Mario Draghi muscle son QE pour masquer son impuissance

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Mario Draghi s'est dit prêt à agir davantage.
Mario Draghi s'est dit prêt à agir davantage. (Crédits : © Ints Kalnins / Reuters)
La BCE a annoncé une modification marginale des règles du programme de rachat d'actifs publics. Une tentative pour tenter de contrer les effets du ralentissement émergent. Mais Mario Draghi est bien seul.

Mario Draghi tente de relance sa politique de rachats d'actifs publics. Le président de la BCE a annoncé ce jeudi 3 septembre une modification du fonctionnement de son programme d'achats de titres publics, connus sous le nom d'assouplissement quantitatif (connu sous l'acronyme anglais de QE). Désormais, la banque centrale pourra racheter jusqu'à 33 % d'une émission de titres, contre 25 % jusqu'ici, si, cependant, elle ne dispose pas d'une minorité de blocage. Ceci va donc permettre de concentrer l'action de la BCE sur certaines parties de la courbe des taux des Etats membres, et donc d'agir, en cas de besoin de façon plus ciblée.

Pas d'augmentation du QE

Le montant mensuel des rachats demeure cependant le même, 60 milliards d'euros. Il ne s'agit donc pas d'élargir les montants mis à disposition de ces rachats. En revanche, Mario Draghi a, à nouveau, insisté sur la possibilité qu'avait l'institution de Francfort, d'aller plus loin que sa date de fin prévue, septembre 2016, « si cela est nécessaire et dans tous les cas jusqu'à ce que nous voyons un ajustement soutenu dans le tracé de l'inflation vers notre objectif d'un taux inférieur, mais proche de 2 %. » Bref, le QE durera tant qu'il le faudra, même si, a précisé Mario Draghi, l'augmentation du montant des rachats « n'a pas été discuté. »

Message aux agents économiques

Cette modification marginale est en réalité un message envoyé aux marchés et aux agents économiques pour rétablir la confiance dans la politique monétaire de la BCE. Car pour le moment, le bilan du QE, lancé en mars, et des autres programmes de rachats lancés en juin et septembre dernier, restent assez mitigés. Certes, ces annonces ont fait beaucoup baisser l'euro, ce qui a donné un coup de pouce bienvenu aux croissances de plusieurs pays de la région, comme l'Irlande, l'Espagne ou l'Allemagne. Certes, la baisse des taux provoqués par le QE a permis de stabiliser l'offre de crédits. Mais la situation est loin d'être réjouissante.

Reprise fragile

La reprise reste réduite et est désormais sous la menace du ralentissement des marchés émergents. Les prévisions des équipes de la BCE ont ainsi été révisées à la baisse et l'on ne prévoit plus qu'une croissance de 1,4 % en 2015, 1,7 % en 2016 et 1,8 % en 2017. L'effet reste donc assez faible. Surtout, l'impact sur l'inflation, le seul objectif de la BCE, rappelons-le, est bien peu sensible. De juin à août, le taux d'inflation de la zone euro est demeuré à 0,2 % sur un an. Sur 2015, les équipes de la BCE ont aussi révisé leurs objectifs à la baisse à seulement 0,1 % cette année et 1,1 % en 2016. Certes, Mario Draghi, comme toujours depuis plus d'un an, met en avant l'effet de la baisse du pétrole. Mais avec un tel taux d'inflation, les marges des entreprises restent sous pression. Et le QE n'aura guère aidé de ce point de vue.

Certes, Mario Draghi a insisté sur l'incertitude de la situation, jugeant qu'il est trop tôt pour dire si la crise des émergents est « temporaire » ou « durable. » Mais il a reconnu que la reprise allait se poursuivre à un rythme moins soutenu qu'auparavant (rythme qui n'était déjà guère soutenu) et que les risques principaux étaient ceux d'une dégradation. Le président de la BCE a alors laissé les portes ouvertes à toute nouvelle action, affirmant qu'il avait encore les moyens et les outils pour agir.

