Mario Centeno, le "Ronaldo de l'Ecofin" prend la tête de l'Eurogroupe

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L'expérience que le [pays] a vécue dans le passé récent montre qu'il est possible en Europe de concilier des objectifs de redressement budgétaire et de croissance, avait plaidé Mario Centeno jeudi.
"L'expérience que le [pays] a vécue dans le passé récent montre qu'il est possible en Europe de concilier des objectifs de redressement budgétaire et de croissance", avait plaidé Mario Centeno jeudi. (Crédits : Reuters/Rafael Marchante)
[PORTRAIT] Le ministre des Finances portugais, Mario Centeno, a été désigné président de l'Eurogroupe ce lundi. Tout un symbole, tant le Portugal a connu un redressement économique en contournant l'austérité.

Celui-ci ne marque pas de buts, mais aura un rôle central dans la politique économique en Europe. Surnommé le "Ronaldo de l'Ecofin(*)" par son ancien homologue, l'orthodoxe allemand Wolfgang Schäuble, Mario Centeno a été élu ce lundi président de l'Eurogroupe - l'organe informel qui rassemble les ministres des Finances des 19 pays de la zone euro.

Favori, le Portugais a été élu par ses pairs au deuxième tour de scrutin face au libéral luxembourgeois Pierre Gramegna. Il succédera le 13 janvier au Néerlandais Jeroen Dijsselbloem, pour un mandat de deux ans et demi.

À bientôt 51 ans, Mario Centeno a connu une ascension politique fulgurante. Économiste diplômé de Harvard, il travaille près de 10 ans à la Banque du Portugal avant d'entrer au gouvernement socialiste d'Antonio Costa en 2015. Il fait partie des chefs d'orchestre du redressement du pays qui, comme les autres Etats d'Europe du Sud, a été durement frappé par la crise de la dette.

Une validation du "modèle portugais" ?

Aujourd'hui, le Portugal fait figure de modèle pour certains socio-démocrates en Europe. "L'expérience que le [pays] a vécue dans le passé récent montre qu'il est possible en Europe de concilier des objectifs de redressement budgétaire et de croissance", avait d'ailleurs plaidé Mario Centeno jeudi.

S'éloignant des contraintes de Bruxelles, le gouvernement d'Antonio Costa a choisi d'encourager la consommation et de détricoter les réformes d'austérité mises en place par la droite au pouvoir. Une stratégie payante puisque le Portugal a réduit son déficit public à des niveaux jamais enregistrés depuis 40 ans.

Lisbonne, veut voir dans la nomination de son ministre des Finances, une sorte de validation de ses choix économiques. Critiqué pour ses mesures d'austérité, nul doute que Bruxelles a cherché à redorer son blason. L'idée était également de maintenir l'équilibre politique dans les instances européennes. La Commission, le Conseil et le Parlement étant tenus par la droite.

Certains doutent de la capacité de Mario Centeno à se faire le porte-voix d'une politique économique plus sociale. Bien que membre d'un gouvernement socialiste soutenu par les communistes, l'économiste est resté sans étiquette. Dans les milieux d'affaires, il est décrit comme un "centriste" ou un "libéral". Il s'était d'ailleurs montré favorable à plus de flexibilité sur le marché du travail. Comme d'autres avant lui, il n'est pas impossible qu'il se fonde dans un rôle de défenseur de l'orthodoxie financière.

Différence de style avec Dijsselbloem

Pourtant social-démocrate, son prédécesseur, Jeroen Dijsselbloem, a endossé ce rôle sans difficulté, au grand dam d'Athènes. Le mandat du Néerlandais a notamment été marqué par sa fermeté à l'égard du gouvernement d'Alexis Tsipras en 2015, lors des négociations sur la dette grecque.

Reste à savoir comment Mario Centeno gérera ce dossier. Il devrait en tout cas l'aborder avec plus de tact que Jeroen Dijsselbloem. Pour mémoire, ce dernier est l'auteur d'une déclaration choc en mars dernier, peu après la débâcle de son parti aux législatives aux Pays-Bas. Dans un quotidien allemand, il accusait les habitants des pays du Sud de l'Europe de "dépenser tout l'argent dans l'alcool et les femmes" et ensuite de "demander de l'aide" aux pays du Nord. Par ailleurs, la nomination de Mario Centeno a dû satisfaire Athènes. Alexis Tsipras avait jugé ce week-end sa candidature "pleine d'espoir".

Un programme chargé

Outre la Grèce, le programme du nouveau président de l'Eurogroupe sera chargé. Il doit conduire la réforme de la zone euro sur laquelle les Etats membres planchent depuis plusieurs mois. Au menu des débats : la définition d'un budget commun, la création d'un poste de ministre "européen" des Finances et l'achèvement de l'Union bancaire.

(Avec AFP)

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(*) Ecofin est l'acronyme du Conseil des ministres des finances de l'Union européenne, qui intègre donc les ministres des 28 pays de l'UE. L'Eurogroupe ne rassemble que les 19 de la zone euro.

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Commentaires
a écrit le 04/12/2017 à 18:14 :
Parti social démocrate portugais qui au lieu de s'allier comme tous les autres partis sociaux démocrates à des partis à sa droite a préféré, voyant que la social démocratie a été éradiquée du fait de ses multiples trahisons, s'allier avec les partis à sa gauche malgré l'opposition de plusieurs d'entre eux.

Et ça fonctionne tant bien que mal mais en comparaison avec les autres pays européens on peut parler là de miracle portugais. A opposer au miracle allemand qui génère précarité et dégradations des conditions de travail.

"Au Portugal, la gauche essaye" https://www.monde-diplomatique.fr/2017/10/DARCY/58000 (gratuit)

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