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ÉconomieUnion européenne

La France rappelle son ambassadeur à Rome, dénonçant les "attaques" de l'Italie

Reuters et AFP

Publié le 08 février 2019 à 09:49 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:02

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La France a rappelé son ambassadeur en Italie jeudi 7 février après une série de déclarations "outrancières" de responsables italiens, une rare escalade entre deux pays de l'UE qui cristallise un peu plus les lignes de fracture en Europe à quelques mois des élections européennes. Dans le même temps, le vice-président du Conseil italien Luigi Di Maio a réaffirmé qu'il n'y aura pas de ligne Lyon-Turin tant que le M5S sera au pouvoir.

[Article publié le 08.02.2019 à 9h46, mis à jour à 10h50 avec les déclaration de Di Maio sur la ligne Lyon-Turin]

La querelle diplomatique entre la France et l'Italie s'est brusquement envenimée jeudi 7 février avec la décision de Paris de rappeler son ambassadeur à Rome pour "consultations" - une initiative sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, à laquelle Rome a répondu par un appel à l'apaisement.

La France dénonce de la part des deux vice-présidents du Conseil italien - Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 Etoiles (anti-système) et Matteo Salvini, leader de la Ligue (extrême droite) - des « accusations répétées » et des « déclarations outrancières » qu'elle juge sans « précédent depuis la fin de la guerre ». En janvier, Matteo Salvini avait notamment accusé Emmanuel Macron de « gouverner contre son peuple ».

Paris ne digère pas la visite italienne aux "Gilets jaunes"

Jusqu'ici, Paris avait choisi de ne pas surréagir afin d'éviter la surenchère. Mais la rencontre mardi en France de Luigi Di Maio avec des représentants des "Gilets jaunes" - auxquels il avait déjà publiquement manifesté son soutien début janvier -, a été la "provocation" de trop.

«Avoir des désaccords est une chose, instrumentaliser la relation à des fins électorales en est une autre», déclare Agnès Von Der Mühll, porte-parole du Quai d'Orsay, en faisant référence aux élections européennes à venir.

Les termes de la déclaration émise jeudi par le ministère français des Affaires étrangères sont désormais sans détour :

« Les dernières ingérences constituent une provocation supplémentaire et inacceptable. Elles violent le respect dû au choix démocratique, fait par un peuple ami et allié. Elles violent le respect que se doivent entre eux les gouvernements démocratiquement et librement élus.»

Mais Di Maio assume

Matteo Salvini, qui est également le ministre de l'Intérieur, a répondu dans un communiqué que l'Italie ne cherchait pas de conflit avec la France et marqué sa volonté de "tourner la page", tout en demandant à la France de cesser de refouler les migrants à la frontière et d'héberger des "terroristes" italiens.

Quant à Luigi Di Maio, il a pour sa part rappelé, dans une lettre au Monde ce vendredi, les liens unissant l'Italie au peuple français, "notre ami et notre allié", avant d'expliquer que sa rencontre avec des représentants du mouvement des "Gilets jaunes", était tout à fait légitime.

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«Il ne s'agissait pas d'une provocation contre le gouvernement français mais au contraire d'une réunion importante avec une force politique avec laquelle nous avons beaucoup en commun, notamment sur le besoin de démocratie directe afin de donner plus de pouvoir aux citoyens», a-t-il écrit sur Facebook.

Le chef de file du M5S a également rappelé qu'Emmanuel Macron avait à plusieurs reprises critiqué le gouvernement italien parce qu'il ne partageait pas sa vision de l'Europe.

De Beyrouth, Giuseppe Conte a insisté sur la profondeur des liens bilatéraux. « J'aimerais dire que la relation entre l'Italie et la France est ancrée dans l'Histoire et qu'elle ne peut pas être remise en question par des incidents », a-t-il dit lors de ce déplacement officiel. « Je crois que la situation peut être immédiatement réglée », a-t-il poursuivi.

Une situation inédite depuis la fin de la guerre

Ce rappel d'un ambassadeur "pour consultations" est sans précédent entre la France et un voisin européen depuis 1945, tout comme les attaques frontales d'un pays de l'UE envers un autre, apprend l'AFP auprès de source diplomatique.

Si la riposte française est inédite sur le plan bilatéral, elle ne l'est pas au niveau européen. Ainsi la Grèce avait-elle rappelé son ambassadeur en Autriche en 2016 à la suite d'une réunion à Vienne sur la crise migratoire européenne à laquelle elle n'avait pas été conviée.

En 2017, c'est la Hongrie qui avait rappelé son ambassadeur aux Pays-Bas après des critiques contre Viktor Orban.

La France en fait-elle trop ?

Le gouvernement français a démenti ce vendredi 8 février toute volonté de "dramatisation" dans son conflit avec Rome et a appelé l'Italie à s'occuper des intérêts d'un pays "en récession" plutôt que de s'atteler à des "ingérences malvenues". Chez nos confrères de Radio Classique, Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes, est restée ferme :

« Un membre d'un gouvernement étranger qui vient en France soutenir, non pas un leader politique, mais quelqu'un qui a appelé à la guerre civile, au renversement du président et à un gouvernement militaire, ça n'est jamais arrivé non plus."

Et d'ajouter :

«Il ne s'agit pas de dramatisation, il s'agit de dire "la récréation c'est fini (...) C'est une ingérence malvenue, un geste inamical de la part de gens qui sont censés être des gouvernants, dont la priorité doit être les intérêts desItaliens.»

Et d'enfoncer le clou, en guise de conclusion :

«Ce que je vois aujourd'hui, c'est uneItalieen récession, uneItalieen difficulté, je ne m'en réjouis pas parce que l'Italiec'est un partenaire important pour la France.»

Pas de ligne Lyon-Turin avant que le M5S sera au pouvoir

La liaison ferroviaire transalpine à grande vitesse Lyon-Turin (TAV) est l'un des nombreux points de discorde qui pèsent sur les relations diplomatiques entre la France et l'Italie. Dans un entretien accordé au quotidien Il Messaggero, le vice-président du Conseil italien Luigi Di Maio a réaffirmé qu'elle ne sera pas construite tant que le M5S sera au pouvoir. Selon lui, le projet "n'a pas d'avenir".

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Si l'Italie ne devait pas poursuivre le projet TAV, elle encourrait une pénalité comprise entre 2,8 et 3,5-4 milliards d'euros, selon Il Sole 24 Ore de vendredi. Ces chiffres figurent dans un document qui accompagne une analyse du projet menée par une commission nommée par le ministre italien des Transports, ajoute le quotidien.

Cette analyse coûts-bénéfices du projet, qui n'a pas été rendue publique, a été envoyée par Rome à Paris et à l'Union européenne.

La ligne Lyon-Turin, longue de 270 kilomètres environ, a vocation à être en partie financée par des fonds européens.

Reuters et AFP

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