La politique monétaire ne suffit pas

Reste qu'il faut se rendre à l'évidence : l'action de la BCE ne suffit pas. Rien d'étonnant à cela, puisque Mario Draghi l'avait lui-même prédit voici un an, dans son fameux - mais, depuis quelques mois très oublié - discours de Jackson Hole du 22 août 2014. Dans ce discours, puis dans la conférence de presse de la BCE du mois de septembre suivant, voici donc précisément un an, l'Italien avait affirmé que « la politique monétaire ne peut pas tout. » Le QE sans l'action conjuguée des « réformes structurelles » et d'une politique de relance budgétaire active au niveau européen était voué à l'impuissance. Or, dès le mois d'octobre, Mario Draghi faisait marche arrière pour une raison simple : le refus des Etats et singulièrement de l'Allemagne de mener une politique active de relance.

Le changement de discours et l'abandon de Jackson Hole

Dès lors, le discours de la BCE a changé. La politique monétaire pouvait tout. Mario Draghi n'a gardé, évidemment, que son discours sur les « réformes structurelles » dont l'absence supposée est désormais le seul vrai obstacle à la reprise. Lors de son intervention, ce 3 septembre, le président de la BCE consacre sept lignes à ces réformes structurelles. Certes, il ajoute que « la politique budgétaire devrait soutenir la reprise », mais pour ajouter aussitôt qu'elle doit rester « dans le cadre du pacte de stabilité et de croissance. » Et d'ajouter : « une mise en œuvre pleine et constante de ce pacte est cruciale. » Autant dire que ce troisième pilier est réduit à une portion congrue. C'était pourtant le cœur du programme de Jackson Hole de 2014.

La zone euro souffre évidemment d'un manque d'investissement majeur et le lent et inefficace plan Juncker, avec ses 315 milliards d'euros d'investissements rêvés, ne peut remplacer une véritable politique de relance centrée sur les pays qui en ont le plus besoin et qui, souvent, sont ceux qui sont déjà hors des clous du pacte budgétaire. Bref, la relance européenne concertée et ciblée voulue par Mario Draghi en 2014 était bien nécessaire. En passant, on pourrait remarquer que c'était une des demandes pour la Grèce du gouvernement grec d'Alexis Tsipras que la BCE elle-même a contribué à mettre à genoux.

Test de la crise émergente

Mario Draghi se retrouve donc dans le rôle qu'il voulait éviter, mais qu'il a fini par accepter : celui d'être le seul rempart contre le risque récessif et déflationniste. Mais la transmission de la politique monétaire demeure toujours assez délicate et, surtout, ce n'est pas un bouclier suffisant face aux événements exogènes. Ainsi a-t-on vu l'euro remonter nettement après la dévaluation chinoise et la panique qui s'en est suivie sur les marchés. La crise des pays émergents sera donc un véritable test pour cette nouvelle doctrine où la politique monétaire « pourrait tout. » Mais ce sera sans doute un test bien difficile.

