Le Royaume-Uni voit sa note souveraine dégradée

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C'est la décision du gouvernement conservateur de David Cameron de tenir un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union Eeuropéenne d'ici à 2017 qui inquiète l'agence de notation américaine
C'est la décision du gouvernement conservateur de David Cameron de tenir un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union Eeuropéenne d'ici à 2017 qui inquiète l'agence de notation américaine (Crédits : © Peter Nicholls / Reuters)
L'agence Standard & Poor's a abaissé vendredi à "négative" la perspective de la note de la dette à long terme du Royaume-Uni, actuellement fixée au cran le plus élevé de AAA. Les risques encourus par le référendum sur l'appartenance britannique à l'Union européenne (UE) inquiète l'agence de notation américaine.

L'agence Standard & Poor's a abaissé vendredi à "négative" la perspective de la note de la dette à long terme du Royaume-Uni, actuellement fixée au cran le plus élevé de AAA, citant les risques encourus par le référendum sur l'appartenance britannique à l'Union européenne (UE).

L'agence Fitch a elle au contraire maintenu la note du pays, à "AA+", soit un niveau en dessous de celle de S&P, avec une perspective stable.

"La décision du gouvernement conservateur (...) de tenir un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE d'ici à 2017 représente un risque pour les perspectives de croissance des services financiers et des secteurs exportateurs, ainsi que pour l'économie en général", a expliqué S&P dans un communiqué.

"Nous pensons en outre qu'un possible départ de l'UE soulève la question du financement des larges déficits (budgétaires et des comptes courants, ndlr) du Royaume-Uni", a ajouté l'agence de notation.

Le changement à une perspective "négative" signifie que la note du pays pourrait être abaissée à court ou moyen terme, bien que cela ne constitue pas une certitude, S&P évoquant "une probabilité d'une sur trois dans les deux ans à venir".

S&P est la seule des trois grandes agences de notation à conférer sa note maximale à la dette à long terme du Royaume-Uni. Moody's lui octroie la note "Aa1" (perspective stable), soit la deuxième meilleure de son échelle qui en compte 19.

Le Premier ministre conservateur David Cameron, largement réélu lors des élections législatives du 7 mai, a promis d'organiser un référendum sur le maintien ou non du pays dans l'UE d'ici à la fin 2017 au plus tard. Il se dit personnellement favorable au maintien, mais dans le cadre d'une UE réformée après une renégociation des conditions d'appartenance de son pays.

Londres souhaite notamment rapatrier certains pouvoirs au nom de la souveraineté du Parlement britannique et durcir les conditions d'accès aux aides sociales pour les ressortissants de l'UE.

"Appeler à un référendum sur l'appartenance à l'UE va davantage exposer la politique économique (du gouvernement) à la politique politicienne", a prévenu en outre S&P, qui y voit une situation comparable avec celle qui a prévalu aux États-Unis lorsque l'agence avait dégradé la note américaine sur fond de guérilla parlementaire entre démocrates et républicains autour du budget.

Le Royaume-Uni a encore son triple A

"Le Royaume-Uni bénéficie de son statut d'économie ouverte qui a, d'après nous, prospéré dans le cadre de l'UE. L'appartenance du pays à l'UE a permis à son économie d'attirer davantage de flux de capitaux à bon marché et de main d'œuvre qualifiée que si elle n'avait pas été membre du marché unique", a encore estimé l'agence de notation.

"L'immigration importante vers le Royaume-Uni au cours de la dernière décennie a soutenu l'économie et le budget" britanniques, a ajouté S&P.

Les milieux d'affaires de la City de Londres sont dans l'ensemble favorables au maintien dans l'UE, mais l'incertitude entraînée par cet appel aux urnes a tendance à inquiéter le patronat britannique.

L'agence Fitch n'a elle pas voulu s'avancer, estimant après avoir maintenu la note que "faire un jugement définitif de l'impact d'une éventuelle sortie de l'UE sur la dette souveraine n'est pas possible à ce stade car les contours du scénario d'une éventuelle sortie restent très incertains".

"Négocier la forme d'une sortie serait long et compliqué", et "cette incertitude pourrait en elle-même nuire à la croissance" a néanmoins averti la concurrente de S&P.

Le Trésor minimise

Le Trésor s'est voulu positif après la décision de S&P, soulignant d'abord que l'agence avait maintenu la note "AAA", ce qui constitue d'après lui "un encouragement à la reprise solide favorisée par le plan du gouvernement à long terme".

"Nous sommes les premiers à dire que nous sommes dans une période de risque élevé qui menace la reprise, ce qui explique pourquoi nous travaillons à renforcer la stabilité de l'économie", a-t-il souligné.

"Au cœur de ce plan figure le fait de donner au peuple britannique son mot à dire sur l'appartenance à l'UE pour la première fois en 40 ans et de résoudre l'incertitude entourant la relation du Royaume-Uni avec l'UE", a assuré le Trésor.

