Guerre commerciale, Italie, Brexit : Moscovici tente de rassurer avant le G20

En visite à Paris ce mardi, le commissaire européen Pierre Moscovici a assuré que la main de la commission européenne restait "tendue" envers l'Italie alors que Rome a légèrement infléchi sa position sur le budget 2019 afin d'éviter un bras de fer avec Bruxelles. A la veille du G20, qui doit se tenir en Argentine, M.Moscovici cherche à rassurer tout en paraissant isolé face aux nombreux dirigeants partisans d'un ordre mondial fondé sur des relations bilatérales.
Grégoire Normand

5 mn

Le commissaire, qui avait auparavant présenté l'Italie comme un problème en zone euro, l'a qualifié cette fois-ci d'incertitude pour l'économie européenne, au même titre que les tensions commerciales provoquées par Donald Trump et le Brexit.
Le commissaire, qui avait auparavant présenté l'Italie comme un "problème" en zone euro, l'a qualifié cette fois-ci "d'incertitude" pour l'économie européenne, au même titre que les tensions commerciales provoquées par Donald Trump et le Brexit. (Crédits : FRANCOIS LENOIR)

A moins de 200 jours des élections européennes, le commissaire européen Pierre Moscovici est déjà en campagne. Même s'il a confirmé qu'il n'était pas candidat à ce scrutin, il a voulu se montrer impliqué ce mardi lors de sa visite à Paris. "Je suis un social-démocrate presque pur chimiquement [...] mais en politique, je suis un retraité actif", a-t-il assuré devant un parterre de journalistes. "Nous vivons un moment tragique en Europe de montée des nationalismes et des populismes [...] De véritables clivages apparaissent entre les pro-européens et les anti-européens", a-t-il expliqué pour justifier son engagement.

Il a par la suite esquissé un bilan de la situation économique européenne en expliquant que "les fondamentaux économiques européens sont solides, nous sommes dans un régime de croissance solide." Mais les derniers indicateurs signalent que la croissance européenne marque le pasLes difficultés ponctuelles de l'industrie automobile allemande et l'activité stagnante en Italie ont pesé au troisième trimestre sur l'activité, reflétant les nombreuses fragilités de la situation européenne.

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Tensions commerciales

A l'échelle internationale, l'effondrement du multilatéralisme inquiète particulièrement l'ancien député européen. A quelques jours d'un sommet crucial du G20, qui doit se tenir à Buenos Aires (Argentine), les craintes autour des tensions commerciales sont vives. La présence de Donald Trump, Vladimir Poutine, Jair Bolsonaro ou encore Xi Jinping risque de rebattre les cartes dans le rapport de force des puissances présentes à cette réunion. La situation tendue de l'Union européenne ne risque pas de jouer en faveur des représentants des institutions européennes envoyés en Argentine.

"Les tensions commerciales représentent de véritables risques pour nos économies, nos industries, nos emplois", a expliqué M.Moscovici. Contrairement à la doctrine de Donald Trump, l'ancien ministre des Affaires européennes souligne "que les guerres commerciale font des perdants des deux côtés." Et face aux critiques à l'égard de l'organisation mondiale du commerce (OMC), il a plaidé pour une réforme de l'institution basée à Genève. "Ce n'est pas contre l'OMC que doit se construire le futur", a-t-il répété.

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Le budget italien en question

Les passes d'armes entre le gouvernement italien et la Commission européenne ont marqué les esprits ces dernières semaines. Pour tenter d'apaiser ces relations, Pierre Moscovici a indiqué que la main de la Commission européenne "restait tendue." La semaine dernière, l'institution basée à Bruxelles a rendu des avis sur les pays de la zone euro. S'agissant du projet de budget italien pour l'année prochaine, la Commission a confirmé l'existence "d'une 'non-conformité particulièrement sérieuse' aux règles du Pacte de stabilité et de croissance", rappelait M.Moscovici dans une récente note de blog.

Pour l'Italie, "l'intérêt est que les règles soient respectées", a-t-il expliqué en ajoutant qu'il "assume avoir été l'homme de la flexibilité mais on ne peut pas ignorer les règles." S'il avait d'abord présenté la péninsule comme un problème dans la zone euro, Pierre Moscovici semble changer de stratégie en tentant l'apaisement.

"Je suis convaincu que nous devons chercher de toutes nos forces des solutions partagées dans l'intérêt des Italiens et de la zone euro, parce que nous sommes interdépendants", a souligné le commissaire. "Je pense qu'une sanction est toujours un échec, c'est l'échec du pays sanctionné et l'échec des règles à convaincre. J'ai toujours préféré l'incitation à la sanction", a-t-il affirmé.

Bruxelles juge irréalistes les prévisions italiennes, estimant que le déficit atteindra 2,9%, bien loin des engagements du précédent gouvernement de centre gauche (0,8%). La coalition populiste avait, depuis, maintenu une ligne inflexible, semblant prête à assumer le risque d'une "procédure de déficit excessif". De son côté, Pierre Moscovici a rappelé qu'il n'était pas "un partisan des sanctions."

Le Brexit encore en attente

Les motifs d'inquiétude relatifs au Brexit ont également été évoqués par l'ancien ministre de l'Economie et des finances sous François Hollande. "Les conséquences du Brexit vont dépendre du scénario final mais ce sera un choc quoi qu'il arrive", a indiqué M. Moscovici. Il a ensuite fait référence à la signature du traité du Brexit, dimanche dernier, entre les représentants des 27 Etats de l'Union européenne et Theresa May en rappelant que cet accord clôt "une phase technique très complexe". Il a évoqué notamment "la situation de la frontière avec l'Irlande, le devenir des citoyens européens au Royaume-Uni et celui des citoyens britanniques en Europe. Mais il reste une phase politique importante."

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Il a également ajouté que "nous ne voulions pas d'un paradis fiscal aux portes de l'Europe. Je me réjouis donc que le projet d'accord contiennent des engagements clairs de la part du Royaume-Uni à respecter les standards européens de bonne gouvernance fiscale." Sur ce dernier sujet, même si l'Union européenne a tenté de faire quelques efforts, il demeure de nombreux paradis fiscaux aux portes de l'Europe et à l'intérieur du Vieux continent contrairement à ce que pourraient laisser penser les propos de Pierre Moscovici. La multiplication des révélations sur le Luxembourg, l'Irlande ou les Pays-Bas a montré qu'il reste quelques places fortes à l'intérieur même de l'Europe.

Grégoire Normand

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