Malgré la guerre en Ukraine, la "stagflation" peut être évitée, selon Christine Lagarde (BCE)

La guerre en Ukraine a provoqué une nouvelle envolée des prix de l’énergie en Europe, Moscou étant l'un des fournisseurs principaux en hydrocarbures de l'Union européenne. Mais selon la patronne de la Banque centrale européenne (BCE), le phénomène n'entrainera pas de stagflation (le mélange d'une faible croissance et d'une forte inflation) sur le Continent.

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(Crédits : YIANNIS KOURTOGLOU)

L'inflation, qui s'est installée dans les mois suivant la crise Covid suite à l'injection massive de liquidités dans l'économie, a trouvé un nouveau relais : la guerre en Ukraine. Après avoir reconnu finalement que le phénomène n'était pas temporaire et qu'il allait "durer", Christine Lagarde reconnait désormais que les perspectives sont "changeantes". La patronne de la Banque centrale européenne (BCE) a en outre prévenu mercredi qu'un conflit prolongé en Ukraine continuerait de faire augmenter les prix de l'énergie et le coût de la vie en Europe.

L'invasion de l'Ukraine lancée par la Russie le 24 février a entrainé "une incertitude considérable" pour les perspectives économiques dans l'Union européenne, a déclaré Mme Lagarde en visite à Chypre.

"Il est clair que plus la guerre durera, plus les coûts économiques seront élevés et plus la probabilité de perspectives défavorables sera grande", a averti la patronne de la BCE.

Les économies avaient rebondi plus vite que prévu des conséquences de la pandémie de Covid-19, a souligné Mme Lagarde. Dès lors, un choc d'offre et de demande a fait monté l'indice de prix. En France, les prix à la consommation augmenteraient de 3,6% en février 2022 sur un an, après +2,9% le mois précédent, selon l'Insee qui juge d'ailleurs aussi que la guerre en Ukraine va "attiser" l'inflation. Dans certain pays, tel l'Espagne celle-ci a atteint +7,6% en février. En Allemagne, c'est un record depuis la Réunification en 1990 qui a été franchi, à +7,3% en mars.

Aux Etats-Unis, l'inflation est encore plus marquée (+7,9%), ce qui a décidé la Réserve fédérale à commencer à réduire son soutien mi-mars. Contrairement à la Fed et la Banque d'Angleterre, la BCE n'a pas encore relevé ses taux d'intérêt mais elle a toutefois entrepris de réduire ses soutiens exceptionnels à l'économie.

Les ménages deviennent pessimistes

Tandis que cette inflation repose sur la hausse des matières premières, la guerre entre la Russie et l'Ukraine vient renforcer ce phénomène. "Les économistes appellent un +choc d'offre+ qui (...) accentue l'inflation et réduit la croissance simultanément", a expliqué Christine Lagarde.

Selon Mme Lagarde, les prix de l'énergie devraient rester en hausse, le prix du gaz ayant déjà augmenté de 52% depuis le début de l'année et celui du pétrole de 64%.

Les prix des produits alimentaires devraient aussi être affectés, a ajouté la directrice, l'Ukraine et la Russie représentant 30% des exportations de blé au niveau mondial.

De ce fait, les ménages deviennent plus pessimistes et pourraient réduire leurs dépenses, selon elle. "La confiance des consommateurs est tombée ce mois-ci à son plus bas niveau depuis mai 2020", en pleine crise du Covid-19.

L'industrie française perd confiance

Selon Mme Lagarde, les investissements des entreprises risquent aussi d'être touchés. Les chiffres vont pour l'heure en ce sens, avec un repli de près de 4 points de la confiance des entreprises du secteur industriel, selon une enquête de la Commission européenne.

D'ailleurs, la détérioration est plus marquée en France sur l'industrie (-6 points), suivie par l'Allemagne. "Ce sont principalement les perspectives de production qui se sont repliées avec un décrochage de 9 points dans l'ensemble de la zone euro", note Stéphane Colliac, économiste Senior France à BNP Paribas.

La "stagflation" peut être évitée

"Avec une réponse politique appropriée, nous pouvons atténuer les conséquences économiques de la guerre et gérer les niveaux élevés d'incertitude auxquels nous sommes confrontés", a toutefois estimé Christine Lagarde.

La présidente de la BCE estime que la "stagflation" - qu'elle définit comme "une récession de l'économie sur une base durable et une inflation élevée, qui continue à augmenter" - peut être évitée.

"Même dans notre scénario le plus pessimiste, nous envisageons une croissance d'environ 2% en 2022", avait abondé il y a quelques jours Luis de Guindos, le vice-président de la BCE, pour la zone euro.

Pour la Française, la guerre en Ukraine a révélé les "faiblesses stratégiques profondes de nos relations en matière de sécurité et de commerce, que nous ne pouvons résoudre qu'en étant plus unis".

Pour 2022, la BCE vient d'ailleurs de relever ses prévisions d'inflation pour 2022 à 5,1% en zone euro. Pour l'Hexagone, la Banque de France mise, elle sur un rythme annuel de +4,4%.

(Avec agences)

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Commentaires 5
à écrit le 11/04/2022 à 10:35
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Oui, la stagflation pourrait être évitée si des mesures intelligentes étaient prises : favoriser l'activité économique de toutes les manières, y compris pour les jeunes et les retraités, simplifier en profondeur le stock de centaines de milliers de n...

à écrit le 02/04/2022 à 11:59
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Bonjour, Bon l'inflation est un des Meaux de la dette, de l'énergie chère , et d'un changement de portage en Europe... Souveraineté, efforts de défense, présidentielle, guerre en Ukraine...

à écrit le 31/03/2022 à 8:28
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Heu... elle a fait ses courses Christine ces derniers temps ? Bah ça doit pas être elle qui doit les faire forcément, dommage on apprend beaucoup sur la réalité. Bah tant que la baguette est pas à 10 balles tout va bien hein ! Au secours.

à écrit le 30/03/2022 à 20:03
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elle est avocate, elle n'y comprend pas grand chose, a lors elle dit des conneries, et surtout elle les fait.........en allemagne y a 1.8% de croissance et 7% d'inflation, bon ca s'appelle comment, sachant que ca va perdurer? ok, merci madame de votr...

à écrit le 30/03/2022 à 18:18
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Oui , elle certainement n'en ressentira rien , mais nous en ce moment on s'en prend plein (la gueule) et notre pouvoir d'achat diminue drastictement .

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