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a écrit le 15/06/2015 à 11:47 :
vu les chiffres du deficit public et de la dette cette note aurait dû etre perdue depuis longtemps. la chance du royaume uni en la matière est que la banque d'angleterre agit activement sur les marchés pour "temporiser".
Car malgré la croissance affichée - bien plus forte qu'en France - le deficit public britannique est encore plus elevé que le notre et la dette est équivalente.
a écrit le 14/06/2015 à 21:07 :
Les Français espèrent toujours la chute des autres: Allemands, Anglais, Suisses notamment mais hélas la France reste l'exception, le boulet européen. Pourquoi? Car la France a perdu certaines valeurs morales. Elle est veule, hypocrite et jalouse. Les Français qui le peuvent quittent ce pays qui n'en vaut plus la peine. On ne se grandit pas en voulant la perte des autres.
a écrit le 14/06/2015 à 13:06 :
Ben voyons.. Cameron essaie de nous refaire le coup "réussi" de Mme Thatcher. Je veux bien que mon pays reste dans l'UE mais à mes conditions, favorables pour nous et au détriment des autres membres, bien sûr. J'espère que l'UE ne va rien lâcher et que son coup de bluff va lui "péter à la gueule"
a écrit le 13/06/2015 à 11:55 :
Oui, il y a un petit risque politique au RU. Ceci étant, je garde une grande confiance en ce pays appelé à devenir la première puissance européenne en 2050 loin devant la France et même devant l'Allemagne handicapée par sa démographie.
Réponse de le 13/06/2015 à 14:06 :
@Kikou
On en reparlera lorsque l'Ecosse sera sortie du RU. Quant à la City qui pèse un poids énorme dans l'économie, il n'est pas du tout certain qu'elle conserve dans le temps son leadership. Le Ru sera alors au niveau de l'Italie, de l'Espagne. C'est un autre scénario qui ne vaut pas plus que vos prévisions pour 2050.
Réponse de le 13/06/2015 à 16:53 :
@KIKOU
EUROSTAT 2008/2013, progression personnes en risque de pauvreté ou d'exclusion sociale :
A part le R.-U.-City, j’ai exclu les paradis fiscaux qui ne combattent pas à armes égales.
2008 > 2013
ITA : 25,3 > 28,4% de la population totale.
ESP : 24, 5 > 27,3%.
POL : 30,5 > 25,8%. Bravo
R-U : 23,2 > 24,8%.
ALL : 20,1 > 20,3%.
DAN : 16,3 > 18,9%
AUT : 20,6 >18,8%
FRA: 18,5 > 18,1%.
SUE : 14,9 > 16,4%.
FIN : 17,4 > 16,0%. Bravo
P-B : 14,9 > 15,9%
NOR : 15 > 14,1%. Avec la baisse du baril, la Norvège risque de faire marche arrière.
………
J’exclus la Pologne, qui reste encore un semi-émergent mais qui progresse bien.
Les 2 championnes ont suivi les demandes de Merkel et ses 3% tout de suite.
Pour l’économie la plus libérale soutenue par ses paradis fiscaux dont La City, et qui a fait marcher la planche billet (quantitative easing), ce n’est pas glorieux.
Ces économies sont aussi les plus gangrénées par la mafia.
La France reste seule exception nord-sud.
Nous avons plus de chômeurs mais moins de pauvres que l’Allemagne et le Royaume-Uni.
Le chômage se résorbera, les petits boulots resteront et n’amèneront plus de valeur ajoutée.
Mais un déficit certain des cadres et des marges qui vont diminuer avec des exportations qui en souffriront.
L’ALL peut encore changer d’orientation. Pour le R-U, trop tard.
Pas de chance, ALL et FRA ont tous intérêts à continuer la pression sur les paradis fiscaux et les entreprises qui oublient de payer leurs impôts.
La notation en baisse n’est pas une surprise pour ceux qui ont tout compris.
Réponse de le 13/06/2015 à 20:11 :
@Marco1
Ces stats sont intéressantes mais
- d'où sortent-elles ?
- Sur quelles hypothèses ont-elles été élaborées ?
- quels sont les % d'incertitudes ?
Les problèmes avec tous ces organismes sont de comparer des pommes et des poires.
Déjà en France par exemple, il y a un écart de 600 000 chômeurs cat. A entre l'INSEE (qui évalue selon règles BIT) et pôle emploi (qui compte) et donc une différence de 6 mlns dans la population active. J'ai donc une interrogation sur le taux de pauvreté en France car je ne sais pas comment il est évalué.
Vous conviendrez que si on se met ensuite à comparer les statistiques de pays différents, cela devient hyper délicat.
Cordialement
Bernard
PS ce n'est pas une critique à votre contribution
Réponse de le 14/06/2015 à 16:21 :
Il faut savoir lire comme il faut un commentaire : il est indiqué EUROSTAT qui est la source des statistiques citées. C'est un organisme européen, donc plutôt à même de comparer les statistiques issues de divers pays, vu que c'est leur boulot.
a écrit le 13/06/2015 à 9:51 :
une façon d'influencer le référendum ... ! Une sorte d'ingérence politique !
Réponse de le 13/06/2015 à 10:25 :
Pourquoi ? C'est une évidence objective qu'un Brexit serait un mauvais coup d'abord pour l'économie britannique. L'UE s'en relèverait puisque ça lui permettrait de pousser les feux de l'intégration fédéraliste, Pas le Royaume Uni. Qui d'ailleurs probablement exploserait par sortie de l'Ecosse. Que les milieux économiques disent quelles risquent d'être les conséquences économiques du Brexit ce n'est pas de l'ingérence, mais de l'information objective.

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