Paris bien placée pour profiter du Brexit, mais...

Bien que dotée de nombreux atouts, la capitale française doit encore faire des efforts si elle veut attirer les délocalisations des société installées à Londres, selon un rapport sénatorial. Parmi les recommandations avancées, un allègement fiscal pour les entreprises du secteur de la finance et une réforme du cadre concernant les licenciements.
Sasha Mitchell

4 mn

Un argument de taille pour la capitale française : le coût des bureaux y est plus de deux fois moins cher qu'à Londres (800 euros le mètre carré contre 1.800 euros) tandis que quatre fois plus d'espace sont disponibles à Paris plutôt qu'à Francfort, sa principale concurrente.
Un argument de taille pour la capitale française : le coût des bureaux y est plus de deux fois moins cher qu'à Londres (800 euros le mètre carré contre 1.800 euros) tandis que quatre fois plus d'espace sont disponibles à Paris plutôt qu'à Francfort, sa principale concurrente. (Crédits : © Christian Hartmann / Reuters)

À une dizaine de jours de l'ouverture des négociations sur le Brexit entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, la France passe la vitesse supérieure. Objectif affiché : identifier les points forts et les points faibles de la place de Paris en vue d'attirer les établissements bancaires et autres compagnies d'assurances susceptibles de quitter Londres dans les mois à venir. "Paris a toutes ses chances", assurait le patron de la Banque de France, Villeroy de Galhau fin mai. Un rapport sénatorial publié mercredi sur la question adresse un message, peu ou prou, similaire.

"Le Brexit pourrait favoriser un rééquilibrage du paysage financier européen dont l'ampleur dépendra de l'issue des négociations", peut-on lire dans ce rapport, présenté par le sénateur Les Républicains d'Eure-et-Loir, Albéric de Montgolfier.

Or la perte annoncée du "passeport européen" pour les entreprises présentes dans la capitale britannique pourrait bien profiter à Paris, qui dispose de nombreux arguments :

  • Ensuite, le coût des bureaux y est plus de deux fois moins cher qu'à Londres (800 euros le mètre carré contre 1.800 euros) tandis que quatre fois plus d'espaces sont disponibles dans la capitale française plutôt qu'à Francfort, sa principale concurrente;
  • Selon le rapport du Sénat, Paris est la deuxième ville européenne (loin derrière Londres, certes), à pouvoir "jouer les premiers rôles" dans l'ensemble des secteurs d'activité : cinq établissements français figurent en effet parmi les quinze premières banques européennes, ce qui permet à Paris de se placer sur la deuxième marche du podium des classements européens sur les marchés des changes et des taux. En gestion d'actifs, la place de Paris est numéro deux en Europe en montants gérés; dans le secteur de l'assurance, elle compte quatre groupes parmi les vingt premiers assureurs européens, dont le numéro un mondial Axa.

Un secteur encore trop centré sur la France

Mais ce dernier point, en dépit de tous ces signaux encourageants, illustre les difficultés de la place de Paris. Son développement, ces dernières années, semble davantage lié à l'importance de son marché national et à la présence historique de grands groupes français - comme Axa - qu'à sa capacité d'attraction de firmes internationales. La gestion d'actifs repose par exemple sur une base essentiellement domestique, souligne le rapport sénatorial. La répartition des effectifs des banques d'investissement américaines en Europe est à ce titre éloquente : la France (1%) se classe très loin derrière le Royaume-Uni (88%), l'Irlande (3,3%), l'Allemagne (2,6%) et le Luxembourg (1,6%). Résultat, ces données laissent craindre une érosion des parts de marché de la place de Paris pour les activités les plus susceptibles d'être délocalisées (marché des taux et des changes notamment).

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Ce relatif manque d'attractivité serait dû selon le rapport en priorité à un coût du travail qu'il juge trop élevé en France, dans le secteur financier.

"Pour un salaire brut annuel de 250.000 euros, le coût total pour l'employeur, qui correspond à la somme du salaire brut et des prélèvements sur le travail, s'élève à 265.000 euros en Allemagne, contre 387.000 euros [en France, ndlr], soit un écart de 46%", constate-t-il. "Autrement dit, pour le coût de deux banquiers à Paris, un employeur peut en embaucher un troisième à Francfort."

Si le rapport reconnaît que le droit du travail est désormais plus souple en France qu'en Allemagne, le manque de visibilité sur le coût d'un licenciement et la durée de la procédure peut encore constituer un frein.

Baisse des efforts demandés au secteur de la finance

Le rapport, réalisé au nom de la commission des finances, propose bon nombre de réformes du cadre fiscal et juridique et du système de régulation, afin de compléter les initiatives engagées depuis le vote sur le Brexit pour valoriser la place de Paris. Parmi celles-ci, la suppression de la tranche supérieure du barème de la taxe sur les salaires, le renforcement du régime des impatriés par la mise en place d'une exonération totale de taxe sur les salaires et une diminution du taux de la taxe sur les transactions financières de 0,3% (en vigueur depuis le 1er janvier) à 0,2%. Une baisse, en somme, des efforts demandés aux entreprises du secteur de la finance.

Le président Macron et le gouvernement semblent plutôt en accord avec ces recommandations, au vu de la réforme de libéralisation du code du travail actuellement à l'étude.

Sasha Mitchell

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