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Commentaires
a écrit le 04/09/2015 à 15:57 :
Toujours la même tambouille médiatique !!! Si vous aviez le niveau de Mario Draghi, cela se saurait.. !!! Mais vous en êtes loin et vous devriez vous contenter d'apprendre, de comprendre et d'expliquer.... plutôt que de prétendre !!!!
a écrit le 04/09/2015 à 11:31 :
L'utilité des QE n'ai pas économiquement prouvée. Les japonais sont au plus bas et pourtant la Boj arrose à tout va. La Fed l'a arrêté mais ne voit rien venir quand à une réelle reprise. D'inflation point; les taux au plus bas ne font même pas consommer. C'est donc bien la dette qui devient le couvercle de la marmite et chacun de réduire son train de vie remplissant son bas de laine ou remboursant ses dettes. Les états ne connaissent que l'impôt pour régler l'addition.
a écrit le 04/09/2015 à 9:33 :
Les marchés ne s'y sont pas trompés, M.D tire ses dernières cartouches en vain...
a écrit le 04/09/2015 à 9:28 :
Tout çà, c'est de la littérature : n'en déplaise à tous les grincheux, l'économie européenne, qui est le plus grand marché mondial, a de beaux jours devant elle.
Surtout depuis que l'Euro n'est plus surévalué, et que les prix des matières premières importées ont perdu 50%, et donc baissés encore plus.
Réponse de le 04/09/2015 à 17:16 :
Avec l'Allemagne qui tient les commandes et impose ses diktats? J'en doute...
a écrit le 04/09/2015 à 2:24 :
La croissance Allemande n'est-elle pas depuis 2007 double de la France pour aucun déficit, ne devrait-on remettre en cause la politique de relance de l'Etat français? La croissance étant créatrice d'emplois, alors que c'est la première préoccupation française. La balance commerciale française n'est-elle pas négative. La France perdrait plus de parts de marché en industrie, l'Etat n'a-t-il pas une action délétère sur l'industrie ou l'agriculture? N'a-t-il pas une politique de destruction d'emploi à mettre en examen par la société française? On parle d'importation de conflits internationaux, l'Etat n'a-t-il pas une politique terroriste antisémite? On parle d'une guerre des monnaies, les citoyens ne devraient-ils pas être vigilants sur les guerres imposées et non désirables...
On parle d'une politique d'offre, sans baisses d'impôts existent-elle?
La croissance française dans la dépense publique au PIB à 25%, les américains sont à 15%, la croissance c'est quoi?
En maximum de faillites, l'Etat ne fait-il pas une relance financière qui privilégie la spéculation, en déformant le PIB en faisant une enflation et une pénurie d'offre alors qu'il faudrait augmenter les prix.
Le but d'une société est-il la destruction humaine et détruire encore plus en faisant semblant de relancer?
Ne fait-on des KMERS monétaires de la dévaluation?
a écrit le 03/09/2015 à 22:56 :
Le QE n'est pas pour rien un baragouinage anglo-saxon. Les peuples l'ont compris et la confiance n'est même plus là chez les derniers benêts. Quant aux manipulateurs sophistiqués, que feront-ils quand la non valeur des actifs achetés et stockés "émergeront" des bilans des banquiers centraux ? La planche à billets vermoulue peut-elle être indéfiniment étendue ?
a écrit le 03/09/2015 à 22:46 :
Et dire qu'ils font soi disant parti des Elites en économie, les QE n'ont jamais redonnés de l'activité donc de la croissançe, regardez le Japon les E.U. les G.B. par contre les banques se remplissent a moindre frais au détriment du peuple.
Draghi = G. S.
Réponse de le 04/09/2015 à 10:53 :
Eh oui, dragi ancien de goldman. Tout comme Monti d ailleurs. La bank à l origine des subprimes a placé ses pions dans la commission europeenne
Réponse de le 04/09/2015 à 17:17 :
@ Merci : Cela vous étonne?
a écrit le 03/09/2015 à 20:57 :
Un QE n'est qu'une forme modernisée de la planche à billets : l'argent ainsi garanti aux banques ira directement vers les plateformes de high frequency trading et même pas 1% vers l'économie réelle . Pourquoi investir dans une entreprise qui fera au mieux du 3% par an alors que les high frequency trading peut le faire par ... semaine voire par jour..... par des manipulations de prix à la hausse et à la baisse? Malheureusement la planche à billet du désespoir ça finit toujours mal et plus vous en faites plus la chute sera brutale ....les assurances vies partiront en fumée soyez en sûrs, dajà le point de non retour est dépassé , écoutez Delamarche ou Jorion ou les éconoclastes sur youtube, moi j'ai tout mis dans l'immobilier . Même Attali et Baverez ne croient plus à l'idéologie néolibérale ,à la catallaxie magique qui nous sauverait......La question est où et quand le Big Krach obligataire va se déclencher ?
