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ÉconomieUnion européenne

Portugal : le président joue la montre, mais jusqu'à quand ?

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 18 novembre 2015 à 15:42 - Mis à jour le 18 novembre 2015 à 16:04

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le président de la République Anibal Cavaco Silva n'a toujours pas nommé le leader du PS Antonio Costa premier ministre, malgré la motion de défiance votée le 10 novembre par la gauche. Quelles sont ses intentions ?

Le Portugal retient son souffle. Le pays n'a plus officiellement de gouvernement depuis que celui du premier ministre sortant de droite, Pedro Passos Coelho a été renversé à l'assemblée mardi 10 novembre par l'union des trois partis de gauche, les Socialistes du PS et les deux partis de la gauche radicale, le Bloc de Gauche (BE) et la CDU menée par les Communistes et les Verts. Depuis ce jour, le gouvernement doit se contenter de gérer les affaires courantes.

La balle dans le camp d'Anibal Cavaco Silva

La balle est désormais dans le camp du président de la République, Anibal Cavaco Silva, ancien membre, comme Pedro Passos Coelho, du Parti social-démocrate (centre-droit) et opposant farouche à un gouvernement soutenu par la gauche radicale. Le 30 octobre, il avait déjà nommé à nouveau l'ancien premier ministre pour tenter d'éviter cette option et diviser le PS. Sa manœuvre avait échoué. Pour autant, il se refuse aujourd'hui à accepter la décision de l'Assemblée de la République, le parlement monocaméral portugais, et à nommer le leader du PS, Antonio Costa, comme premier ministre.

Le projet de la gauche

Ce dernier entend en effet former un gouvernement socialiste qui bénéficiera de l'appui extérieur du BE et de la CDU. Le programme de cette alliance de gauche reste ouvert, notamment sur le plan budgétaire, même si de grandes lignes concernant la fin du gel des retraites ou la remontée du salaire minimum ont déjà été acceptées par les trois formations. Le PS a également fait accepter à ses futurs partenaires le respect du cadre budgétaire européen. Le flou relatif du programme peut être vu comme une faiblesse du prochain gouvernement, mais aussi comme une force : en cas de désaccord, le PS pourrait menacer de mettre fin à l'expérience, ce qui ferait immédiatement revenir la droite au pouvoir. Ni le BE, ni la CDU n'accepteraient sans doute une telle responsabilité.

Rappel de 1987

Mais Anibal Cavaco Silva prend son temps. Il ne peut dissoudre l'Assemblée, puisque la Constitution interdit une telle dissolution six mois avant ou après une élection présidentielle et que celle-ci est prévue en janvier. Mais rien ne l'oblige à nommer un nouveau gouvernement. Lundi 16 novembre, il a rappelé que, lorsqu'il était premier ministre lui-même, en 1987, il avait continué à diriger le gouvernement après la victoire d'une motion de défiance, pendant cinq mois. Entend-il renouveler la même expérience cette fois ? Il pourrait refuser de nommer Antonio Costa et maintenir Pedro Passos Coelho au pouvoir jusqu'à la prochaine présidentielle, laissant ainsi la responsabilité de la nomination du gouvernement de gauche à son successeur.

Attendre la présidentielle ?

Mais, au-delà de sa stratégie personnelle, Anibal Cavaco Silva peut aussi espérer jouer un jeu politique. En cherchant à montrer que l'alliance de gauche paralyse le pays, il pourrait tenter de provoquer une victoire du candidat de droite aux présidentielles, ce qui atteindrait notablement la crédibilité de la combinaison voulue par Antonio Costa. Le PS pourrait alors se fractionner et un gouvernement de droite rester en place, au moins jusqu'à la levée de l'interdiction constitutionnelle de nouvelles élections.

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Les obstacles à cette stratégie

Mais ce jeu présente quelques obstacles de poids. Pedro Passos Coelho semble avoir bien peu envie de jouer le rôle d'Anibal Cavaco Silva en 1987 et il l'a fait savoir. Son plan est de modifier la constitution pour permettre de nouvelles élections, ce que la gauche refuse et ce qui, donc, ne sera pas possible. De plus, en résistant, le président de la République prend le risque de s'aliéner une partie de l'opinion et, donc, de perdre son pari électoral. D'autant que le gouvernement de droite continue à prendre des décisions importantes, comme la privatisation de la compagnie aérienne TAP, malgré la situation. Le danger est qu'une partie des Portugais voient dans ses manœuvres dilatoires une manipulation politique plus qu'une défense.

Risque économique

Enfin, la stratégie d'Anibal Cavaco Silva risque de se retourner contre lui. Jusqu'ici, il a tenté de se présenter comme le défenseur des intérêts du pays et de l'économie, car un gouvernement PS soutenu par des partis eurosceptiques serait, selon lui, néfaste pour la confiance des investisseurs. Mais une crise politique de plusieurs mois, alors que le pays n'a toujours pas de gouvernement 45 jours après les élections, représente aussi un problème pour la confiance. Le Portugal est plus fragile qu'en 1987 et c'est moins la couleur politique que l'incertitude qui trouble les marchés. Surtout, le pays n'a toujours pas remis son projet de budget 2016 à la Commission européenne, un mois après la date limite prévu par le semestre européen. Il s'expose ainsi à des sanctions de Bruxelles.

Rencontres politiques vendredi 20 novembre

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En réalité, Anibal Cavaco Silva semble acculé et l'option la plus raisonnable serait de se soumettre au choix du parlement. La droite portugaise, malgré ses espoirs dans les jours qui ont suivi le scrutin du 4 octobre, doit reconnaître sa défaite et accepter le jeu parlementaire. Mais rien ne dit que ce sera la voie choisie par l'hôte du palais de Belèm. Devant l'assemblée régionale de Madère (où il a dû entrer par une porte secondaire pour éviter une manifestation), le président a voulu mardi rassurer les entreprises en affirmant que la situation du Portugal était « bien meilleure qu'en 2011 » et qu'il existait des réserves budgétaires. Voulait-il rassurer devant l'imminence d'un gouvernement de gauche ou devant une longue crise politique ? On sera sans doute fixé dans les jours qui viennent : le chef de l'Etat a annoncé qu'il recevra les partis politiques vendredi 20 novembre.

Romaric Godin

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