obligations corporate", autrement dit de la dette émise par les entreprises de la zone euro (ce qu'elle fait depuis juin 2016), estime Julien-Pierre Nouen de Lazard Frères Gestion.

"Là où ça coince, c'est l'achat d'obligations d'Etat, notamment allemandes qui pourraient commencer à manquer", poursuit-il.

| Lire aussi : quel bilan pour l'assouplissement quantitatif de la BCE ?

Le détail des réinvestissements bientôt connu

Par ailleurs, la BCE a annoncé la publication, à partir de novembre et pour les 12 prochains mois, du détail des réinvestissements du QE. En effet, une fois arrivés à maturité, les titres achetés par Francfort sont remboursés par les emprunteurs. Ces sommes sont ensuite à nouveau réinvesties au titre du QE.

En outre, les réinvestissements seront effectués "pendant une période prolongée après la fin de ses achats nets d'actifs et, en tout cas, aussi longtemps que nécessaire", explique le communiqué de la BCE. "Cela contribuera à assurer à la fois des conditions de liquidité favorables et une orientation appropriée de la politique monétaire."

Patience, persévérance et prudence

Malgré la reprise de l'activité, Francfort veut donc garder de la souplesse sur le QE, car l'inflation ne suit toujours pas. La BCE prévoit une hausse des prix de 1,5% cette année, puis une ralentissement en 2018 - résultant principalement de la fluctuation des prix de l'énergie -, avant un retour à 1,5% en 2019. Du côté de l'inflation sous-jacente (hors prix volatils), si les chiffres s'améliorent, "il n'y a pas de signes convaincants d'une remontée durable", selon Mario Draghi.

En plus de la prolongation du QE, le Conseil des gouverneurs a donc laissé une fois encore inchangés les taux d'intérêt, historiquement bas, à zéro pour son principal taux directeur, à 0,25% pour le taux de facilité de crédit et à -0,4% pour le taux de dépôt au jour le jour. L'objectif est de continuer à stimuler l'économie en attendant que l'inflation affiche des niveaux satisfaisants.

"Il faut être confiant, toutes les enquêtes montrent la résorption de la sous-utilisation des capacités productives, une baisse du chômage... tout cela dépend de notre soutien à l'économie, ce n'est pas auto alimenté. Il faut être patient, persévérant et prudent", a insisté le président de la BCE.

La fin de la synchronisation des politiques monétaires

Reste que Francfort agit en décalage par rapport à ses homologues étrangers. Alors que la Fed s'apprête à réaliser sa troisième hausse de taux de l'année et que la Banque d'Angleterre y songe sérieusement, la BCE n'est pas prête de suivre. Mario Draghi a répété ce jeudi que les taux seront maintenus aux niveaux actuels pour une période "qui dépasse largement l'horizon du programme d'achat de titres". Autrement dit, si le QE se termine, dans le meilleur des cas, en fin d'année prochaine, la première hausse des taux en zone euro n'interviendra pas avant le premier trimestre 2019. Mais cela pourrait arriver plus tard.

"Sur cette question des taux bas, la BCE veut garder de la souplesse", analyse Julien-Pierre Nouen de Lazard Frères Gestion."C'est dans plus d'un an. Les membres du Conseil des gouverneurs verront comment a évolué l'économie d'ici là pour prendre leur décision. Il est vrai que lors des cycles précédents les politiques monétaires étaient synchronisées, mais ce n'est plus le cas."

Mario Draghi a d'ailleurs assumé cette dissonance : "Lorsque la reprise est bien plus avancée et l'inflation meilleure, cela justifie une différence d'orientation de la politique monétaire. Nous n'avons pas les mêmes objectifs ce qui explique nos différences de positions pour le moment."

À lire également

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Peut-être le futur président de la Fed lui fera changer d'avis ? Le 3 février, Janet Yellen devrait laisser sa place à Jerome Powell (favorable aux taux bas) ou à John Taylor (favorable à une hausse). Si le second prend les rênes de la banque centrale américaine, la BCE devra-t-elle amorcer une hausse de ses taux ? Si Julien-Pierre Nouen partage l'analyse de Mario Draghi qu'à économies différentes s'applique une politique monétaire différente, l'impact des décisions américaines sur l'euro pourrait, en revanche, faire bouger Francfort.

Jean-Christophe Catalon

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