Réponse de le 04/09/2015 à 0:19 :
Ce jour là, plus personne ne pourra racheter vos maisons ni payer vos loyers. La BCE est en train de ruiner tout le monde.
a écrit le 03/09/2015 à 20:00 :
D'autant plus clair que ce sera "difficile" vu que les tombereaux de milliards donnés aux banques partout dans le monde ont déjà montré que cela ne servait à ... rien. Il semble qu'il faille qu'il suive les autres dans la même aberration. On dirait que le capitalisme a du souci à se faire, en ce moment...
a écrit le 03/09/2015 à 19:56 :
donc moins l'euro seras chère plus il y auras de croissance la baguette a 1 e bientôt a 10e
et se jour la on vous diras la croissance repart mais il y auras toujours 1 seule baguette de vendu mes tout est calculer en numéraire donc c sa la croissance .toujours +chère.
C comme sa que l’on instaure la confiance !!!!!!!!!!il faut investir épargner travailler
Pour un euro qui ne vaudras plus rien .
a écrit le 03/09/2015 à 19:56 :
donc moins l'euro seras chère plus il y auras de croissance la baguette a 1 e bientôt a 10e
et se jour la on vous diras la croissance repart mais il y auras toujours 1 seule baguette de vendu mes tout est calculer en numéraire donc c sa la croissance .toujours +chère.
C comme sa que l’on instaure la confiance !!!!!!!!!!il faut investir épargner travailler
Pour un euro qui ne vaudras plus rien .
a écrit le 03/09/2015 à 19:50 :
comme d'habitude et dans tous les cas la BCE prête à des taux zéro ou proches aux banques 2013/2014 rachète de la dette publique mais ne contraint aucunement aux teneurs de ces titres banques et assurances principalement, à réinvestir dans l'économie dite réelle, ce qui fait que cette masse monétaire coule à flot 60 milliards dans des marchés bien loin de la création de croissance et cela avec l'accord tacite des politiques qui n'ont plus aucune crédibilité auprès des argentiers. L'affaire QE une future explosion type bulle?????
a écrit le 03/09/2015 à 18:59 :
Mario Draghi muscle son QE pour masquer son impuissance -- '' généralisée ''' -- tout ce petit monde des impuissants si bien rémunérés------------Les institutions européennes attirent directement et indirectement 50 000 personnes dans la ville. De plus, 20 000 personnes travaillent à Bruxelles grâce à la présence des institutions (générant ainsi deux milliards d'euros chaque année) et 2 000 compagnies étrangères sont installées dans la ville, employant 80 000 locaux parlant plusieurs langues53.--------- https://fr.wikipedia.org/wiki/Bruxelles_%28Union_europ%C3%A9enne%29
a écrit le 03/09/2015 à 18:51 :
Romaric Godin muscle son discours...pour masquer son incompetence
a écrit le 03/09/2015 à 18:27 :
QE inefficace comme en GB et aux USA où ils n'ont servis qu'à acheter de la dette publique aux détriments des investisseurs privés qui se sont retournés vers les marchés financiers. D'où la bulle déconnectée du réel. Heureusement, enfin sauf pour l'environnement, le gaz et pétrole de schiste ont permis aux USA de rebondir pour un temps. Ce type de QE est inefficace par définition car n'ayant vocation à se déverser dans l'économie réelle que par incitation ( baisse des taux pour inciter à l'investissement ou à la relance de l'endettement des consommateurs privés) ce qui ne se réalise pas faute de croissance ( pourquoi investir ?) et faute d'emplois ( pourquoi s'endetter pour consommer alors que l'on peut perdre son emploi ?). Ce type de QE doit aussi permettre de relancer la course à la baisse des coûts pour prendre des parts de marchés aux autres : quoi de plus efficace qu'une baisse du taux de change pour baisser ses coûts relatifs internes ? Sauf que cela ne dure pas car tout le monde suit. Le Japon l'avait déjà démontré. Mais peu importe les échecs répétés, il faut continuer dans l'échec, alors ils continuent, et ils signent des traités de libre échange qui ne dynamisent rien mais comme c'est écrit par les dévots de l'économie dominante, on continue ! On peut remarquer en passant que le déversement de milliers de milliards en faveur, au final, des marchés financiers est plus acceptable pour les tenants de l'économie dominante que le déversement de 1000 fois moins pour un revenu universel...

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